C’est du sport! - Tout disparaîtra

Ainsi le président Barack Obama déclare-t-il, dans une entrevue au magazine The New Republic, qu’il hésiterait longuement, s’il avait un fils, à autoriser celui-ci à jouer au football. Il se dit grand fan, mais prévient qu’il faudra tôt ou tard se résoudre à en réduire la violence. Cela, dit-il, rendra inévitablement le jeu moins excitant et moins spectaculaire, mais ce sera pour le bien du corps des joueurs… et de la conscience des amateurs.


Obama tient toutefois à souligner la différence entre ce qui se passe dans la NFL d’une part et dans les circuits universitaires et scolaires de l’autre. Dans le premier cas, on a affaire à des adultes consentants supposément au courant des dangers qu’ils courent ; dans le second, il s’agit de jeunes, parfois mineurs, dont la poursuite même de leurs études est souvent directement liée à l’appartenance à une équipe de football.


Bernard Pollard, lui, est persuadé que la NFL n’existera plus dans 30 ans. Demi défensif des Ravens de Baltimore, Pollard est l’un des plaqueurs les plus durs de l’univers connu. Mais il est pessimiste.


Car, dit-il, de deux choses l’une. Ou bien les règlements seront considérablement resserrés pour protéger les joueurs, ce qui donnera lieu à du jeu moins enlevant, à des tonnes de punitions pendant une période d’adaptation plus ou moins longue ; résultat, les gens trouveront le tout ennuyant et se détourneront du football. Ou bien on continuera de faire comme on a toujours fait, et avec des joueurs toujours plus gros et toujours plus rapides, et l’irréparable se produira : des joueurs mourront sur le terrain, et ce sera la fin des haricots.


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On imaginerait mal Barack Obama intervenir comme l’un de ses prédécesseurs l’a fait. Il y a plus d’un siècle, Theodore Roosevelt a en effet contribué de première main à sauver le football d’un décès en bas âge.


En 1905, Roosevelt était installé à la Maison-Blanche. Longtemps avant la naissance de la NFL, le football connaissait alors un succès grandissant. Mais il y avait un petit problème : en cet automne 1905, pas moins de 18 joueurs avaient trouvé la mort en pratiquant ce sport dans les rangs collégiaux ou amateurs. (Ironie : l’hécatombe était largement attribuable au fait qu’on jouait avec pas de casque, alors qu’aujourd’hui, l’utilisation du casque comme arme est blâmée comme étant la cause d’innombrables blessures.)


Un mouvement se dessinait donc visant l’abolition pure et simple de la discipline. Le président de l’Université Harvard en était. Pour avoir une idée de la situation, le New York Times s’était fendu d’un éditorial évoquant « deux maux guérissables » aux États-Unis : les lynchages et le football.


Roosevelt était un fan, bien qu’il n’ait jamais joué puisque dans sa jeunesse il était petit de taille, avait la santé fragile et portait des lunettes. Il avait à coeur de donner un nouvel essor au sport en le transformant profondément. Il convoqua donc Walter Camp, l’entraîneur le plus en vue à l’époque, et des représentants de Harvard, de Princeton et de Yale. Il rencontra certaines résistances, mais il finit par convaincre son monde que des changements radicaux étaient nécessaires.


Les formations de masse, à l’origine de violentes collisions, furent interdites. Le terrain à gagner pour obtenir un premier jeu passa de 5 à 10 verges, ce qui devait obliger les équipes à jouer autrement qu’en fonçant tête baissée au centre du terrain. Une zone neutre fut créée à la ligne de mêlée. Et finalement, une petite révolution allait être déclenchée avec l’autorisation de la passe vers l’avant.


Alors voilà. Quand, dimanche soir, vous dégusterez une succulente aile de poulet tout en admirant une longue passe de Joe Flacco ou de Colin Kaepernick, ayez une pensée pour ce bon vieux Teddy. En attendant que tout ou presque disparaisse.

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