Un petit condo à revenus à 57 ans, pourquoi pas?

Je suis née en 1955. Je suis séparée et, même si ma fille habite avec moi, je peux dire que cette période est pour ainsi dire pratiquement terminée. J’ai travaillé toute ma vie dans le secteur privé et je dois admettre que le travail a pris beaucoup de place dans ma vie. J’ai connu une perte d’emploi en 2009 et j’ai pris la décision de changer d’industrie et d’aller vers un travail comportant des exigences différentes. J’ai donc accepté un nouveau travail en 2010, où j’ai dû faire mes classes pendant quelques mois avant d’obtenir le poste convoité. Mon revenu annuel se situera autour de 100 000 $.


Voici mon bilan :


REER : 190 000 $ immobilisés et 180 000 $ non immobilisés ;


CELI : 21 000 $ (REER et CELI sont investis comme suit : 75 % obligations et 25 % actions) ;


REER : 6000 $ à la FTQ ;


Compte d’épargne : 95 000 $;


Condominium payé 440 000 $ en 2009 ; hypothèque actuelle de 90 000 $ à un taux de 3,89 % (échéance 1er décembre 2014) ;


Voiture 2010, achetée comptant à la fin de 2009 (22 000 $) ;


Assurance vie (42,58 $ coût mensuel) ; capital assuré de 100 000 $ plus valeur du compte de 2100 $ en 2012.


Questions :


1. Quelles sont vos recommandations pour assurer ma retraite ?


2. Dois-je investir dans l’immobilier ?


3. Je n’ai pas pris de décision définitive sur l’âge de ma retraite. Toutefois, pouvez-vous me dire de quel ordre seraient mes revenus si je travaillais jusqu’à 65 ans basé sur ces informations ? Jusqu’à 62 ans ? Jusqu’à 60 ans ?


J’apprécie grandement que vous preniez le temps de me répondre et souhaite longue vie à votre chronique.


Cordialement,


Lise


 

D’abord, bravo ! Vous êtes parvenue à construire un avoir déjà suffisant pour prétendre à une retraite confortable dès maintenant si vous le désirez. Vos REER totalisent 376 000 $, ce qui équivaut à une valeur après impôt de près de 263 200 $. À cela s’ajoute la valeur nette de votre condo de 350 000 $ (440 000 $ moins l’hypothèque de 90 000 $), votre CELI de 26 000 $ et vos comptes hors REER de 95 000 $. Ces dernières valeurs sont après impôt, ce qui donne un actif net total après impôt de 729 200 $. J’estime l’actif requis pour prétendre à une retraite confortable à 57 ans à 614 000 $ après impôt pour une personne seule.


Dans votre cas, étant donné qu’une part importante de votre avoir se trouve dans les REER, il est impérieux, dès que vous aurez décidé de prendre votre retraite, d’accoucher d’un plan de retraits à long terme de votre régime. En supposant un rendement composé annuel de 5 % (intérêt, dividende et gain en capital), vous pourriez effectuer la première année un retrait de 18 000 $ que vous ajusteriez à l’inflation pour les années subséquentes.


Par ailleurs, il vous faudra construire un portefeuille hors REER permettant de générer revenus d’intérêt, dividende et gain en capital. Votre CELI et vos comptes de banque totalisent 116 000 $. Il faudrait porter cette valeur de votre portefeuille hors REER à 250 000 $. La seule voie possible pour ce faire sera d’envisager la vente de votre condo actuel, car celui-ci constitue une part trop importante de votre avoir après impôt. Vous pourriez ici, à la vente de votre condo, retenir des liquidités de près de 136 000 $ qui s’ajouteront à votre portefeuille hors REER. Le reste, soit près de 216 000 $, pourrait servir à l’achat d’un nouveau condo, certainement moins luxueux que celui que vous occupez actuellement. Vous pourriez probablement en dénicher un dans des immeubles plus petits. Il existe des immeubles de six à huit condos bien construits et bien situés, près de tous les services.


Votre portefeuille hors REER de 250 000 $, toujours à un taux annuel composé de 5 %, devrait être en mesure de générer bon an, mal an des revenus et gains en capital de l’ordre de 12 500 $.


Vos revenus de placement (retraits du REER et revenus du portefeuille hors REER) totaliseront donc près de 30 500 $.


Cela dit, dans le contexte actuel de très faibles taux d’intérêt, obtenir un rendement composé annuel de 5 % n’est pas chose aisée. Pour y arriver, il vous faudra accroître le poids des actions dans votre portefeuille global. Actuellement, celles-ci occupent à peine 25 % de vos REER et CELI. Or, je pense que les actions de grandes compagnies (vous vous en tiendrez exclusivement aux grandes entreprises) versant de bons dividendes et dominant leur marché devraient représenter 50 % de votre portefeuille global, qui s’élèvera, une fois le condo vendu, à 626 000 $. C’est donc dire que vous devriez éventuellement investir près de 313 000 $ dans les actions de ce type de compagnies (idéalement huit compagnies distinctes vous permettant de participer à quatre ou cinq secteurs clés de notre économie ; pour ce faire, je vous conseille de vous abonner à une bonne lettre financière ou son équivalent, 100 % objective).


À vos revenus de placement de 30 500 $ environ s’ajoute l’économie annuelle de loyer que vous procurera votre condo de 216 000 $ environ s’il est libre de toute dette. Il s’agit ici d’une économie nette après impôt qui se chiffrera au bas mot à 10 200 $. En supposant un taux d’impôt effectif de près de 30 %, cette économie équivaut à un revenu annuel avant impôt de 14 571 $. Cela porte donc vos revenus bruts équivalents à près de 45 071 $ par année. Rendue à l’âge de 60 ans, vous aurez droit à votre rente de la Régie des rentes du Québec. Le montant maximum de la rente s’élève actuellement à 708,75 $ par mois pour 2013, soit 8505 $ par année. De plus, à l’âge de 65 ans, vous aurez droit à votre pension de la Sécurité de la vieillesse qui, pour 2013, s’élève à 528,49 $ par mois, soit 6342 $ par année.


À propos de la section « actions » de votre portefeuille global (REER et hors REER), vous ne devrez acheter les titres que graduellement, sur faiblesse des cours. Votre programme d’achat devrait s’échelonner sur une période d’un an et demi. Actuellement, les indices boursiers s’approchent de leurs sommets enregistrés avant la crise financière commencée en août 2007. Les aubaines se font donc de plus en plus rares. Il est donc primordial que vous concentriez vos achats là où il y a eu un repli des cours d’au moins 7 % par rapport à leur sommet des 52 dernières semaines.


En ce qui concerne votre idée d’investir peut-être dans un immeuble à revenus, probablement un condo offert en location, pourquoi pas ? Dans l’annexe de votre lettre, vous dites avoir de l’expérience dans ce secteur et être en mesure de dénicher des propriétés en deçà de leur valeur marchande. Donc, cela pourrait être un bon placement et pourrait se substituer en partie aux actions si vous vous sentez mal à l’aise avec la Bourse. Comme je l’ai déjà dit dans le cadre de cette chronique, les condos situés près des gares de train existantes ou à venir offrent à mon avis une plus-value intéressante à long terme, s’ils sont achetés évidemment à un juste prix. Je vous invite ici à garder un oeil sur les taux d’inoccupation des secteurs visés en consultant les rapports produits par la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Un rapport complet sur les taux d’inoccupation par villes et par régions devrait être produit ce printemps par cet organisme.

 

Une espérance de vie trop courte ?

 

Monsieur Chiasson,


Vous faites souvent mention de l’espérance de vie pour conseiller vos lecteurs quant à leur épargne pour la retraite. Encore cette semaine, une dame de 71 ans vous a écrit et vous lui suggériez de planifier les retraits de son FERR de sorte que son fonds soit épuisé quand elle atteindra 83 ans.


Il s’agit là à mon avis d’une grave erreur. Les espérances de vie que vous utilisez sont celles à la naissance. Or, à 71 ans, une personne peut espérer mourir à un âge plus avancé qu’au moment de sa naissance, car elle a échappé durant 71 ans à toute une série de risques : suicide, accident mortel, maladies. Aussi, si cette personne a vécu jusqu’à 71 ans, c’est probablement que sa constitution ou que ses habitudes de vie sont meilleures que celles de la moyenne de la population. En conséquence, il est incorrect d’utiliser l’espérance de vie à la naissance. Il faut utiliser une espérance de vie ajustée à l’âge de la personne. En faisant des recherches, j’ai trouvé un « Calculateur d’espérance de vie » sur le site Internet de la SunLife.


Ce n’est évidemment pas parfait, mais c’est probablement mieux que d’utiliser l’espérance de vie à la naissance.


Cordialement,


J. S.-L.


 

Vous avez peut-être raison. Je trouve intéressant le tableau auquel vous faites référence sur le site Internet de la compagnie d’assurance-vie Sun Life. Certainement que les lecteurs de la chronique pourraient le consulter afin d’avoir une meilleure idée de leur espérance de vie selon leur âge et leurs habitudes de vie. Merci de nous avoir trouvé cet outil.


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cchiasson@proplacement.qc.ca


Classe Internet : www.proplacement.qc.ca

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