Revue de presse - Autour du vide libéral

C’est d’abord cette fin de semaine que les libéraux ontariens choisiront le successeur du premier ministre Dalton McGuinty. Les analystes prédisent une victoire de Sandra Pupatello, ou peut-être de Kathleen Wynne. Entre les deux, le Toronto Star hésite.


Un éditorial publié lundi accorde la préférence à Mme Pupatello. « Elle a l’énergie, la personnalité et le message qui va donner aux libéraux la meilleure chance de conserver le pouvoir, écrit le journal. Après une année où ils ont titubé d’une crise à l’autre, les libéraux ont besoin d’un changement de direction et d’une nouvelle approche », ce que pourrait amener selon eux Sandra Pupatello.


Tout en priorisant le sacré-saint duo de l’économie et des emplois, la candidate a démontré par le passé son engagement envers la justice sociale et promet un « gouvernement frugal avec une conscience sociale », se réjouit le Star.


De Kathleen Wynne, le Toronto Star salue les qualités, mais juge qu’elle souffrirait d’avoir été associée à un gouvernement impopulaire. Sauf que le chroniqueur Haroon Siddiqui estime qu’elle est quand même la mieux placée pour tenter de sauver la mince minorité libérale en Chambre. Notamment parce qu’elle est beaucoup moins pugnace et plus ouverte au dialogue que Mme Pupatello, une qualité utile dans une assemblée divisée. Siddiqui rappelle la longue carrière politique de Mme Wynne et conclut que cette dernière serait une solution de remplacement plus claire au conservateur Tim Hudaq que Sandra Pupatello.


Dans l’Ottawa Citizen, Kate Heartfield se demande toutefois pourquoi le Toronto Star s’inquiète que l’homosexualité affichée de Kathleen Wynne puisse encore effrayer certains électeurs. Ou pourquoi il pose la question de savoir si l’Ontario est prêt pour une femme première ministre. En 2013, vraiment ? demande-t-elle.

 

PLC


Dans un éditorial intitulé « The big red empty L » publié mardi, le National Post fait de son côté valoir que la course en Ontario - comme celle au fédéral - a surtout permis de noter le vide identitaire qui habite les libéraux au pays. Ajoutant le Québec à la sauce, le Post dit que les libéraux manquent d’idées novatrices, de renouvellement aussi.


Dans le même esprit, Paul Adams, d’iPolitics, écrit que la formule du premier débat des libéraux fédéraux était « désastreuse » et a surtout permis de voir que les libéraux se sont transformés en une incarnation de l’ancien Parti progressiste conservateur : fiscalement à droite, socialement progressifs. Adams estime lui aussi que les libéraux - à tous les niveaux - manquent cruellement d’identité et de convictions. « Qui sont-ils ? S’ils disparaissent subitement de la surface de la terre, est-ce que quelqu’un s’en apercevra ? », demande-t-il.


En éditorial, l’Ottawa Citizen écrit que les libéraux n’ont visiblement pas accepté, ni compris, la profondeur de la défaite aux élections de 2011. Il note qu’aucun candidat n’a avancé en débat dimanche le commencement d’une explication intelligible - notamment que les libéraux ne sont plus vraiment des libéraux au sens classique du terme.


Aussi en éditorial, l’Edmonton Journal s’attarde à l’idée d’une fusion entre le Parti libéral et les néodémocrates, que le journal juge mauvaise. Bien sûr, la droite a réussi sa fusion, « mais c’était davantage la réunification d’une vieille famille que la création d’une nouvelle », écrit le journal. Il estime que les électeurs n’ont pas à être privés d’une option. Car « choisir est le but du jeu ».


Une tendance à noter : personne, nulle part, ne mentionne jamais le nom de Martin Cauchon comme faisant partie des candidats sérieux.


Kevin Page, ce « héros »


Par ailleurs, le départ prochain du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a été souligné par Lawrence Martin sur iPolitics. Martin croit que M. Page peut être considéré comme un véritable « héros » pour les contribuables canadiens. Le chien de garde des dépenses publiques a fait preuve d’un courage rare pour tenir tête aux conservateurs avec autant de conviction, note Martin. « Quand vous considérez toutes les mauviettes qu’il y a à Ottawa, tous ceux qui tremblent de peur » devant le premier ministre, l’entêtement de Page à « exiger de l’information a été quelque chose à voir ».


Il fut parfois inutilement bruyant alors qu’il aurait pu se contenter de laisser parler ses rapports, reconnaît le chroniqueur. Mais sur le fond, Lawrence Martin juge excellent le travail de Kevin Page : évaluation des coûts réels de l’achat des F-35, de la guerre en Afghanistan ou du programme de justice conservateur, démonstration de la viabilité du régime de pensions fédérales, M. Page a souvent frappé juste. Surtout, ajoute Martin, quand il s’agissait de dénoncer le manque de transparence du gouvernement conservateur. Reste à voir qui lui succédera - si quelqu’un le fait.

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