Francofolies

Tandis qu’on se désole ici du faible box-office des films québécois durant l’année 2012 (5 % contre 10 % l’année précédente), la France se déchire sous la controverse des salaires faramineux des acteurs et cinéastes-vedettes dénoncés par le producteur Vincent Maraval, de la compagnie Wild Bunch, et sur la défection de Gégé outre-frontière, où il pourra protéger sa fortune des intempéries d’un fisc battant pavillon socialiste.


Ainsi, alors qu’il y a à peine quelques mois on parlait éclaircie et « French Immersion » grâce au triomphe planétaire d’Intouchables et à la victoire aux Oscar de The Artist, l’industrie cinématographique de l’Hexagone se roule en boule, au bord de l’implosion et divisée comme jamais auparavant entre ses cinémas d’auteur et populaire.


Mais, à la lumière de l’échantillon réduit des deux films mentionnés plus haut, auxquels il faut ajouter Populaire et Astérix et Obélix au service de Sa Majesté, le cinéma français grand public se porte vraiment bien. Rien de mal à cela, lorsque l’ambition artistique est au rendez-vous, comme c’est le cas dans la comédie de Régis Roinsard, joli hommage aux films de Doris Day et Rock Hudson d’autrefois avec un grain d’hyperréalisme en plus. Déborah François joue une mauvaise secrétaire surdouée sur la machine à écrire. Romain Duris, un ex-athlète et ancien résistant (nous sommes en 1959) recyclé dans l’assurance, qui l’embauche et décide d’en faire la championne mondiale du tac-tac-tac. Une histoire d’amour se dessine, puis les obstacles et malentendus l’empêchent de se matérialiser, de façon à faire de cette francofolie à tous points de vue une des variations les plus satisfaisantes sur le désir en attente depuis When Harry Met Sally. Le grand public d’ici lui fera-t-il la fête ? Le distributeur Métropole Films aura la réponse le 8 février.


La semaine suivante, Les Films Séville lanceront la même offensive séductrice avec Astérix et Obélix au service de Sa Majesté, comédie de Laurent Tirard tirée de deux albums de Goscinny et Uderzo, Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands. Au premier regard, on note une croissance extraordinaire de la qualité artistique par rapport à l’épisode précédent, Astérix aux Jeux olympiques. Mieux : abstraction faite de certains problèmes de rythme et de scénario, je me réjouis de voir un film français faisant, avec un ancien ennemi au passé colonial aussi lourd que le sien, l’apologie de la fraternité interculturelle. Et blocus avec lui contre une culture envahissante, César et ses Romains symbolisant dans ce film, français jusque dans son âme (enfin), le rouleau compresseur du néolibéralisme. Il était grand temps qu’on mette Astérix au service d’une idée.


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On ne s’explique toujours pas l’omission de Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty) dans la cohorte de cinéastes masculins se disputant l’Oscar de la meilleure réalisation. Mais les conclusions d’une étude sur l’écart hommes-femmes dans le milieu du cinéma indépendant américain, dévoilées cette semaine au Festival de Sundance en Utah, apporte une nouvelle matière à réflexion.


Réalisée par trois chercheuses de l’Université de la Californie du Sud et focalisée sur l’activité de la dernière décennie (2002-2012), l’étude démontre que les femmes cinéastes sont représentées dans un ratio de 1 pour 15 et qu’on n’observe aucune croissance notable de leur nombre.


Analysant un échantillon de 11 197 postes clés dans les films présentés à Sundance depuis 2002, les auteures constatent que 29,8 % de ceux-ci étaient occupés par des femmes. Le plus souvent toutefois, elles agissaient dans l’ombre (scénaristes, monteuses, etc.) ou à titre de productrice. Or on observe également que la présence des femmes productrices au générique des films se raréfie à mesure que les budgets grimpent, confirmant un stéréotype bien ancré dans l’industrie selon lequel les femmes et leurs histoires représentent des investissements risqués.


Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que les cinéastes de sexe féminin sont deux fois plus enclines à réaliser des documentaires (34,5 %) que des films de fiction (16,9 %), un écart qu’on observe au Québec aussi, comme nous l’a déjà fait remarquer le regroupement Réalisatrices équitables.

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