Rigueur, rigueur…

« Nous attendons d’elle de la rigueur. Je souhaite qu’elle en ait, parce que, évidemment, les dommages collatéraux peuvent être très graves », a-t-elle déclaré mardi avant de s’envoler vers l’Europe.


Il est clair que la commission a gaffé en laissant le témoignage de l’ancien organisateur d’Union Montréal, Martin Dumont, accablant pour Gérald Tremblay, prendre valeur de parole d’évangile, mais les porte-parole du gouvernement, Mme Marois en tête, ont semblé trop heureux de sauter sur l’occasion.


M. Tremblay a eu beau nier l’existence de la rencontre au cours de laquelle il aurait sciemment fermé les yeux sur une double comptabilité des finances de son parti, puis réclamer de comparaître à son tour devant la commission, ce fut peine perdue. On a déploré du bout des lèvres qu’il n’ait pas l’occasion de donner sa version des faits, mais les incitations à partir se sont multipliées.


La Presse citait la semaine dernière un intime du maire de Montréal, selon lequel ce n’est pas le témoignage de M. Dumont, mais plutôt le manque d’appui du gouvernement qui l’avait convaincu de remettre sa démission.


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« Nous n’avons pas largué M. Tremblay, s’est défendue la première ministre. Nous avons demandé à M. Tremblay de faire une réflexion. S’il avait pris une autre décision, j’aurais respecté sa décision. »


Bien sûr, elle n’aurait pas eu le choix, dans la mesure où la loi ne permettait pas de le destituer. Sur le plan politique, quand les représentants du gouvernement l’invitaient les uns après les autres à réfléchir à son avenir, comment le maire pouvait-il y voir autre chose qu’un pressant au revoir ?


Le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, assure qu’il donnait le bénéfice du doute à M. Tremblay l’automne dernier. Si c’est le cas, il faut reconnaître qu’il avait bien caché son jeu. À l’entendre, la situation à Montréal était devenue « intolérable » et il a accueilli sa démission avec « soulagement ».


D’ailleurs, le gouvernement avait d’excellentes raisons de souhaiter le départ du maire, indépendamment du témoignage de M. Dumont. La chronique des dernières années à l’hôtel de ville était une véritable histoire d’horreur. Alors, pourquoi ne pas assumer pleinement le fait d’avoir poussé vers la sortie un homme qui était devenu un boulet insupportable pour sa ville et un objet de gêne pour l’ensemble du Québec ? Un gouvernement n’a pas à se défendre d’avoir pris ses responsabilités.


L’opposition pourrait difficilement le lui reprocher. Même avant que M. Dumont témoigne devant la commission, Jacques Duchesneau en était arrivé à la conclusion que M. Tremblay n’avait plus la légitimité nécessaire et les libéraux jugeaient sa situation de plus en plus « insoutenable ».


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Hier, dans diverses entrevues radiophoniques, M. Duchesneau s’est porté au secours de M. Dumont. Malgré la vidéo dans laquelle l’ancien organisateur d’Union Montréal reconnaît avoir inventé de toutes pièces l’histoire des 850 000 $ qu’une réceptionniste aurait refusé de compter, le député de Saint-Jérôme, qui le connaît depuis 15 ans et l’a aidé à préparer sa comparution devant la commission, assure qu’il n’est « pas un menteur » et se dit très surpris de sa rétractation.


Il a écarté du revers de la main les reproches que lui a adressés le député libéral de Fabre et ancien bâtonnier du Québec, Gilles Ouimet, qui s’est indigné qu’un témoin puisse en assister un autre en raison du risque de collusion.


L’aide qu’il a apportée à M. Dumont, qui était également un des informateurs qui lui ont permis de rédiger son rapport sur le financement des partis politiques, remis confidentiellement à la commission, ne portait pas sur le contenu de son témoignage, mais simplement sur la façon de le livrer, a fait valoir M. Duchesneau.


Son intervention n’en demeure pas moins discutable. Le rôle d’un député n’est pas de contribuer à rendre plus crédible un témoignage devant une commission dont le rapport entraînera éventuellement l’adoption de nouvelles mesures par l’Assemblée nationale.


En l’identifiant comme une de ses propres sources, M. Duchesneau renforçait déjà la crédibilité de M. Dumont. Qui sait, sans cette caution, les enquêteurs de la commission auraient peut-être poussé plus loin la vérification de son témoignage.


M. Duchesneau assure qu’au moins une autre personne lui avait raconté les mêmes choses que M. Dumont, même si ce n’était « pas aussi complet ». On lui souhaite que cette personne vienne le répéter devant la commission.

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