C’est du sport! - Le complot, genre

Il n’est pas très difficile de trouver des partisans des Raiders d’Oakland convaincus qu’un complot est ourdi contre leur Nation par les autorités du football. Après des années de chicane entre le propriétaire des Raiders Al Davis et le commissaire de la NFL Pete Rozelle et ses successeurs, ils ont acquis un indice supplémentaire de leur triste sort le 19 janvier 2002, alors que les noir et argent visitaient les Patriots de la Nouvelle-Angleterre en match de championnat de l’AFC. La décision de l’arbitre sur l’un des jeux les plus controversés de l’histoire - le Tuck Rule, le quart néo-anglais Tom Brady a-t-il fait une passe incomplète ou commis un échappé ? lancinante question qui n’obtiendrait jamais de réponse définitive puisqu’il s’agissait d’une affaire de jugement et le jugement humain, on sait un peu comment c’est : faillible à l’os - allait tourner en défaveur d’Oakland et lui coûter une participation au Super Bowl.


Or voici que l’ennemi pourrait aussi s’être trouvé par moments à l’intérieur même du club. On ne sait pas trop pourquoi il a attendu 10 ans avant de déballer son sac, mais le receveur de passes Tim Brown a déclaré mardi que l’entraîneur des Raiders pendant la saison 2002, Bill Callahan, avait fait exprès pour perdre le match du Super Bowl XXXVII, en janvier 2003.


Selon Brown, dont les propos ont été corroborés par le grand Jerry Rice, son coéquipier à l’époque, Callahan aurait complètement changé le plan de jeu offensif des siens deux jours avant le match, ce qui aurait mis les Raiders en déroute et provoqué leur cinglante défaite de 48-21 aux mains des Buccaneers de Tampa Bay. On devait à l’origine miser sur l’attaque au sol, on s’est plutôt tourné vers le jeu aérien, le quart Rich Gannon a été victime de cinq interceptions, dont trois ont été retournées pour des touchés, et puis voilà.


Mais pourquoi Callahan aurait-il procédé à un pareil « sabotage », pour reprendre le mot de Brown ? Selon celui-ci, Callahan détestait l’organisation des Raiders et ne s’était joint à elle en tant qu’adjoint qu’à la demande instante de l’entraîneur-chef Jon Gruden, son bon ami, auquel il avait succédé après la saison 2001.


Et coïncidence d’entre les coïncidences, en 2002, Gruden était à la barre des… Buccaneers. De là à ce que Callahan ait voulu faire plaisir à son pote tout en faisant royalement suer les Raiders, il n’y a qu’un pas, que Rice a en quelque sorte effectué.


Il faut dire que Rice et Brown ne sont pas précisément les premiers venus. De très loin le meilleur receveur de l’histoire de la NFL pour les verges gagnées en carrière, Rice est membre du Temple de la renommée et Brown, qui se classe au cinquième rang dans cette catégorie, est en lice pour l’intronisation cette année.


Bien sûr, Callahan a véhémentement tout nié, qualifiant les propos de Brown de « ridicules et diffamatoires » et alléguant qu’on s’en prenait ainsi à son intégrité personnelle et à son respect pour le sport. En lisant entre les lignes de sa déclaration, on peut discerner qu’à moins d’excuses publiques sincères et totales, un recours judiciaire pourrait être envisagé. Mais Brown a simplement rétorqué que le sens de ses propos avait été détourné tout en reconnaissant que rien ne pouvait être prouvé.


Alors que le joueur de ligne à l’attaque Frank Middleton a déclaré que Callahan haïssait ses propres joueurs mais que cela ne signifiait pas pour autant qu’il avait délibérément perdu le match, d’autres ont fait valoir que, si Callahan avait commis une faute, c’était de ne pas changer substantiellement le plan de jeu après le départ de Gruden. Le Super Bowl venu, celui-ci savait exactement tout ce que l’adversaire allait faire.


Renforcer la thèse du complot dans la tête d’Al Davis, notamment.

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