Revue de presse - Questions de leadership

On ne sait pas encore si le mouvement Idle No More apportera des changements concrets aux relations entre le gouvernement fédéral et les autochtones. Mais il a déjà provoqué une chose rare : mettre le dossier autochtone au coeur des discussions nationales pendant plusieurs semaines - et susciter des discussions passionnées.

Les chroniques traitant du dossier ont encore été nombreuses cette semaine, les unes répondant parfois aux autres. Dans le Toronto Star, Rick Salutin critique ainsi un texte de son collègue du National Post, George Jonas, qui écrivait qu’il faudrait mettre fin au statut particulier des autochtones pour leur permettre d’entrer réellement dans la société canadienne et de vivre dans le bon siècle.


À ce titre, Jonas indiquait que les pensionnats indiens avaient à son avis été une bonne idée, malgré leur effet « abominable ». Salutin réplique : « Voici un immigrant hongrois et juif arrivé dans les années 50 qui vient dire à des autochtones dont les ancêtres ont traversé le détroit de Béring à pied il y a 12 000 ans […] qu’ils devraient mettre de côté leur identité et rejoindre ce que lui considère être le [courant dominant de la société canadienne] ». Un non-sens, dit-il.


Dans le Calgary Sun, Lorne Gunther prône un changement de paradigme important. Selon lui, les nations autochtones devraient être traitées comme de simples villages, et non comme des nations souveraines. Si elles souhaitent le statut de nation à part entière, qu’elles fassent la file pour recevoir une partie de l’enveloppe canadienne réservée à l’aide étrangère, suggère-t-il. Mais dans ce flot de critiques, Gunther souligne le leadership du chef national Shawn Atleo, jugé pragmatique.


Or, M. Atleo a connu une semaine éprouvante. On le sait au repos forcé, et plusieurs se demandent s’il pourra revenir. Mais surtout : avec quel pouvoir, tant les divisions sont importantes au sein du mouvement autochtone.


Au Toronto Star, Tim Harper pense que ces divisions sur le leadership nuisent tant au mouvement autochtone qu’au gouvernement Harper. Si le premier ministre perd la voix modérée de M. Atleo, il héritera d’un interlocuteur nécessairement plus radical. « Une opposition divisée peut servir Stephen Harper dans une élection, mais un leadership autochtone divisé ne l’aide en rien. » Selon le chroniqueur, le premier ministre devrait offrir rapidement quelque chose de tangible à Shawn Atleo, pour permettre à celui-ci de prouver à ses troupes que sa stratégie fonctionne.


Dans le Globe and Mail, Jeffrey Simpson reconnaît que le leadership de M. Atleo est fragile et que le mouvement autochtone est divisé. Mais rien d’anormal, écrit-il : le Parlement est aussi divisé, les provinces le sont entre elles et avec le fédéral, les médias sont divisés, pourquoi les autochtones ne le seraient-ils pas ?


Il souligne aussi que le caractère unique de la représentation autochtone - un grand chef entouré de chefs - rend le pouvoir de ce grand chef forcément plus fragile. « Ces chefs sont aussi des leaders, dit-il. Or, les chefs donnent des ordres. Les backbenchers [qui entourent le premier ministre], eux, les reçoivent. La différence est profonde. »

 

Fantino et Duncan


Ailleurs, c’est l’absence de leadership et de compétences de deux ministres conservateurs qui ont retenu l’attention. Dans le National Post, Michael Den Tandt varlope le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, qu’il estime être « le mauvais choix pour tous les portefeuilles » du cabinet - à moins d’un poste où il pourrait ne rien dire et ne rien faire.


Cela, notamment, à cause des déclarations du ministre sur les déchets en Haïti, mais aussi pour ce communiqué partisan publié par M. Fantino sur le site de l’ACDI et qui a été retiré cette semaine. Voilà, en somme, un ministre qui fait de l’ombre au gouvernement, écrit Den Tandt, qui juge toutefois que la réforme de l’aide internationale canadienne que pilote M. Fantino est sensée. Un autre porteur de ballon doit poursuivre le travail, dit-il.


Dans le Vancouver Sun, c’est le ministre des Affaires autochtones qui subit un traitement semblable. Barbara Yaffe rappelle qu’en temps de crise, un bon ministre permet au premier ministre de ne pas se brûler. M. Duncan a au contraire été un boulet pour Stephen Harper depuis le début du mouvement Idle No More, note Yaffe.

 

Euthanasie


Suivant l’annonce du dépôt prochain par Québec d’un projet de loi sur l’aide médicale à mourir, deux textes ont souligné l’importance pour le Canada d’affronter sans détour cet enjeu. En éditorial, le National Post indique que le débat ne peut plus être repoussé, d’autant que la question va se poser de plus en plus fréquemment à mesure que la population vieillit.


Tasha Kheiriddin écrit pour sa part sur le site iPolitics que le gouvernement Harper ne devrait pas laisser aux tribunaux le soin de trancher sur cette question. « Ils sacrifient leur responsabilité », dit-elle. Kheiriddin estime notamment que le Parlement pourrait bien être prêt à adopter aujourd’hui une motion sur le suicide assisté - soit trois ans après une tentative de la députée bloquiste Francine Lalonde.

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