Hé citoyen, le hockey peut attendre

Après l’automne d’espoir et de désespoir que les grands seigneurs du sport national viennent de vous faire vivre contre votre gré, après avoir cru que vos demandes allaient enfin être entendues et que le talent francophone reprendrait enfin sa véritable place auprès des amateurs qui sont ceux dont les billets les moins chers se retrouvent tout en haut et pour lesquels ils s’arracheront le coeur de nouveau cette année pour y emmener le petit dernier pour qu’il voie ça au moins une fois dans sa vie. Les grands bonzes sont finalement arrivés à une entente bien tardive, mais les millionnaires du sport vont rechausser les patins. C’était l’objectif principal : remplir les caisses et remettre la machine en marche.


Il se pourrait que le prix des hot-dogs et de la bière augmente. Quoi de neuf là-dedans ? Pas grand-chose, en fait… La recrudescence des commotions cérébrales sur la glace est-elle une réalité réelle ou un nouvel argument intéressant pour faire cesser les violences inutiles et dangereuses ?


Sauf que vous, le citoyen, vous n’en pouvez plus d’attendre le retour de vos petits dieux, et mon souci de citoyenne c’est que nous finissions à n’être qu’entre femmes pour commenter les découvertes de la commission Charbonneau pendant que vous chanterez les « goodbyes » bien sentis aux perdants. Pour parler franchement, ça m’inquiète plus que je ne souhaiterais le montrer.


La commission Charbonneau nous a fait découvrir un monde que nous soupçonnions sans jamais l’avoir vu à l’action. Ce n’est plus le cas. Mais le temps consacré à réunir les dossiers et les preuves et à interroger tout le monde concerné sera long et exigeant, autant qu’une négociation avec M. Bettman, c’est dire…


Nous vivons, avec la commission Charbonneau, la remise en question de plein de choix que nous avons déjà faits il y a longtemps, sans jamais avoir le courage de nous demander si ces choix étaient toujours pertinents ou complètement désuets et couverts de poussière - que nous n’avions plus envie de soulever pour identifier ce qu’elle cachait. Le moins on en sait était devenu la règle.


Sauf que le temps nous a rattrapés. Avons-nous trop de petits villages éparpillés sur le territoire avec chacun son maire qui en mène large la plupart du temps, qui est souvent élu sans opposant et qui finit par s’incruster, devenant pratiquement « indélogeable » ?


Avons-nous ainsi multiplié les incompétences à tous les niveaux ? Avons-nous favorisé l’organisation de la tricherie comme dans certains sports ? Si oui, quelle est la solution ? S’en laver les mains ne me paraît pas une option bien douteuse, parce que pendant que nous allons nous en laver les mains, d’autres, plus avides, vont salir les leurs en se remplissant les poches. Ce serait une grande défaite.


Je propose qu’on profite de cet hiver pour faire deux choses comme citoyens : donner une leçon à M. Bettman. Lui faire payer son entêtement, quel délice !


Puis, détournant la tête du hockey qui va recommencer, nous armer de courage et de patience pour réinventer notre « vivre ensemble » collectif en retenant que nous ne sommes environ que 8 millions d’habitants au Québec et que nous mettrons du temps avant de nous approcher des 60 millions de Français. Pourquoi autant de maires, de personnel et de secrétaires dans chaque village, pourquoi autant d’indemnités de départ, de petits ou grands avantages, de soirées au hockey avec des entrepreneurs qui attendent vos faveurs.


Nous ne vivons plus aux premières heures du Québec. Nous aurons bientôt l’âge de raison. Si nous le voulons, le moment serait bien choisi pour pousser la recherche d’un meilleur fonctionnement de notre capital public qui pourrait nous redonner confiance dans l’administration générale de notre patrimoine collectif.


À moins que vous ne choisissiez de rester le nez collé sur le sport national, comme spectateur, et que vous laissiez la garde de la maison familiale à d’autres Denis Coderre qui ne manqueront pas de refaire surface. À vous de choisir. Faites vos jeux. La partie va commencer. Votre présence est requise depuis le début. Sinon, vous devrez vous contenter de voir le jeu se dérouler sous vos yeux… sans jamais voir vos positions encouragées.

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