Le bulletin des constructeurs automobiles

Pour aspirer au trône de no 1 mondial, Volkswagen devra vendre plus de voitures aux États-Unis. Ci-dessus, la Beetle en démonstration au salon de l’auto de Los Angeles de novembre.
Photo: Chris Carlson Associated Press Pour aspirer au trône de no 1 mondial, Volkswagen devra vendre plus de voitures aux États-Unis. Ci-dessus, la Beetle en démonstration au salon de l’auto de Los Angeles de novembre.

Les salons de l’auto de Detroit et Montréal débutent tous deux la semaine prochaine. Comme le veut désormais la tradition (dans cette chronique), c’est le moment de jeter un regard sur les constructeurs automobiles qui sont présents en Amérique du Nord. Voici donc le bulletin de l’année modèle 2013.

 

En hausse


Subaru : La tempête du 27 décembre était un vibrant plaidoyer pour l’achat d’une Subaru. L’auteur de ces lignes n’a jamais été aussi heureux d’en conduire une ! Le système de traction intégrale de ce constructeur est le meilleur de l’industrie automobile, ex æquo avec celui d’Audi. La fiabilité fait aussi partie de l’ADN des Subaru : Consumer Reports les recommande presque toutes (à l’exception du Tribeca), tout comme l’Automobile Protection Association (APA) et le magazine Protégez-vous dans leur guide annuel. Et si vous trouvez qu’elles manquent de piquant, les versions WRX et STi, deux véritables sportives quatre saisons, vous combleront. Meilleures que jamais, les Subaru ? Tout à fait.

Note : 9/10 (+1)

 

Jaguar (et Land Rover) : L’achat de ces deux prestigieuses marques britanniques par le conglomérat indien Tata commence à porter fruit. Certes, leur fiabilité demeure délicate, mais, à ce chapitre, les marques de luxe germaniques ne font guère mieux. Sur le plan technologique, les Jaguar n’ont rien à leur envier, pas plus que les Land Rover ne souffrent de la comparaison devant les nombreux VUS allemands — ce serait plutôt le contraire. De plus, l’achat d’une Jag confère une exclusivité que n’ont pas ses rivales : des Audi, BMW et Mercedes, il en pleut. Et aucune d’elles ne possède l’aura d’une Jaguar. Chez nous, il se passe enfin quelque chose : la marque est plus présente et la division canadienne semble avoir découvert l’existence du Québec. Les concessionnaires n’en seront que mieux servis, les consommateurs aussi.

Note : 6/10 (+2)

 

Stable


Mazda : Moins fades que les autres japonaises, les Mazda ont enfin corrigé leur problème de consommation d’essence grâce à la technologie SkyActiv. La gamme de modèles est solide, mais les ventes des Mazda2 et Mazda6 n’ont jamais décollé. Positionnée entre les deux, la compacte Mazda3 continue, elle, de se classer parmi les best-sellers, bien épaulée par le nouveau CX-5. Il sera intéressant de voir la réception que réservera le public à la nouvelle Mazda6, superbe berline s’il en est, et qui bénéficiera elle aussi de la technologie SkyActiv.

Note : 9/10

 

Honda : Honda a déjà été perçu comme le plus dynamique des constructeurs japonais. Cette époque paraît aujourd’hui lointaine, tant les Honda sont devenues des voitures anonymes et aseptisées. Depuis qu’elles sont conçues et construites aux États-Unis, elles ont perdu leur âme. Leur qualité demeure néanmoins supérieure à celle de bien des marques : qu’elles s’appellent Honda ou Acura (la division de luxe), elles se classent toujours parmi les plus fiables et elles consomment souvent moins que leurs rivales. Mais ces dernières les ont rattrapées sur le plan technologique et, en plus, elles sont moins moches ! Voilà une marque qui a un criant besoin de designers. La beauté, c’est aussi un outil de marketing.

Note : 8/10

 

Nissan : Heureusement que les Nissan sont fiables, car elles manquent cruellement de charisme. À part leurs sportives (370Z, GT-R) ou des ovnis comme la Juke et la Cube, il n’y a rien de bien original chez ce constructeur. La gamme Infiniti n’est pas plus séduisante : ses modèles souffrent des mêmes maux. Le manque d’inspiration (ou de talent) des designers de la marque est consternant et l’agrément de conduite semble avoir été gommé du cahier des charges. Il est vrai que la transmission à variation continue (CVT) qui afflige plusieurs modèles est le meilleur antidote au plaisir. Mais dans l’ensemble, les Nissan sont confortables, spacieuses et fiables ; pour la majorité des acheteurs, c’est ce qui compte.

Note : 8/10

 

Porsche : La gamme Porsche n’a jamais compté autant de modèles : cinq, dont une berline et un VUS. Les trois sportives (911, Boxster, Cayman) ont été renouvelées au cours des deux dernières années, en suivant la méthode du work in progress chère à ce constructeur. Autrement dit, pas de changements majeurs, mais des améliorations constantes. Comme les grands vins, les Porsche se bonifient au fil des ans. En plus, elles sont fiables, exception faite de la Cayenne, qui éprouve encore des problèmes.

Note : 8/10

 

Toyota : 2012 aura été l’année du grand retour pour le géant japonais, mis à mal par une nébuleuse histoire d’accélérations subites sur certains modèles et une baisse de la qualité globale. Se relever après une mauvaise performance, c’est la marque des grands. Les correctifs apportés ont porté fruit, car Toyota collectionne toujours les trophées de fiabilité. Mais tout n’est pas parfait : la Corolla se fait vieille et, pour la première fois, elle ne fait pas le poids devant ses concurrentes. Un cran plus bas, le renouvellement de la Yaris, trop timide, ne lui permet plus de survoler ses rivales. Ces deux modèles ont besoin du même traitement que celui administré à leur grande sœur, la Camry qui, elle, n’a jamais été aussi bonne.

Note : 8/10

 

Volkswagen : Le géant allemand aspire au trône de no 1 mondial et, pour y arriver, il doit vendre plus de voitures aux États-Unis. VW semble avoir trouvé la solution en faisant désormais construire ses voitures sur notre continent (Mexique et É.-U.). Mieux encore, le magazine américain Consumer Reports recommande ses principaux modèles (Golf, Jetta et Passat). Même chose chez nous : Protégez-vous recommande la Jetta et accorde cinq étoiles (sur cinq) à la Golf. Pour un achat à long terme, envisagez tout de même l’achat d’une garantie prolongée, juste au cas…

Note : 8/10

 

Suzuki : La division américaine de Suzuki a déposé son bilan, l’année dernière, mais pas la division canadienne. Le message est clair : Suzuki est ici pour rester. Du moins, c’est ce qu’affirment ses dirigeants. Les particularités du marché canadien ont sans doute pesé dans la balance. Contrairement à nos voisins du Sud, nous aimons les petites voitures (surtout dans l’est du pays) et les véhicules à traction intégrale. De plus, Suzuki pèse plus lourd qu’on ne le croit dans l’industrie automobile, avec une production annuelle supérieure à celle de marques beaucoup plus populaires chez nous comme Honda ou Mazda. La gamme de modèles n’est pas inintéressante, mais on aimerait bien avoir la Swift vendue sur les autres continents, ou encore le Jimny, un micro-VUS.

Note : 7/10

 

BMW : J’aurais pu faire un copier-coller de ce que j’ai écrit l’année dernière, car les lacunes du constructeur bavarois demeurent les mêmes : quelques modèles décevants (Série 5, Série 7), voire très décevants (Série 5 GT, X6), et une fiabilité aussi variable que la qualité du service après-vente. BMW souffre aussi des mêmes maux que les autres marques allemandes, à savoir une arrogance généralisée et des options à la fois nombreuses et coûteuses. Heureusement, il y a la Série 3, qui demeure LA référence de sa catégorie.

Note : 6/10

 

Chrysler : Le moins qu’on puisse dire, c’est que Consumer Reports n’est pas tendre envers Chrysler dans sa dernière parution : seulement trois modèles (Chrysler 300, Dodge Durango et Jeep Grand Cherokee) sont recommandés. Premier constat, ce constructeur peine dans les catégories inférieures. La Fiat 500 reste une voiture de niche, de sorte qu’il manque toujours une sous-compacte bon marché pour rivaliser avec les Accent, Yaris, Fit et autres Fiesta. Personne ne pleurera la disparition de la Caliber, mais sa remplaçante, la Dart, a reçu jusqu’ici des commentaires plutôt tièdes. Ce qui est déjà mieux que la Caliber, remarquez… Un cran plus haut, les berlines intermédiaires Chrysler 200 et Dodge Avenger se font laminer par la concurrence. Malgré une amélioration globale, il reste encore beaucoup de travail à faire.

Note : 6/10


En baisse


Hyundai (et Kia) : Si les marques sœurs de la Corée du Sud perdent un petit point, c’est parce que leurs plus petites voitures, l’Accent (et sa jumelle, la Kia Rio) et l’Elantra (et sa jumelle, la Forte), n’ont pas encore le raffinement mécanique de leurs rivales japonaises. Même chose au sommet de la gamme : l’Equus ne se compare pas à une Lexus. Pas encore. Les Veloster et Genesis Coupe ont, de leur côté, besoin d’un châssis et surtout de suspensions dignes de ce nom pour être considérées comme de véritables sportives. Qu’elles s’appellent Hyundai ou Kia, les marques coréennes ont cependant de solides arguments en leur faveur, à commencer par leur style, nettement plus inspiré que celui des ternes japonaises. Et n’oublions pas leur dotation généreuse et leur supergarantie de base (cinq ans ou 100 000 kilomètres).

Note : 8/10

 

Audi : Depuis le début du XXIe siècle, Audi vit une véritable métamorphose. Sur le plan sportif, la marque aux anneaux accumule les victoires aux 24 heures du Mans et ces succès contribuent à rehausser son image déjà très forte sur le plan technologique. À ces gains sur la piste s’ajoute une hausse constante des ventes qui lui ont permis, il y a deux ans, de devancer Mercedes et de se classer tout juste derrière BMW à l’échelle planétaire. La fiabilité des Audi est globalement supérieure à celle des BMW et Mercedes, mais elle demeure inférieure à celle des voitures de luxe japonaises (Acura, Infiniti, Lexus).

Note : 7/10 (-1)

 

Ford : On ne pourra reprocher à Consumer Reports d’être complaisant envers les trois constructeurs de Detroit, car Ford, à l’instar de Chrysler, voit peu de ses modèles recevoir la précieuse mention « Recommandé ». Selon la publication américaine, la fiabilité des petites Fiesta et Focus est perfectible, tout comme celle de l’Edge, un multisegment. Le système multimédia MyFord Touch est aussi durement critiqué. La réputation du numéro 2 américain s’est beaucoup améliorée ces dernières années ; il serait dommage de dilapider ce beau travail. Voyons ça comme un rappel à l’ordre.

Note : 7/10 (-1)

 

General Motors : Avec la Sonic, une sous-compacte, et la Spark, première microvoiture de l’histoire de ce constructeur (et rivale avouée des Smart et Scion iQ), le géant américain est bien pourvu en petites voitures ; un cran plus haut, dans la catégorie des compactes, il y a aussi la Cruze. Mais au Canada, cette dernière se vend moins que certaines de ses rivales asiatiques comme la Civic, la Corolla ou l’Elantra. Un autre cran plus haut, les ventes de la nouvelle Malibu ne décollent pas. Toutefois, les marques Buick et Cadillac n’ont pas été en aussi bonne santé depuis des décennies. Tout comme GM, d’ailleurs.

Note : 7/10 (-1)

 

Mitsubishi : La marque est plongée dans un coma profond depuis des années. La gamme de modèles est famélique et la durée de vie des modèles restants s’étire, avec des renouvellements aussi fréquents que les changements de juge à la Cour suprême. Comprenons-nous bien, ce ne sont pas de mauvais véhicules. Ils sont fiables et protégés par une garantie béton. Mais combien de temps cette marque réussira-t-elle à vivoter de la sorte ? Là est la question. Chose certaine, l’immobilisme de ses dirigeants n’a rien de rassurant. Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Note : 6/10 (-1)

 

Mercedes : Un de mes proches conduisait une BMW Série 3. Au terme de sa location, il songeait à aller du côté de Mercedes. Je le lui ai déconseillé, en raison des problèmes de fiabilité dont souffre la prestigieuse marque allemande depuis une dizaine d’années. L’ami en question ne m’a pas écouté, et, deux ans et demi plus tard, il s’en mord les doigts. Le constructeur germanique a déjà connu des jours meilleurs : ces dernières années, il s’est fait dépasser par BMW, puis par Audi. Et ne parlons pas de son équipe de F1, qui régresse au lieu de progresser. Au bas de l’échelle, la Smart demeure un des pires achats de l’industrie automobile, toutes catégories confondues. Elle a d’ailleurs récolté la pire note de l’APA dans le guide auto du magazine Protégez-vous pour une deuxième année d’affilée.

Note : 5/10 (-1)

 

Volvo : Voilà une marque moribonde qui semble laissée à elle-même. Au Canada, le service de relations publiques ne semble même pas au courant de l’existence du Québec : les véhicules d’essai sont rarissimes et les communications se font in English only. Pas étonnant que les ventes continuent de fondre comme neige au soleil. Rachetée par le constructeur chinois Geely, Volvo avait encore une image de marque très forte. De toute évidence, ses nouveaux propriétaires ne savent pas trop quoi faire avec. Pathétique.

Note : 3/10 (-2)


***
 

Collaborateur

À voir en vidéo