Vos placements - Attiser la peur est contre-productif

Je lis vos chroniques dans Le Devoir avec beaucoup d’intérêt depuis plusieurs années. Avec le recul, je constate que vos conseils ont toujours été les plus pertinents pour bâtir une indépendance financière. Je consulte également des commentateurs financiers, surtout américains, qui soulèvent beaucoup d’inquiétude. C’est vrai qu’il y a passablement de risques à l’horizon : conflit Israël-Iran, chômage et dette en Europe, décélération de la croissance en Chine, dette des ménages et dette publique aux USA, risques de forte inflation, etc. Première question : croyez-vous que nous sommes vraiment au bord d’un précipice ou d’un krach ?


Pour se protéger de ces risques, l’une des recommandations que l’on entend souvent est : achetez de l’or ! Vous-même, à la fin d’une chronique, faisiez cette recommandation. Seconde question : quelle est la meilleure façon d’acheter de l’or ? Des pièces (chez un numismate ou à la banque), des actions de producteurs, des fonds de métaux précieux (comme GLTR) ou un fonds indiciel (GLD) ?


Vous recommandez également d’équilibrer notre portefeuille de valeurs mobilières par des titres à revenus fixes. Troisième question : s’agit-il nécessairement de CPG (dont les rendements ne dépassent même pas l’inflation, surtout s’ils sont imposables) ou de fonds négociés en bourses (FNB) d’obligations de corporations ? Ceux-ci sont-ils suffisamment sûrs ?


Enfin, dernière question : dans le contexte actuel, quel pourcentage d’un portefeuille consacreriez-vous à l’or, aux titres à revenus fixes, aux actions canadiennes et aux actions américaines ?


N. T.

 

Des peurs. De toute son histoire, l’homme a toujours été confronté à la peur. À des peurs de toutes sortes. Celles reliées grosso modo à la survivance, à l’au-delà (la mort, l’enfer) et celles fabriquées de toutes pièces (ce qui est souvent le cas dans le monde de la finance). Des peurs qui ont trouvé un terrain particulièrement fertile dans l’ignorance des peuples. Car, voyez-vous, l’ignorance a régné en maître depuis les débuts de l’humanité et ce, jusqu’à tout récemment. Quand je dis récemment, j’entends jusqu’aux années 1940-1950 environ. C’est à ce moment-là que nous avons fait notre entrée dans l’ère du savoir avec le développement des moyens de transport et, surtout, de communication de plus en plus rapides. Un monde du savoir qui nous a conduits au microprocesseur, à Internet, à la nanotechnologie, à l’énergie solaire, etc. L’humanité n’en est qu’au tout début de cette ère du savoir. Aujourd’hui, on fabrique des bicyclettes en fibres de carbone et nanotubes, on manipule les molécules, on envisage d’accoupler les téléphones intelligents et micro-ordinateurs à des tricordeurs (j’invente le mot) qui permettront de poser à distance un premier diagnostic sur la santé du patient (un peu comme dans la télésérie Star Trek). On est sur le point de commercialiser à grande échelle l’imprimante en trois dimensions. On tente de concevoir la nanomobile capable de transporter des agents « cibleurs » directement aux cellules cancéreuses pour les détruire, etc. Nous n’aurons pas atteint la moitié du présent siècle que notre mode de vie actuel aura été passablement altéré par les nouvelles technologies.


Donc, vous avez là d’excellentes raisons d’être optimiste dans la vie comme pour la gestion à long terme de vos placements. Bien sûr, des risques, des défis, il y en aura toujours. Nous vivons dans un monde de probabilités. Idem pour le monde de la finance. Un monde qui comporte ses défis. La crise financière en Europe, le développement des pays émergents dont, au premier chef, la Chine, les conflits géopolitiques, le surendettement des gouvernements sont autant de défis à surmonter. En ce qui concerne les défis liés à la situation monétaire des pays, dites-vous bien que les banques centrales disposent des outils pour les surmonter.


Les médias ne manqueront pas cependant d’attiser les peurs que peuvent susciter certains de ces défis. Comme ils ont monté en épingle pendant tout l’automne le possible précipice budgétaire américain. Chose maintenant réglée, en partie du moins, en ce début du nouvel an. Les médias feront la même chose avec le plafond de la dette du gouvernement américain qui doit être bientôt relevé. Ces médias vous diront et répéteront que le gouvernement américain risque de manquer à certaines de ses obligations financières si la gent politique ne s’entend pas sur le relèvement du plafond de la dette.


Vous ne pouvez tout simplement pas gérer votre portefeuille au gré des manchettes des journaux. La seule chose que vous puissiez faire, c’est bien répartir votre portefeuille de titres entre les deux principales classes d’actif que sont les obligations de grande qualité et les actions. Et, en qui concerne la section Actions, concentrer vos investissements dans les titres de grandes entreprises rentables et montrant un solide historique de versements des dividendes. De cette manière, vous mettez les chances de votre côté pour vous enrichir à long terme.


À vos autres interrogations, voici mes réponses. Vu leurs rendements actuels trop faibles, les titres à revenus fixes à très long terme sont à proscrire. Tenez-vous-en essentiellement aux échéances de cinq ans et moins. Les obligations à terme à taux progressifs de Placements Québec constituent à cet effet un bon compromis du fait qu’elles sont encaissables sans pénalité une fois l’an, à leur date anniversaire. Quant à l’or, oui, le métal jaune a sa place dans votre portefeuille. Dans quelle proportion ? Entre 5 et 9 % de la valeur de votre portefeuille d’actions. Comment y investir ? En achetant les actions des grands producteurs en période de faiblesse des cours. Le prix de l’or demeurera élevé alors que les banques centrales occidentales ont maintenant recours à la planche à billets tous azimuts pour soutenir leurs économies respectives. À propos de la répartition du portefeuille global, je suggère de répartir également vos sous entre les obligations et les actions.


Enfin, quant à un éventuel krach, il reste toujours possible. Mais les probabilités d’une telle éventualité ne sont pas très élevées dans le contexte actuel où les politiques monétaires sont on ne peut plus accommodantes.


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