Le bouquet reste à venir

Ma grand-mère m’a expliqué un jour que les plus belles fleurs germaient dans la pourriture. Marie-Louise faisait pousser des plantes magnifiques à partir d’un semis qu’elle laissait pourrir doucement sur de la ouate mouillée. Quand la plante était assez solide et que l’été s’annonçait dans sa cour, elle transplantait le tout le long de la galerie et les fleurs se pointaient juste à temps pour embellir son tout petit jardin.

J’ai longtemps pensé que Marie-Louise était une sorte de sorcière. C’est à elle que je dois de toujours penser qu’il finira par y avoir du bon qui naîtra du méchant, du beau de la laideur, de l’espoir de la désespérance. J’y crois toujours. Même si, parfois, je trouve le temps long.


À travers toutes les sordides affaires que les nouvelles nous ont jetées au visage durant les derniers mois de l’année 2012, on a l’embarras du choix pour déterminer ce qui va le plus mal.


J’ai profondément honte quand j’apprends qu’on ferme des écoles parce que les moisissures y rendent les enfants malades. J’ai honte aussi quand j’apprends qu’un haut gradé de la police était prêt à vendre son âme et certains de ses camarades à la mafia pour de l’argent. J’ai honte quand je vois « de mes yeux » une femme policière identifiée par ses gestes de violence alors que des hommes policiers ne s’en sont pas privés, de violence, durant les manifs. J’ai encore plus honte. J’ai honte quand on dit qu’il y a dix mille, quinze mille, vingt mille sans-abri à Montréal qui se demandent où aller dormir quand il fait -25 degrés la nuit et que plusieurs d’entre eux n’ont même pas l’argent pour payer leurs médicaments. J’ai honte quand des vieux disparaissent pour aller mourir seuls, volontairement ou involontairement.


J’ai honte quand la Cour suprême du Canada décide de permettre le port du niqab intégral pour que des femmes puissent aller témoigner. J’ai honte. J’ai encore plus honte quand la même Cour suprême se permet de rayer d’un coup d’efface des parties de lois importantes pour le Québec alors qu’elles ont déjà été votées à l’unanimité par l’Assemblée nationale de notre nation comme si nous n’étions qu’un petit peuple soumis au très grand peuple voisin qui n’est pas le nôtre.


Comme j’ai honte de découvrir la quantité de bouffe qu’on jette aux poubelles pendant des périodes dites festives comme celle qui vient de se terminer.


J’ai toujours eu du mal à accepter que la Justice ne soit pas la même pour tout le monde, ou le fait que les soins de santé soient toujours plus faciles d’accès pour certains que pour d’autres. J’aurais aimé vivre dans un monde où les petits auraient eu la même importance que ceux qui se croient grands sans jamais vraiment l’être. Je voudrais qu’on en finisse avec les fermetures sauvages, le mépris et l’enrichissement scandaleux d’un petit nombre sur le dos des plus fragiles.


Je rêve en couleurs. Bien sûr. La preuve, c’est que je continue d’espérer qu’un jour, quelqu’un dira autre chose que le vieux 33 tours répété ad nauseam par tous ceux qui prennent la parole : n’élevez pas nos impôts, car nous irons vivre ailleurs. Ils pourraient ajouter : si c’est bon pour Depardieu, c’est bon pour nous. Misère de misère. Les humains du monde entier sont souvent au-dessous de tout.


Mais la leçon de Marie-Louise n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde. À son exemple, j’ai semé beaucoup et j’ai veillé sur mes semailles en attendant d’y voir pousser une fleur qui viendrait confirmer la démarche entreprise il y a longtemps.


Je vous confirme donc, en ce 5 janvier 2013, que, malgré les apparences et les mauvaises nouvelles, la récolte est vivante. On en verra peut-être grandir les fleurs à la grandeur des rues et des routes du Québec le printemps « érable » prochain, surtout au moment où il faudra que des foules se fassent entendre pour ramener le gouvernement aux promesses essentielles, celles qu’on applaudissait à travers le Québec avec un tel entrain.


Allez les Biz de ce monde, les Lisa LeBlanc, les Coeur de Pirate et autres Gilles Vigneault ou Daniel Bélanger, les doués de ce qui touche le coeur. Ressortez vos musiques, donnez-nous envie de danser sur des paroles qui nous touchent et nous entraînent. Donnez-nous le beat et vous entendrez toutes ces voix qui réclament un pays, mais pas n’importe lequel, un pays instruit, ouvert et prêt enfin à signer sa propre Constitution, la sienne propre, pas celle d’un autre pays, ce que tous les gouvernements du Québec, quelle que soit leur allégeance, ont refusé de faire à ce jour. Ils attendent tous la saison des fleurs qui va venir. Il le faut. Car nous sommes en concurrence avec trois autres beaux peuples qui sont en position de départ pour se donner une identité nationale. Trois peuples fiers comme nous. Nous aurions tort d’être les derniers.


Bonne année 2013. Qu’elle vous soit douce.

30 commentaires
  • Alain Antoine Turgeon - Abonné 4 janvier 2013 02 h 49

    Tout ne se vaut pas !

    Bravo pour votre texte avec un bémol pour le dernier paragraphe. Il ne s'agit pas d'imiter Espace musique «la moulinette musicale» et mettre sur le même pied Vigneault et les lamentables Cœur de pirate (qui marmonne) et Lissa Leblanc (qui ferait mieux de chanter en anglais).

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 janvier 2013 06 h 10

      Parle-moi d'un commentaire à côté du sujet ! Pis as-tu vu la robe qu'elle portait à son dernier spectacle ? Mais vraiment, les priorités !!!

      Mme Payette, je crois que vous, comme plusieurs d'entre nous, devrez attendre encore un bout avant que ne revienne l'alignement planétaire propice à l'évènement (dont il est ici sujet) que nous souhaitons. Plusieurs d'entre nous avons éteint nos coeurs pour ne se servir que de notre tête et d'autres qui ne se servent de ni l'un ni l'autre, encore et malheureusement. Je crois que finalement la théorie de l'évolution de Darwin à la sauce américaine «Au plus fort la poche» de la compétition individualiste a fait plus de dommage que de bien et qu'elle n'ait presqu'éteint la fibre humaine de l'entraide et la solidarité. Dans ce lendemain de crainte de fin du monde, que personne n'avouera avoir cru un seul instant maintenant que c'est passé, tout reste à faire et je pressant que ceux qui vont se lever pour prendre parole vont se faire canarder comme des cibles au champ de tir. L'espoir même est maintenant suspect. Je ne vois devant nous qu'une longue traversée du désert. L'avènement de notre pays ne se fera pas à l'intérieur d'une vie humaine. J'ai 66 ans aujourd'hui même; malgré que je ne croyais pas que mes parents verraient le jour, je crois maintenant je ne le verrai pas moi non plus. Peut-être mes enfants ou mes petits enfants. Parfois les fleurs de lys ça prend du temps à pousser. Et pourtant que j'aurais été fiers de voir nos jeunes en bleu et blanc dessous le fleur de lysé aux olympiques !

    • Solange Bolduc - Abonnée 4 janvier 2013 11 h 00

      @M. Lefebvre.

      Selon moi, ce n'est pas la honte ni l'espoir qu'il faut cultiver, mais la c (C)onscience, de soi et des autres, si l'on veut être en mesure d'agir!

      La honte est un éteignoir devant l'action possible ou que l'on voudrait rendre possible !

    • Jean Lapointe - Abonné 4 janvier 2013 12 h 11

      @ Madame Bolduc.

      Je suis de votre avis en ce qui concerne la honte.

      Ce n'est pas très positif ni constructif il me semble que d'avoir honte.

      C'est être en colère qu'il m'apparaît préférable d'être parce que la colère ça peut mener à l'action, ça devrait mener à l'action.

      Quand on a honte habituellement on a tendance à se cacher. Ce n'est pas très stimulant.

      Mais, dans le fond, madame Payette est peut-être plus en colère, avec raison bien sûr, que honteuse quoi qu'elle en dise.

    • Daniel Lambert - Inscrit 4 janvier 2013 19 h 06

      C'est une réalité psychologique que la honte est le tremplin vers une prise de conscience d'une action mauvaise.

      Sous l'impulsion, quelqu'un peut en traiter une autre de tous les noms et, après réflexion, il peut avoir honte, et présenter ses excuses.

      La honte est une émotion... et elle a des aspects positifs et négatifs.

  • André Vallée - Abonné 4 janvier 2013 03 h 01

    Ne changez pas, Lise.

    Chère Lise,
    continuez de distiller le rêve et l'espoir pour que les lucides (mon oeil) de ce monde se sentent seuls.

  • France Marcotte - Abonnée 4 janvier 2013 05 h 02

    Une fleur sur l'actualité pourrie

    Vous êtes la fleur précoce de ce bouquet, Lise.

    Une perce-banc de neige, annonciatrice d'un printemps tumultueux.

    Votre retour est un baume de simplicité et de finesse.

  • Patrice Hildgen - Abonné 4 janvier 2013 08 h 07

    espoir ou désespoir

    Chère madame Payette,
    Quel plaisir de lire vos propos si justes et si bien écrits. Par ailleurs, tous vos constats sur notre société, que je partage, sont si désespérants de la nature humaine que l'espoir me paraît bien mince. Un certain commentateur écrit que votre vie est monotone parce que vous ne parleriez que des femmes et de l'indépendance, malheureusement il ne semble voir que certains mots dans sa lecture car votre propos est beaucoup plus profond. Il est sûrement trop éloigné de la sacro-sainte économie et de son fluide vital, l'argent. C'est cette monotonie-là qui nous conduit dans un mur, cette incapacité à sortir de cette ornière idéologique où nous laissons tomber les plus démunis de notre société.

  • Daniel Lambert - Inscrit 4 janvier 2013 08 h 28

    J'ai honte moi aussi...

    C'est vrai que notre humanité malade nous donne des hauts le coeur.

    J'ai honte, comme homme, quand je vois six hommes majeurs et vacinés violer une jeune femme pendant des heures.

    J'ai honte aussi qu'en aucun moment personne, homme ou femme, ait tenté de venir en aide à cette malheureuse.

    J'ai honte quand la justice penche plus vers les crapules que leurs victimes.

    J'ai honte quand on gaspille tant de ressources à vouloir réhabiliter des bandits quand aucune aide n'est offerte aux victimes laissées à elles-mêmes.

    J'ai honte quand la justice concocte pour les crapules des sentences-bonbons.

    J'ai honte quand je vois des parents qui ne savent plus comment éduquer leurs enfants.

    J'ai honte quand les puissants de ce monde décident d'aller en guerre et de massacrer par milliers des civils innocents.

    J'ai honte quand je vois des aînés mourir plus de solitude que de maladie... dans leur prison dorée.

    J'ai honte quand je vois les riches s'enrichir de plus en plus en écrasant les petits, les moins natis et les indigents...

    J'ai honte d'appartenir à cette espèce qu'on dit humaine...

    • Yvon Bureau - Abonné 4 janvier 2013 10 h 55

      La sagesse et le courage nous invitent à exprimer nos hontes ET aussi à exprimer nos fiertés.

      L'Abbé Pierre nous invitait à garder courageusement les deux yeux ouverts, l'un pour voir et dénoncer les injustices et l'autre, pour s'émerveiller devant le beau et le très bon qui existent.

    • Daniel Lambert - Inscrit 4 janvier 2013 12 h 37

      Je suis FIER de ce que je suis en dépit de moi et des autres...

    • Julie Blaquière - Inscrite 5 janvier 2013 09 h 48

      @Yvon Bureau. J'abonde dans le sens des propos de l'abbé Pierre. Et malgré nos désirs déçus ça devrait nous tenir jusqu'à la fin de notre vie. Trop peu de gens dénoncent les injustices, trop en vivent et sont jusqu'à un certain point payés pour les entretenir. Il faut apprendre à choisir nos chefs et à garder un oeil bien ouvert, avec eux, sur ceux qui gèrent notre état. Aussi en s'"émerveillant sur le beau et le très bons" serions-nous moins enclin à laisser l'argent s'emparer de nos consciences. Bravo à la chef Spence et à nos fiers étudiants du printemps Érable qui ont fait et font passer leur peur derrière leurs idéaux. Bienvenue dans la rue madame Payette!