Ange noir

Dans son deuxième roman, la journaliste Nathalie Babin-Gagnon donne voix à un tireur fou, à sa mère, à une victime de Polytechnique. Entre autres.
Photo: Anémone Cantin Dans son deuxième roman, la journaliste Nathalie Babin-Gagnon donne voix à un tireur fou, à sa mère, à une victime de Polytechnique. Entre autres.

Ce qui suit n’a rien à voir avec l’actualité des dernières semaines. Et pourtant…

Une tuerie, encore une. Dans un supermarché, cette fois. Un tueur fou, qui tire à bout portant. Des morts partout. Du sang partout. Et lui, le tireur fou, qui met fin à ses jours…


C’est la scène centrale du livre. Celle qu’on attend depuis le début, dans Vent noir, deuxième roman de la journaliste Nathalie Babin-Gagnon.


Il y a avant la tragédie. Il y aura après.


Avant, tout nous y prépare. Tout est là : le comportement asocial du jeune homme, ses attitudes bizarres, sa paranoïa, sa hargne, son mépris, sa colère.


Son isolement au sein d’une famille qui ferme les yeux devant ses accès de violence. Son sentiment d’être investi d’une mission. Son amour des armes. Et son désir de devenir un héros, de passer sur CNN, « seul moyen de rester en vie pour l’éternité ».


Nous le voyons agir, cet ange noir. Nous l’entendons penser : « Mon sang sacrifié va montrer qu’il y a de vrais hommes prêts à mourir pour empêcher ce monde pourri de continuer. Les princesses gothiques vont mettre ma photo dans leur chambre pis lécher jusqu’à ce que le sang coule. Mon sang… va les purifier pour toujours. »


Mais il n’est pas seul. Il n’est pas le seul personnage que l’on suit dans cette histoire. Il y a aussi, à l’autre bout du spectre, une survivante de Polytechnique, devenue ingénieure, mariée, mère de famille.


Elle a fait un trait sur son passé, a toujours refusé de participer aux commémorations en hommage aux victimes du 6 décembre 1989. Trop douloureux, pour elle, de rouvrir cette blessure. Elle ne veut qu’une chose : « une vie exempte d’imprévu ».


L’amour aveugle


Elle n’en veut pas aux mères de tireurs fous. Mais elle se permet de les juger : « Ce que je reproche aux mères des tireurs fous, c’est le déni. C’est comme l’inceste. Combien de femmes peuvent pas se résoudre à accepter les actes de leur conjoint ? Parce que c’est trop dur, parce que ça défait l’ordre établi. Les mères, dont les garçons sont agressifs et dangereux, sont pas capables d’admettre leurs problèmes et d’agir pour changer la situation. Elles ont sûrement peur, elles aussi. C’est épeurant la violence. Je les juge, les mères de tireurs parce que je suis mère moi aussi pis je sais ce que l’amour d’une mère refuse de voir. »


Le point de vue d’un bourreau, le point de vue d’une victime, donc.


Mais ce n’est pas tout. Il y a un jeune étudiant d’origine libanaise, bolé en physique, qui intervient.


Et un autre jeune, décrocheur, celui-là, qui gagne sa vie comme commis d’épicerie.

 

Chorale tragique


Quel rapport entre tout ce beau monde ? Certains vont se croiser dès le début, d’autres en cours de route. Nous les voyons agir, tous, nous les entendons tous penser, tour à tour. C’est la grande force du roman.


Ça deviendra encore plus évident après. Après la tuerie. Plus évident, alors, que cette façon d’entrer dans l’univers de chacun était porteuse, nécessaire.


On aura alors vécu les événements tragiques de tous les côtés à la fois. On mesurera ensuite les effets de cette tuerie sur les survivants, sur leurs proches, et sur les familles des victimes.


Nathalie Babin-Gagnon maîtrise l’art de la multiplication des points de vue. L’art d’émouvoir, aussi. Et d’écorcher, au passage. Sauf qu’elle en fait trop, juste un peu trop.


Trop de descriptions qui s’étirent, trop de considérations psychologiques à n’en plus finir. Trop explicite, tout ça. L’impression, au final, de chercher sa place comme lecteur, comme lectrice.

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