C’est du sport! - Il allait revenir

Non, ce n’est pas du sirop fabriqué par Hollywood pour vous attendrir la région de votre choix. Il s’agit d’une vraie de vraie histoire.

Pendant toute la décennie 2000 à l’exception d’une saison, les Colts d’Indianapolis ont formé un club dominant. Rien de très ahurissant là-dedans puisqu’ils pouvaient notamment compter sur les services d’un certain Peyton Manning, un quart-arrière d’origine extraterrestre aux pouvoirs mystifiants, dont celui de laisser babas les défenses rivales.


L’an dernier, Manning se remettait d’interventions chirurgicales au cou et il n’a pas joué une traître seconde. Les Colts ont visité le proverbial fond du baril en présentant un dossier de 2-14, le pire de la NFL.


Après cette dérive, il fut décidé de repartir de zéro. Nouveau directeur général. Nouvel entraîneur-chef. Une bonne quarantaine de nouveaux joueurs, dont le tout premier choix au repêchage universitaire, le quart-arrière étoile de Stanford Andrew Luck. Croyant avoir trouvé son successeur, on laissa filer Manning, qui à bientôt 36 ans était peut-être un joueur fini. Celui-ci allait se retrouver à Denver.


Le nouveau coach s’appelait Chuck Pagano, un vétéran qui avait roulé sa bosse pendant plus d’un quart de siècle dans les rangs collégiaux et comme adjoint chez les pros. Pagano allait devoir présider à une longue reconstruction. Dans un univers concurrentiel à l’excès, on ne revient pas au sommet comme ça, surtout avec un quart partant recrue.


Le 1er octobre dernier, au retour d’un congé alors que l’équipe affichait une fiche prévisible de 1-2, les joueurs des Colts apprirent la nouvelle. Pagano, qui célébrerait le lendemain son 52e anniversaire de naissance, serait absent pour une période indéterminée. Il avait été diagnostiqué de la leucémie et avait subi cinq jours plus tôt un premier traitement de chimiothérapie. L’intérim à la barre fut confié au coordonnateur offensif Bruce Arians, qui savait l’épreuve qui attendait son patron. Lui-même avait déjà vaincu un cancer de la prostate.


Alors même qu’il luttait pour sa vie, Chuck Pagano n’a jamais délaissé les siens. Depuis sa chambre d’hôpital, il suivait de près les activités de l’équipe. Il étudiait les vidéos des matchs et des entraînements. Sans cesse, il était en contact avec tout le monde, par téléphone et courriel et message texte et Skype et toutes ces choses. Depuis son départ, la lumière était restée ouverte dans son bureau. Arians avait prévenu qu’on ne l’éteindrait que lorsque Pagano serait revenu. Car il allait revenir, pas de doute là-dessus.


Le drame a provoqué une onde de choc dans l’équipe et son entourage, mais aussi dans toute la communauté. Des dizaines de membres de l’organisation, y compris deux cheerleaders aux longs cheveux, se sont fait raser le crâne en guise de solidarité et afin d’amasser des fonds. Une fondation, baptisée Chuckstrong, qui vend des chandails et des bracelets, a été créée. À ce jour, plus de 250 000 $ ont été amassés et versés à la recherche sur le cancer.


Et sur le terrain, on repassera pour la reconstruction. Sous Arians et conduits par Luck, les nouveaux Colts ont été en feu. Ils présentent maintenant un rendement de 10-5, l’un des renversements les plus spectaculaires d’une saison sur l’autre dans l’histoire de la NFL. Dimanche, contre toute attente, ils se sont assurés d’une participation aux prochaines éliminatoires.


Début novembre, les médecins de Pagano ont fait savoir que son cancer était en rémission. La semaine dernière, ils lui ont donné le feu vert pour reprendre le boulot. Lundi, l’entraîneur-chef a pris part à une réunion avec ses joueurs. Dimanche prochain, il devrait être de retour sur les lignes de côté pour diriger les Colts contre Houston.


Non, ce n’est pas du sirop de Hollywood. Mais, a dit Arians, « toute cette histoire est pour Steven Spielberg. Je ne peux pas l’expliquer. »

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.