Bentley Mulsanne 2013 - Récit d’un imposteur

Malgré ses roues de 21 pouces et ses multiples garnitures chromées, la voiture peinte de l’une des quinze teintes de gris offertes (sans compter l’option deux tons) n’est pas ce qu’on appelle un head-turner. À mon avis, il faut être attentif ou connaisseur pour remarquer cette imposante voiture dans le paysage.
Photo: Antoine Joubert Malgré ses roues de 21 pouces et ses multiples garnitures chromées, la voiture peinte de l’une des quinze teintes de gris offertes (sans compter l’option deux tons) n’est pas ce qu’on appelle un head-turner. À mon avis, il faut être attentif ou connaisseur pour remarquer cette imposante voiture dans le paysage.

Tout le monde a un jour rêvé de jouer les imposteurs. Et quand on rêve, tout est permis. Pour ma part, j’adore jouer les parvenus milliardaires au volant d’une bagnole coûtant plus cher que le toit qui m’abrite. Et, je l’avoue, j’ai pu le faire à quelques reprises : c’est l’un des privilèges du métier de chroniqueur automobile. Mais jamais je ne l’avais fait au volant de la plus chère des Bentley. Voici donc le récit d’un après-midi passé au volant de l’une des berlines les plus chères du monde.

Je me présente en matinée chez le (seul) concessionnaire montréalais de la marque. Une charmante dame, vêtue d’une robe de soirée des plus élégantes (à 10 heures du matin), m’accueille pour me remettre quelques documents et me souhaiter bonne balade. Zigzaguant entre les Aston Martin, Bentley et Jaguar qui décorent la salle d’exposition du concessionnaire, je me dirige ensuite vers la sortie, où la voiture m’attend.


Mon caméraman et moi (parce qu’il fallait bien immortaliser ce moment) récupérons donc le matériel dans notre vieille guimbarde pour nous initier à la Bentley Mulsanne. Premier constat, le coffre n’est pas si vaste. Certes, la finition y est exceptionnelle et on y trouve un élégant parapluie à l’effigie de la marque, mais pour le volume, on repassera.


Malgré ses roues de 21 pouces et ses multiples garnitures chromées, la voiture peinte de l’une des quinze teintes de gris offertes (sans compter l’option deux tons) n’est pas ce qu’on appelle un head-turner. À mon avis, il faut être attentif ou connaisseur pour remarquer cette imposante voiture dans le paysage. Sauf qu’après seulement quelques kilomètres, je constate que ma perception est totalement fausse. La plupart des automobilistes remarquent la voiture pour ensuite me dévisager, l’air de croire que je l’ai empruntée au patron. Je commence déjà à avoir du plaisir…


Chez Subway en Bentley


Premier arrêt chez Subway, pour nous sustenter. Je gare la voiture devant la porte et nous pénétrons à l’intérieur de ce haut lieu de la gastronomie. Pendant ce temps, à l’extérieur, quelques jeunes tournent autour de la Bentley pour entrer dans le restaurant à leur tour. Ils discutent de la voiture, en se demandant à qui elle peut bien appartenir. Mis à part les employés, nous sommes seuls dans le restaurant ; ça ne peut être que nous.


Il fallait voir le visage de ces ados lorsque je me suis glissé derrière le volant de la Mulsanne pendant que mon comparse passait à la salle de bain. Mais le comble, c’est qu’à son retour, mon caméraman à casquette et manteau de denim choisissait la portière arrière de la voiture, attendant du coup que l’auteur de ces lignes sorte pour la lui ouvrir. Comme une rock star. Voilà une scène qui a dû être immortalisée sur Facebook…


Fiers de notre effet, nous avons repris la route pour savourer le moment. Croyez-moi, le seul fait d’être au volant d’une telle voiture est une expérience en soi. Pas tant en raison du haut niveau d’équipement, qui, tout compte fait, n’est guère plus impressionnant que celui d’une Mercedes-Benz Classe S de 125 000 $; sauf qu’au volant d’une Bentley, les cinq sens sont sollicités. La qualité des matériaux utilisés n’a aucune commune mesure, l’odeur des cuirs est exceptionnelle et les bruits extérieurs inexistants. Et, avouons-le, le seul fait d’être au volant d’une Bentley fait gonfler le torse… et l’ego ! D’ailleurs, si vous vous demandez pourquoi une Bentley coûte si cher, voilà une partie de la réponse.

 

Luxe extrême


Bentley fait aujourd’hui partie de la grande famille Volkswagen. Voilà c’est pourquoi on retrouve à bord de cette Mulsanne quelques accessoires de la populaire marque germanique. Heureusement, ils se font rares, mais les commandes du toit ouvrant ainsi que les boutons de verrouillage me sont étrangement familiers… Qu’à cela ne tienne, le luxe extrême est tout de même défini par des appliqués de ronce de noyer véritable et des moquettes sur lesquelles on se sent obligé de se déchausser.


Bien sûr, l’expérience d’une Bentley, c’est aussi celle de siéger à l’arrière, où l’on découvre des baquets inclinables, avec vibromasseurs intégrés, chauffants et ventilés. Et tout l’espace nécessaire pour profiter pleinement du moment. Ajoutez à cela des lampes de lecture, des repose-pieds, des tablettes repliables en bois véritable et des commandes de ventilation pour chaque occupant. Ceci dit, à 406 000 $ (le prix de notre modèle d’essai), plusieurs commodités brillent par leur absence. Vous pourriez par exemple ajouter le système audiovisuel (10 925 $), l’accès Wi-Fi (1290 $) ou encore le petit réfrigérateur avec flûtes de champagne en cristal (12 510 $). À voiture haut de gamme, options haut de gamme.

 

Pure anglaise


En me promenant dans l’habitat naturel de cette limousine, soit aux abords des plus belles demeures de Senneville, dans l’ouest de Montréal, j’ai réalisé une chose : cette Bentley est demeurée authentique. Il faut comprendre que plusieurs irréductibles de la marque ont vivement contesté (à tort ou à raison) la germanisation de la marque, plus flagrante avec les modèles de la gamme Continental. Toutefois, hormis quelques petits détails, la Mulsanne conserve son côté british. Elle respecte la tradition de la marque dans son approche, dans son design, mais aussi dans son comportement et sa mécanique. D’ailleurs, elle est aujourd’hui la seule Bentley à roues arrière motrices, faisant toujours appel à ce V8 de 6,75 litres biturbo, qui a certes été modernisé, mais qui est 100 % Bentley.


Plus lourde et aussi longue qu’un Chevrolet Suburban, aussi rapide qu’une Porsche Boxster et confortable… comme une Bentley, la Mulsanne demeure néanmoins une voiture au dynamisme étonnant, voire impressionnant. La suspension réglable est parfaitement calibrée, le châssis est digne de celui d’une grande sportive et la direction et non seulement précise mais très rapide. Vous seriez d’ailleurs étonnés de constater à quel point cette voiture tourne sur un dix sous !


Notre balade de quelque 265 kilomètres s’est soldée par une consommation moyenne de 16,2 litres aux 100 kilomètres (une donnée sans doute superflue pour la clientèle visée), mais surtout par l’impérissable souvenir d’avoir profité de la plus élégante et la plus dynamique des limousines de grand luxe jamais construite, lors de l’une des plus belles journées de l’automne.


À mon retour chez le concessionnaire, le fait de constater que ma vieille Toyota Celica était garée entre une Continental GTC et un coupé Aston Martin m’a rapidement ramené sur terre. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

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1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 26 décembre 2012 08 h 25

    Mulsanne

    Si Bentley a nommé un de ses modèles d'après le célèbre virage de la course des 24 heures de Mans, c'est que Bentley a gagné cette prestigieuse épreuve 4 fois, de 1928 à 1931 avec le modèle Speed Six (que Mr Steed conduisait dans «Chapeau melon et bottes de cuir).
    Un journaliste avaut demandé à Ettore Bugatti ce qu'il pensait de ces imposantes anglaises. Celui-ci répondit, non sans malice:« Ce sont les camions les plus rapides du monde»