Revue de presse - De choses et d’autres

Entre le sort du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse anglophone cette semaine, et la viabilité de notre système de pensions, j’ai choisi le deuxième sujet, moins populaire, mais plus près des préoccupations d’un peu tout le monde.


Ce qui frappe dans ce dossier est l’agacement que suscite la procrastination du ministre fédéral Jim Flaherty. Lors de sa rencontre de lundi dernier avec ses homologues provinciaux, il a finalement accepté de demander aux fonctionnaires de préparer le terrain pour une discussion plus approfondie en juin prochain. Mais cela fait deux ans qu’on piétine, s’impatiente Craig McInnes, du Vancouver Sun, et Martin Regg Cohn, du Toronto Star.


McInnes ne comprend pas que le ministre, qui dit vouloir éviter d’alourdir la dette pour ne pas en faire porter le fardeau aux générations futures, ne tienne pas le même discours lorsqu’il s’agit de retraite. Il veut bien discuter, mais impose des conditions. Selon lui, l’économie est trop fragile pour augmenter les cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC). Que les cotisations soient un poids économique est matière à débat, dit McInnes. « Mais ce qui n’est pas matière à débat est le fait que les Canadiens qui n’économisent pas assez durant leurs années de vie active dépendront de l’appui des autres pour répondre à leurs besoins une fois à la retraite. » Les syndicats et les partis d’opposition voudraient qu’on hausse les cotisations pour qu’un retraité puisse recevoir 50 % de son revenu. Les provinces envisagent des hausses plus modestes. Quand Flaherty affirme que même cela est encore trop, il ne fait que remettre à plus tard des changements nécessaires et exige des futurs payeurs de taxes qu’ils épaulent davantage de retraités au moyen de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu, écrit McInnes. La population vieillit, il y aura moins de travailleurs pour soutenir les personnes âgées, et le refus d’agir immédiatement ne fera qu’imposer à nos enfants ce que Flaherty dit vouloir leur éviter, conclut-il.


Regg Cohn va dans le même sens. Il comprend mal les hésitations du ministre, qui a pourtant en main un document préparé par ses fonctionnaires décrivant une piste de solution abordable. Une bonification modeste du RPC pourrait combler quelques lacunes sans imposer un fardeau trop lourd aux entreprises dont les cotisations de retraite calculées en fonction de la masse salariale sont beaucoup moins élevées que dans les autres pays industrialisés, y compris aux États-Unis. Pour la plupart des Canadiens qui n’ont pas de pensions d’entreprise et peu d’économies, un revenu de remplacement représentant seulement 25 % du revenu gagné et ne pouvant pas dépasser 12 500 $ par année est insuffisant. Selon Regg Cohn, le document des fonctionnaires montre qu’il serait possible, avec des cotisations supplémentaires d’environ 1000 $ en moyenne par année, de hausser le taux de remplacement à 35 % et de hausser le plafond de revenu admissible de 50 000 à 75 000 $. Beaucoup plus de futurs retraités pourraient ainsi combler leurs besoins. Mais pour y arriver, il faut commencer maintenant, insiste Regg Cohn.


La valse des mensonges.


L’affaire des F-35 a ramené à l’avant-scène la question du mensonge en politique et inspiré un texte intéressant à Paul Adams, sur le site d’iPolitics. Il note que la plupart des gens n’hésitent pas à faire la leçon aux politiciens tout en concédant que l’absolue vérité en politique est un rêve impossible. On ne tient pas rigueur à nos dirigeants de dire une chose en privé à un leader étranger et une autre en public si les intérêts du pays l’exigent. On se rebiffe, en revanche, quand le mensonge ne vise qu’à berner et n’a aucune utilité. Il cite le cas de Brian Mulroney affirmant qu’il serait là pour un troisième mandat. Entre ces deux extrêmes, les cas peuvent être moralement et politiquement ambigus. Selon Adams, le public, mais avant tout les médias, exige surtout des politiciens qu’ils fassent preuve d’un haut degré de cohérence. La sanction est toutefois aléatoire. « Il y a moins de chances que nous soyons choqués d’un virage à 180 degrés si le gouvernement se retrouve ainsi à s’approcher de notre point de vue. » Adams revient au cas du F-35, un cas typique « d’une décision qui, une fois prise, est réduite à un message de quelques lignes pour se transformer en un mensonge défensif et agressif au fur et à mesure que s’effrite le raisonnement initial ». Il suggère une explication. Les conservateurs sont cachottiers parce qu’ils ne croient pas que les autres institutions -les médias, le milieu universitaire, la magistrature, la bureaucratie -les traiteront de façon équitable. Mais dans le cas du fiasco du F-35, poursuit-il, l’ampleur des sommes en jeu, « la mesquinerie et la propension au mensonge dont a fait preuve le gouvernement en tentant de faire taire ses critiques » pourraient représenter un tournant pour le gouvernement Harper et creuser pour de bon un « déficit de crédibilité ». Mais en même temps, conclut Adams, on savait au moment du scrutin de 2011 combien le gouvernement avait fait fi de la vérité, et les conservateurs ont quand même été élus. Il craint qu’on ait la mémoire aussi courte en 2015.

3 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 22 décembre 2012 11 h 49

    La valse des mensonges au Bal des Faux-Fuyants au grand Festival de la démocratie-fiction

    A-t-on vraiment voté pour les conservateurs ou a-t-on voté contre les libéraux des commandites?
    Ceci étant dit, j’ai l’impression que les médias, ne jauge pas la juste mesure du déséquilibre socio-écnomique qu’entrainera la réforme de l’assurance emploi. On sait maintenant que les conservateurs veulent s’accaparer le montant versé à 8,000 prestataires de cette assurance, mais le nombre de personnes qui seront atteintes par ce chambardement sans précédant seront beaucoup plus nombreuses.
    À peine ai-je eu le temps de lire dans la barre de défilement au bas de l’écran à RDI que l’Union des municipalités du Québec demandait au gouvernement de reculer sur cette réforme que déjà cette nouvelle disparaissait dans la brume médiatique. Il s’agit pourtant d’une réforme qui concerne beaucoup de monde…l’industrie forestière, touristique, de la pêche, de la construction, le monde l’éducation, professeurs et chauffeurs d’autobus, pompiers de la forêt.Avec ces derniers, ils vont jusqu’à mettre la sécurité publique en jeu.
    Sur certaines régions mono-industrielles, cette réforme aura l’effet d’un coup d’état, et alors comment déménager en ville alors qu’il n y a pratiquement pas de logements disponibles. Difficile d’imaginer autre chose que le chaos.
    Et la valse des mensonges du F-35 comme vous dites si bien qui vient s’ajouter à tout cela…Pour les conservateurs , il n’y a pas de gain à prévoir pour eux à l’est du Manitoba et à l’ouest de l’Alberta.Trop de rigidité ne pourra que leur amener une cassure du tronc.
    «Mauvaise foi, mensonge et rigidité», tel semble être leur slogan

  • Daniel Bérubé - Abonné 22 décembre 2012 13 h 16

    Je serais curieux de savoir...

    ce qui a apporter le mensonge comme étant "une qualité" (?) a avoir pour aller en politique, du moins, depuis quelques décénies où elle est plus qu'évidente; ou serais-ce que le public oublie de plus en plus vite les éléments importants qu'il se devrait de retenir pour les prochaines élections ? Ou... les conservateurs en sont peut-être à la découverte de base de la vérité et du mensonge, et ils viennent de lire la ligne: "Attention, parfois la vérité choque! "... alors, à partir de maintenant: les mensonges seulement seront autorisés ! ... brillant brillant... mais reconnaissons qu'il s'agit d'un grand pas pour les cons-servateurs.

  • François Dugal - Inscrit 23 décembre 2012 08 h 34

    Conséquences prévisibles

    À force de se faire «mentir en pleine face», les citoyens canadiens deviennent cyniques par la force des choses. Les journalistes qui rapportent les faits passent pour des prophètes de malheur.
    Le bateau de la démocratie prend l'eau; qui peut colmater les fuites?