Perspectives - Bonne année!

Activité économique atone et corruption obligent, 2012 est, pour le Québec, à classer dans les archives sous l’onglet « Annus horribilis ». Du moins pour les uns. Car pour d’autres, l’expression « Annus mirabilis » conviendrait davantage. Qui sont ces miraculés de 2012 ?

Le Québec se retrouve au bas du classement des économies en croissance au Canada et le gouvernement Marois a piloté ses 100 premiers jours en mode recul. Mais cette morosité politico-économique n’a pas fait que des déprimés. Petit survol, sans prétention, de grands gagnants de 2012.


Le journaliste Martin Patriquin doit sabler le champagne. Avec tous ces témoignages entendus à la commission Charbonneau, son article dans Maclean’s coiffé du titre traduit de « Québec, la province la plus corrompue » fait oeuvre de prophétie, deux ans plus tard. Et des visages commencent à se profiler derrière cette image en couverture du Bonhomme Carnaval tenant une mallette remplie d’argent. Si la communauté d’affaires montréalaise se dit particulièrement troublée par toute cette corruption érigée en système, elle y voit aussi l’occasion de faire le ménage. Certains leaders économiques constataient que, si des entreprises rechignaient à s’installer au Québec, ce n’était peut-être pas tant pour des motifs de langue qu’en raison d’une cartellisation autour d’un processus d’octroi des contrats publics autrement verrouillé.


Au final, donc, bonne année pour la communauté d’affaires, qui pousse un soupir de soulagement après les 100 premiers jours du gouvernement Marois.


Bonne année bancaire, également. Les six plus importantes banques au pays selon l’actif ont cumulé un bénéfice net de quelque 30 milliards. À elle seule, la Royale a comptabilisé 7,5 milliards. Des records tous azimuts ! Et ces hauts dirigeants n’ont désormais plus rien à envier à leurs pairs américains. Si les chefs de direction aux États-Unis gagnaient plus du double des dirigeants canadiens en 1998, la parité a été virtuellement atteinte depuis, selon les calculs de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. Chez les p.-d.g. des six grandes banques, la rémunération médiane a été multipliée par 2,5 dans cet intervalle, à 10,8 millions.


Les indignés et autres 99 % peuvent s’offusquer. Mais ils ont eu de quoi se mettre sous la dent. D’abord, SNC-Lavalin a finalement compris qu’il fallait suspendre le versement de l’indemnité de départ de 4,9 millions promis à Pierre Duhaime, deux semaines après que l’ex-patron de la firme eut été accusé de fraude et d’usage de faux. Ensuite, ils ont appris en juin que les millionnaires se sont appauvris en 2011, en raison de la volatilité des marchés. Si la planète comptait 11 millions de millionnaires en 2011, soit 0,8 % de plus qu’en 2010, leur patrimoine a reculé de 1,7 %. Il s’agissait du deuxième recul depuis celui de 19,5 % subi lors de la crise de 2008.


Dans un autre registre, la Caisse de dépôt ressort ragaillardie de 2012. Le Fonds de solidarité aussi, avec son rendement de 2,6 % dans un contexte difficile et volatil. La Caisse a dégagé un rendement de 3,5 % après six mois et elle a pris un virage « économie réelle » en multipliant les placements privés auprès de piliers québécois. Elle a accompagné CGI et Genivar dans leur déploiement à l’international, appuyé les visées du CN dans le cadre du Plan Nord, contribué à l’implantation d’Iris Capital à Montréal et accentué sa présence aux côtés de la Banque Laurentienne et de SSQ. La Caisse a également réussi à concocter un montage financier lui permettant de liquéfier son investissement dans Québecor Media et de concevoir une porte de sortie.


Québecor n’est pas en reste. L’entreprise a plu à ses actionnaires en ajoutant un accent à son nom et a réussi, dans la foulée, à bloquer l’achat d’Astral par BCE. Le temps qu’une offre modifiée se dessine. Astral n’aura pas tout perdu.


Grosse année pour Saputo, pour Cogeco. Pour Couche-Tard aussi, l’entreprise s’étant résolue à acquérir un gros détaillant norvégien pourtant rompu à la syndicalisation. Et pour Maple, qui s’est approprié l’univers boursier canadien. Ainsi que pour Air Canada, avec les conditions obtenues lui permettant de lancer son voyagiste intégré. Et pour les partenaires commerciaux de Rona, qui ont su résister aux avances de Lowe’s. Que penser des actionnaires, mécontents du rendement offert, et du départ sans préavis de Robert Dutton ?


Le dernier clin d’oeil est pour Mark Carney, pressenti pour diriger la Banque d’Angleterre. L’influent gouverneur se retrouvera en pays (du Commonwealth) connu.

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