C’est du sport! - Messages contrastés

Comment se porte le monde à quelques jours de sa fin dans la douleur, les larmes et un reportage-choc aux nouvelles TVA ? Voilà une excellente question, à laquelle il reste bien peu de temps pour répondre. Esquissons quand même une amorce en disant : ça dépend. Ça dépend d’où on porte le regard.

Ainsi, il nous est loisible de ressentir un grand froid dans la région en prenant connaissance de ce qui suit, gracieuseté de l’Agence France-Presse.


« Plusieurs joueurs de basket handisport ont été blessés dimanche soir à Istanbul lors de violentes échauffourées entre supporteurs de deux équipes de la mégalopole turque, nouvel épisode de la rivalité exacerbée qui oppose dans tous les sports les clubs stambouliotes, a rapporté lundi la presse turque. »


« Ces incidents, les premiers relevés lors de compétitions entre handicapés, ont éclaté lors d’une rencontre entre les clubs de Galatasaray et de Besiktas. »


« Les partisans des deux formations se sont d’abord opposés à coups de chants et d’insultes, avant d’en venir aux mains et de contraindre la police à interrompre la rencontre et à intervenir avec force et gaz lacrymogènes pour les séparer, selon le quotidien Hürriyet. »


« Plusieurs supporteurs et joueurs ont été blessés lors de ces affrontements et leurs chaises roulantes détruites. »


« “Le sport est officiellement mort dans ce pays”, a déploré l’entraîneur de l’équipe handisport de basket de Galatasaray, Sedat Incesu, interrogé sur la chaîne d’information privée turque NTV. »


« Ce type d’affrontements entre supporters des trois grands clubs sportifs d’Istanbul, Galatasaray, Besiktas et Fenerbahce, étaient jusque-là pour l’essentiel réservés au seul football professionnel. Vieille de près d’un siècle, la rivalité entre Galatasaray, le club de la rive européenne qui représente plutôt la vieille bourgeoisie francophile d’Istanbul, et Fenerbahce, sur la rive asiatique de la ville, souvent associé aux nouvelles élites anatoliennes, dépasse souvent le cadre du terrain et impose aux autorités d’interdire le déplacement de supporteurs pour éviter les incidents. »


C’est donc là qu’on est rendu. Mais ne désespérez pas trop, bonnes gens. BBC News a tout ce qu’il faut pour nous rasséréner.


« Un amateur de football a capté l’attention des médias en Italie lorsqu’il a été le seul partisan à se présenter à un match à l’étranger de son équipe. »


« Le fan d’Udinese Arrigo Brovedani s’est retrouvé seul dans la tribune réservée aux supporteurs de l’équipe visiteuse à Gênes pour un match de Serie A contre le club local Sampdoria. Mais des membres du service d’ordre lui ont offert du café et des partisans de Sampdoria l’ont invité à prendre un verre après le match. »


« M. Brovedani a déclaré à la BBC qu’il ne s’attendait pas à trouver beaucoup d’autres supporteurs d’Udinese, l’une des plus petites équipes en Serie A. C’était un lundi soir froid et Udinese n’attire habituellement pas plus de 50 ou 60 partisans lors de ses déplacements. »


« “Je pensais quand même en trouver cinq ou six”, a-t-il dit. “Je suis entré dans le stade pendant que les joueurs d’Udinese s’entraînaient. Je les ai salués.” »


« “Ça m’a un peu choqué quand des supporteurs de Sampdoria m’ont chahuté. Mais à la fin, ils m’ont applaudi et ils m’ont offert un repas, et les dirigeants du club m’ont donné un chandail. Ils m’ont souhaité un joyeux Noël.” »


«Gênes est situé à environ quatre heures de route du stade Friuli, domicile d’Udinese à Udine. M. Brovedani se trouvait dans la ville pour affaires. »


« “J’aime le stade là-bas, il ressemble beaucoup aux stades anglais”, a-t-il raconté. “J’emporte toujours mon drapeau et mon écharpe avec moi dans ma voiture.” »


«Heureusement pour M. Brovedani, Udinese a remporté le match 2-0, et l’équipe lui a dédié sa victoire. Il a également été invité au prochain match local du club, qui aura lieu samedi. »


Et voilà, mesdames messieurs, qui vient prouver une nouvelle fois la véracité d’un épouvantable cliché : le bipède est capable du pire et du meilleur. Raison d’ailleurs pour laquelle l’apocalypse, lorsqu’elle surviendra, livrera des messages contrastés. Dommage, il était sympa, mais en même temps, crève donc, vieille canaille.


La prochaine fois, nous verrons qu’à l’occasion de la fin du monde, tout disparaîtra à l’exception du lockout dans la Ligue nationale de hockey, qui est bien trop passionnant pour que le reste de l’univers, qui affectionne l’absurdité, puisse s’en passer.

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