Revue de presse - Le chaud et le froid

Le gouvernement Harper a accaparé toute l’attention cette semaine avec ses annonces sur les investissements étrangers et dans le dossier des F-35. Et il a eu droit à des fleurs et à beaucoup de pots.

Dans le cas des F-35, aucun éloge à l’horizon. Andrew Coyne, du National Post, est le plus cinglant. Le gouvernement nous fait encore marcher en embrouillant le portrait et en jouant avec les chiffres, écrit-il. Prenant prétexte du nombre d’années retenues pour ses nouveaux calculs, le gouvernement tente de faire croire qu’on en revient à environ le même prix par année que celui annoncé par le vérificateur général. Sur un ton qui cache mal sa colère, Coyne s’emploie à démontrer le contraire. « Si certains peuvent être enclins à excuser la tromperie initiale, le refus subséquent du gouvernement de reculer est vraiment inexcusable. Quand il a été invité à le faire, il a choisi la manipulation, comme après le rapport du directeur parlementaire du budget, après celui de l’actuel vérificateur général. Et c’est ce qu’il a encore fait [mercredi]. »


SunNews a d’ailleurs un seul souhait : qu’on dise la vérité, toute la vérité aux Canadiens sur les choix et la totalité des coûts afin d’en arriver à une solution de remplacement pour le CF-18. L’équipe éditoriale du Toronto Star est du même avis. Elle ne peut s’empêcher de penser au cirque volant des Monthy Pythons à la vue de la performance du gouvernement, dont la crédibilité de bon gestionnaire est réduite en miettes. Le ministre de la Défense, lui, est discrédité et les militaires, ridiculisés. Peu importe toutes les manoeuvres de la dernière semaine, cela restera un boulet aux pieds des conservateurs, prédit le quotidien.

 

Appel d’offres


Selon Michael Den Tandt, du National Post, les conservateurs devraient être préoccupés. Le spectacle offert mercredi « aurait peut-être été persuasif et brillant sur le plan tactique il y a deux ans, mais aujourd’hui, il ressemble à une autre demi-mesure disgracieuse, semée de mines prêtes à exploser ». Il note que le nouveau processus annoncé n’est compétitif qu’en apparence. Den Tandt croit que le gouvernement ne pourra pas s’en sortir. Procéder sans appel d’offres « serait politiquement suicidaire étant donné l’histoire ». Il n’a qu’une explication pour son refus de s’y engager tout de suite. « La mentalité sous-jacente - faite de partisanerie exacerbée, de mépris systématique des critiques, de contrôle maniaque, de refus buté de reconnaître ses erreurs - n’a pas changé. » Et selon lui, il faudra plus qu’un nouveau processus pour y arriver. Il faudra « un remaniement ministériel en profondeur et une réinitialisation du gouvernement lui-même ».


John Ivison, du National Post, se montre un brin conciliant car, note-t-il, il n’existe pas de solution de rechange économique au CF-18. On est aussi en droit d’être sceptique devant des prévisions de coût étalées sur 42 ans. « Si nous acceptons le fait que nous avons besoin de surveiller notre portion du continent et de contribuer à des opérations outre-mer dans le cadre d’une alliance militaire multinationale, alors nous devrions avaler la pilule et cesser de nous plaindre des coûts », conclut-il.


Les conservateurs ont tout de même un partisan : Brian Lilley, de SunNews. Selon lui, le gouvernement dit la vérité dans ce dossier et on lui cherche noise dans le seul but de limiter les moyens des militaires.

 

Ouf !


L’autorisation de l’achat de la pétrolière Nexen par la société d’État chinoise CNOOC a été mieux reçue, mais il en va autrement des nouvelles règles concernant les investissements faits par les sociétés d’État étrangères. Le Saskatoon Star-Phoenix est le plus positif, parlant d’« une décision sage et prudente ».


Le Globe and Mail et le National Post ne sont pas du même avis. S’ils approuvent le feu vert donné à CNOOC, ils ont un problème avec les nouvelles limites imposées aux sociétés d’État étrangères. Le Post les désapprouve, bien qu’il dise être conscient des enjeux éthiques et de sécurité que soulèvent les prises de contrôle par ces entités, en particulier venant de pays comme la Chine. Malgré cela, le Post estime que ces règles n’ont pas de sens, économiquement parlant. Le Globe, lui, parle d’une approche « quelque peu dangereuse » qui rend la politique sur les investissements étrangers plus ambiguë et plus opaque.


Selon Andrew Coyne, du National Post, « le premier ministre a probablement trouvé le juste équilibre sur le plan politique, mais le prix est une totale incohérence en matière de politiques publiques », écrit-il. Selon lui, les règles ne sont pas plus claires, elles sont seulement plus compliquées.


Les critiques les plus sévères sont presque toutes venues de chroniqueurs du Toronto Star. Thomas Walkom dit qu’avec ses critères trop vagues, cette nouvelle politique ne change rien sur le fond. David Olive parle d’une « politique embarrassante […] incompréhensible, truffée d’échappatoires et dépourvue de la clarté nécessaire à une application cohérente ».


Leur collègue Carol Goar, en revanche, estime que Harper a trouvé une solution « intelligente […] pragmatique, équilibrée et rusée » à une équation complexe, soit « le choc entre les ambitions économiques chinoises et la souveraineté canadienne ».