Nos choix - Des surprises sous le sapin

Certains viennent d’être réédités. D’autres ont récemment été primés. Après les dix romans québécois proposés la semaine dernière, suite et fin de ma liste de Noël.

 

Petits formats, petits prix


J’ai de mauvaises nouvelles pour vous, de Suzanne Myre (Marchand de feuilles) : c’étaitil y a onze ans, déjà. C’était le premier recueil de nouvelles, le premier livre, en fait, de cette auteure à la langue bien pendue, à la phrase assassine.


Cette façon de montrer du doigt, dans les petits gestes du quotidien, nos travers, nos hypocrisies, nos lâchetés. Ah, que ça fait du bien, que c’est libérateur, jouissif, de pouvoir rire de l’autre sans ménagement… comme si ce n’était pas de nous-mêmes qu’il s’agissait.


Même écriture lance-pierres, même humour corrosif, ensuite, mais avec un petit quelque chose en plus du côté de l’émotion, dans le deuxième recueil de Suzanne Myre, Nouvelles d’autres mères, finaliste au prix France-Québec et au Prix des libraires du Québec, salué par le prix Adrienne-Choquette. Et ainsi de suite…


J’ai de mauvaises nouvelles pour vous était aussi le premier livre publié par la maison d’éditions Marchand de feuilles à l’automne 2001. Depuis, figure parmi les auteurs-clés de la maison Éric Dupont, qu’on a découvert avec Voleurs de sucre et qui vient d’atteindre sa pleine maturité d’écrivain avec La fiancée américaine. Vous ai-je assez dit à quel point ce roman m’a éblouie ?


La petite et le vieux, de Marie-Renée Lavoie (BQ) : une virée dans l’univers des éclopés. L’histoire d’une rencontre improbable. D’une amitié bienfaitrice, forte et tendre, qui transcende les générations. Un peu comme chez Hemingway et son Vieil homme et la mer, livre-clé dans cette histoire, d’ailleurs. Sauf qu’ici, il s’agit plutôt de la relation entre une petite fille à l’imagination débordante qui rêve d’être un garçon et un vieux monsieur accro à la bouteille qui veut mourir.


La petite et le vieux, finaliste au Prix des libraires du Québec et au Prix des Cinq Continents de la francophonie, a valu à son auteure le Prix de la relève Archambault 2010 et le titre de lauréate du Combat des livres 2012. À surveiller : la réalisatrice de Borderline, Lyne Charlebois, travaille à l’adaptation cinématographique de ce roman d’apprentissage.


Cet automne, Marie-Renée Lavoie a publié un deuxième roman, Le syndrome de la vis (XYZ). Autre univers complètement. Celui d’une prof insomniaque qui cherche un sens à sa vie et le trouve en développant son esprit de clan. Bon divertissement, bonnes idées, bonnes intentions, mais… je vous suggère plutôt La petite et le vieux.


L’évocation,de Martine Desjardins (Alto Coda) : roman trouble sur la mémoire, où ressurgissent les ombres du passé, les secrets de famille. Fête de l’imaginaire. Incursion dans le fantastique, mais soutenue par une écriture classique. Livre hors norme d’une romancière qui cultive le goût des bizarreries, comme en témoignera ensuite Maleficium. L’évocation a reçu en 2006 le prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec.


Je voudrais qu’on m’efface,d’Anaïs Barbeau-Lavalette (BQ) : premier roman de la réalisatrice derrière Le ring et, plus récemment, Inch’Allah. « J’ai écrit les premières lignes de ce récit il y a longtemps, alors que je venais de rentrer corps et âme en collision avec Hochelaga », écrivait-elle dans la préface l’ouvrage, il y a deux ans. C’est la voix de trois adolescents du quartier, qu’on entend ici. Trois jeunes poqués, mais aussi trois « petits battants » qui luttent pour trouver une porte de sortie dans leur enfer quotidien.

 

Oeuvres récompensées


Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier (XYZ) : sixième prix, cet automne, pour ce roman exceptionnel qui fouille dans les braises du passé, nous entraîne au fond des bois et nous plonge au coeur de l’humanité. Après le Prix des Cinq Continents de la francophonie, le Prix littéraire des collégiens, le Prix littéraire France-Québec, le Prix des lecteurs de Radio-Canada et le prix Ringuet (ouf !), cette magicienne de l’âme s’est vu décerner le Prix du grand public, volet littérature, au dernier Salon du livre de Montréal.


À quand le prochain roman de Jocelyne Saucier ? Laissons-la reprendre son souffle… « Cette accolade du public, je me la garde en réserve pour les périodes de doute et d’angoisse comme en connaissent tous les romanciers », a déclaré l’écrivaine abitibienne, en recevant son dernier prix.


Le jeune homme sans avenir, de Marie-Claire Blais (Boréal) : le sixième volet de la suite romanesque entreprise par l’auteure avec Soifs, il y a plus de 15 ans. Le premier à lui valoir le Grand Prix du livre de Montréal. L’un des plus forts de l’ensemble. S’y entremêlent trois voix, trois destins. Trois univers qui font écho à la diversité du monde, qui font appel à notre humanité profonde.


Pour sûr, de France Daigle (Boréal) : un objet rare. Énigmatique, inclassable… et jouissif. Une façon inusitée de tâter le pouls de la réalité acadienne au quotidien. L’auteure, originaire de Moncton, a mis dix ans avant de venir à bout de ce roman qualifié d’ovni littéraire. Commentaires du jury qui lui a attribué un Prix du Gouverneur général cet automne : « Beau et grand projet, Pour sûr de France Daigle est une oeuvre magistrale qui éblouit. Roman cube, il permet de multiples digressions autour de la langue française et de ses variations. Le chiac, personnage central de ce roman monumental, nous ouvre une porte essentielle sur la compréhension de l’identité acadienne. »

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