Bulletin de l’opposition

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière de finances, Christian Dubé (Lévis), est la révélation de l’opposition. Ce comptable issu de Cascades a impressionné par la pertinence de ses interventions, mais aussi par une courtoisie trop souvent absente du débat politique. A

Sans l’entrée en scène de Jacques Duchesneau (Saint-Jérôme), la CAQ n’aurait pas obtenu 1,2 million de votes le 4 septembre. Il a réussi à faire inclure des mesures de protection additionnelles pour les dénonciateurs dans le projet de loi no 1 sur l’octroi des contrats publics. Il a démontré que, contrairement à ce que laisse entendre sa réputation, il pouvait jouer en équipe. A -


Bernard Drainville doit une fière chandelle à Robert Dutil (Beauce-Sud) qui, malgré les réserves de plusieurs de ses collègues libéraux, a puissamment contribué à faire adopter à l’unanimité la réforme du financement des partis politiques. Si M. Dutil était efficace pour défendre le gouvernement Charest à l’époque où il était ministre de la Sécurité publique, le rôle de leader parlementaire de l’opposition officielle, qui exige une certaine agressivité, lui convient moins. B


Depuis sa brillante performance lors du débat télévisé et sa victoire dans Gouin, Françoise David a éclipsé Amir Khadir comme figure de proue de Québec solidaire. Sa capacité de critiquer sans insulter a apporté une bouffée d’air frais aux débats parlementaires et donne à son parti une image plus modérée. B


À hauteur de 8 millions de dollars, le plafond des dépenses autorisées demeure élevé, mais il n’y en aurait sans doute pas eu du tout sans le projet de loi présenté par Gérard Deltell (Chauveau). Un bon exemple de l’opposition constructive offerte par la CAQ. B


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L’opposition a identifié le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, comme le maillon faible du gouvernement. Son vis-à-vis libéral, Gerry Sklavounos (Laurier-Dorion), a sans doute été le plus efficace des membres du nouveau rat pack qu’il forme avec ses collègues Yolande James et Jean D’Amours. B -


Robert Poëti (Marguerite-Bourgeoys) avait crié à la « politisation de la police » quand l’ancien directeur de la SQ, Richard Deschesnes, avait été démis de ses fonctions. Hier, il s’est empressé de féliciter le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, pour la rapidité de sa réaction aux allégations d’abus de confiance touchant M. Deschesnes et deux autres membres de la SQ. M. Poëti a également applaudi à la création d’un Bureau d’enquête indépendant sur les incidents policiers. B -


Amir Khadir (Mercier) a eu nettement moins de visibilité qu’à l’époque où il apostrophait publiquement Henri-Paul Rousseau ou Lucien Bouchard. Ou encore quand il était mis aux arrêts pour participation à une manifestation illégale. Il donne parfois l’impression d’avoir fait le tour du jardin à l’Assemblée nationale. Certains croient même qu’il en est à son dernier mandat. B -


François Legault (L’Assomption) était bien mal placé pour accuser la première ministre Marois d’être déconnectée de la population, après avoir reproché aux libéraux de ne pas l’avoir aidé à renverser le gouvernement à peine trois mois après les élections générales. Le chef de la CAQ peut être efficace à l’Assemblée nationale, mais il ne semble pas toujours aussi convaincu qu’à l’époque où il plaidait l’urgence de la souveraineté. B -


Éric Caire (La Peltrie) a obtenu la publication d’une cinquantaine de rapports de vérification du ministère des Transports que le ministre Sylvain Gaudreault lui avait refusée au départ, mais sa demande de démission du p.-d.g. de l’Agence métropolitaine de Transports et ancien député de Gouin, Nicolas Girard, qui n’a commis aucune faute, relevait du théâtre. C


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Le ton hargneux du chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean-Marc Fournier (Saint-Laurent), qui avait promis de faire de la politique « dans le respect », illustre bien la difficulté des libéraux à assumer la défaite du 4 septembre et leur attachement à la façon traditionnelle de faire de la politique. Sa réaction au projet de « nouvelle loi 101 » était nettement excessive. C -


Le père de la taxe santé, Raymond Bachand (Outremont), ne manquait pas de culot pour accuser le gouvernement de ne pas l’avoir abolie. Quelle mouche l’a piqué pour qu’il évoque la possibilité d’une alliance PLQ-CAQ à l’évidence impossible ? C -


Sam Hamad (Louis-Hébert) ne s’est jamais soucié de cohérence. Au début de novembre, il avait qualifié le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, d’« inconscient » qu’il fallait sensibiliser au contrôle des dépenses. Un mois plus tard, il dénonçait « les crédits de la décroissance économique et de la souffrance ». D


L’ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc (Jean-Talon), a littéralement disjoncté en prenant à partie son successeur, Réjean Hébert, qu’il a tutoyé avec une familiarité inconvenante à l’Assemblée nationale et qualifié d’« incompétent total ». D


Frustrée d’avoir dû céder à Jacques Duchesneau le rôle de champion de la lutte contre la corruption, Sylvie Roy (Arthabaska) a décidé de bouder. Depuis, elle a disparu de l’écran radar. D

7 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 13 décembre 2012 01 h 39

    Arrogance libérale

    C'est vrai que les libéraux (notamment les Fournier, Bachand et Bolduc) ont été très hargneux et se sont comportés comme si le pouvoir leur appartenait toujours, comme si leur séjour dans l'opposition ne pouvait être qu'une petite erreur de parcours. Une arrogance qui s'explique sans doute beaucoup en raison des résultats quand même surpremants qu'a obtenus le PLQ le 4 septembre, alors que ce parti ne méritait pas mieux que de finir troisième et ce, avec une petite poignée d'élus !

    Il est juste également que, de leur côté, la députation caquiste a présenté une opposition plus constructive que celle des libéraux (entre autres dans le cas de G. Deltell). Par contre, est-ce si vrai que, comme vous le laissez entendre, c'est uniquement Jacques Duchesneau qui a permis à la CAQ de connaître un certain succès lors des élections ? Finalement, à lire le commentaire assez négatif que vous écrivez au sujet de François Legault, j'avoue ne pas comprendre la note que vous lui donnez ! Personnellement, je trouve que M. Legault tient un discours souvent plus populiste que certains membres de son équipe !

    Quant aux deux élus de QS, je les regardais l'autre jour à la télé, assis derrière les caquistes à l'Assemblée nationale... Amir Khadir donnait franchement l'impression, comme vous l'avez aussi noté, qu'il avait l'esprit ailleurs. On l'a à peine entendu parler ! Et que dire du travail de Françoise David ? Bien, mais je trouve encore que plusieurs journalistes surestiment ce qu'elle fait !

  • François Desjardins - Inscrit 13 décembre 2012 08 h 44

    Constat plutôt naïf sur Legault...

    Citation: [...] Françoise David a éclipsé Amir Khadir comme figure de proue de Québec solidaire. [...]

    Ça serait une bonne nouvelle ça?

    Citation: [...] François Legault (L’Assomption) était bien mal placé pour accuser la première ministre Marois d’être déconnectée de la population, après avoir reproché aux libéraux de ne pas l’avoir aidé à renverser le gouvernement à peine trois mois après les élections générales. [...]

    Sachant qu'il n'avait aucun pouvoir de renverser le gouvernement et que les libéraux ne le feraient pas, il était facile pour lui de jouer les vertueux. La vérité c'est que s'il avait eu lui le pouvoir de renverser le gouvernement, il n'aurait pas agi différemment des libéraux. Son attitude ne le grandira pas.

  • Marc Blanchard - Inscrit 13 décembre 2012 09 h 38

    Pour la vertu, Françoise David reçoit un A++++.

    Il faudrait même la canoniser, lui élever une statue et renommer un boulevard.

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 décembre 2012 15 h 13

      Tant que ça ?

    • Jean Desbiens - Inscrit 13 décembre 2012 18 h 54

      Mme David s'est révélée la "goon" des partis de l'opposition.

      Je m'ennuie de M. Khadir et de ces interventions. Il savait choisir ces combats. Il ne tirait pas sur tout ce qui bouge sans discernement comme Mme David.

      Et il faudrait la canoniser en plus?

  • Raphaël Desroches - Abonné 13 décembre 2012 11 h 44

    Khadir et la structure de QS

    Khadir n'est plus porte-parole de QS, ce qui explique sans doute son silence. En gentilhomme, il laisse la place à F. David. Je ne le jugerais pas aussi sévèrement que vous le faites.

  • Diane Gélinas - Abonnée 13 décembre 2012 16 h 24

    La sagesse rusée des Québécois

    Jadis, dans l'émission enfantine PÉPINOT, PANPAN disait souvent : "C'est lé méilleur tour dé ma vie!".

    La population québécoise s'est inspirée de ce mantra en réélisant presque tous les anciens ministres libéraux... les condamnant ainsi au rôle d'opposition en les maintenant présents à l'Assemblée nationale avec un salaire et un prestige pas mal moins intéressants.

    Quand on connaît la tendance arriviste de ces gens, nul n'est surpris de constater leur agressivité : ils conduisaient une Cadillac depuis 2003 et du jours au lendemain, il se sont retrouvés en "tacot". L'adaptation au nouveau rôle n'est pas tout à fait terminée... ni la digestion de leur baisse de revenus.

    Quant à François Legault, il a déterminé à l'avance qu'il offrait les dix prochaines années à la politique... Sur la banquette arrière de la deuxième opposition, on peut imaginer que le temps comptera en double!
    S'il n'est pas premier ministre aux prochaines élections, il se retirera prématurément et définitivement.

    AVERTISSEMENT : les Québécois n'ont jamais aimé les ultimatums, encore moins en politique. L'humilité de l'individu qui offre ses services inconditionnellement est plus éloquente que l'arrogance de celui qui prétend qu'il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes!