Comme disait Laurin

La première ministre Pauline Marois a invoqué la realpolitik que lui impose le statut minoritaire de son gouvernement pour expliquer l’abandon de son engagement électoral d’étendre au cégep les dispositions de la Charte de la langue française.


C’est la même realpolitik qui a poussé la ministre responsable, Diane De Courcy, à exclure de sa « nouvelle loi 101 » le recours à la clause nonobstant pour abolir les écoles passerelles. La différence est qu’un projet de loi distinct sera présenté à l’Assemblée nationale au printemps prochain, même s’il est clair que le PLQ et la CAQ en empêcheront l’adoption.


Au lendemain de l’élection du 4 septembre, Mme Marois avait déclaré qu’elle entendait faire le débat sur le cégep, même s’il n’y avait aucune chance de rallier les partis d’opposition. Son gouvernement a plutôt opté pour « des moyens qui susciteront l’adhésion le plus largement possible ». Elle a indiqué que la situation pourrait être réévaluée après une période de trois à cinq ans, mais les mesures alternatives annoncées sont manifestement là pour de bon.


Après des années de débat, le congrès péquiste d’avril 2011 avait résolu d’imposer la fréquentation du cégep français aux allophones et aux francophones. Malgré ses réserves, Mme Marois, soucieuse de préserver son leadership, s’était résignée à inclure cet engagement dans la plateforme électorale du parti.


Les militants auraient très bien compris que le gouvernement opère un repli stratégique en attendant qu’une majorité parlementaire lui permette de mettre en oeuvre une mesure qui était jugée essentielle pour l’avenir du français, mais il est clair qu’il n’en sera plus question dans la prochaine plateforme.


***


Cette fois-ci, l’opposition libérale n’a pas eu le cynisme de reprocher au gouvernement d’avoir manqué à sa promesse, comme elle l’avait fait dans le cas de la taxe santé, du bloc patrimonial d’hydroélectricité ou encore du Fonds des générations.


À entendre le porte-parole libéral, Marc Tanguay, on se croyait toutefois revenu à la fin des années 1970, quand le PLQ avait accueilli la première version de la loi 101 par des cris d’orfraie. Tous les épouvantails de l’époque, présentés sous la forme de « drapeaux rouges », y étaient : la police de la langue, la menace pour la paix sociale, la lourdeur administrative qui menace le développement économique, etc.


Il aurait été un peu gênant de dénoncer l’enchâssement dans la Charte des droits et libertés de la personne du droit de vivre et de travailler en français, qui s’est inspiré d’un projet de loi libéral que le gouvernement Charest n’a jamais voulu faire adopter. M. Tanguay s’est plutôt inquiété des arrière-pensées souverainistes de Mme De Courcy.


Malgré son souci manifeste d’éviter les mesures inutilement provocantes, les libéraux semblent déterminés à trouver des problèmes à toute solution qui modifierait le statu quo. À partir du moment où la synthèse publiée récemment par l’Office québécois de la langue française (OQLF) est interprétée comme le constat d’« une stabilité du français » et de « très belles réussites », pourquoi faudrait-il renoncer aux merveilleuses vertus du bilinguisme, n’est-ce pas ?


***


« Nous avons le sentiment que ce projet de loi est suffisamment fort pour changer la trajectoire », a dit Mme Marois. Si c’est le cas, il faut croire que la situation n’est pas si désespérée.


La realpolitik a peut-être ses exigences, mais si « le glissement du français sur le territoire québécois, particulièrement à Montréal », est aussi inquiétant que l’a soutenu Mme De Courcy et que « l’anglais est utilisé systématiquement dans les lieux de travail », on peut se demander si le remède proposé sera suffisant.


Il s’agit sans doute d’« un pas dans la bonne direction », mais la « réglementation intelligente » et « l’approche flexible » appliquées aux entreprises de 50 employés et plus depuis 35 ans ont démontré leurs limites. Quant au droit d’être servi en français dans les petits commerces, son respect demeurera largement tributaire de la détermination des consommateurs.


Et puis, il y a le Canada. Mme De Courcy n’a pu réprimer un sourire quand on lui a demandé si, dans ses futures décisions, la Cour suprême tiendrait compte des nouvelles dispositions de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Poser la question…


Dans l’élaboration de son projet de loi, elle a dit s’être inspirée de Camille Laurin, dont elle a cité les propos : « La langue est le fondement même d’un peuple, ce par quoi il se reconnaît et est reconnu. »


Elle aurait pu rappeler cette autre phrase qu’il se plaisait à répéter : « Le meilleur amendement à la loi 101, c’est la souveraineté. » Il est remarquable qu’au moment de présenter un projet de loi portant sur la question qui est au coeur même du projet souverainiste, ni Mme De Courcy ni la première ministre n’ont profité de l’occasion pour en démontrer la nécessité. C’est pourtant là que la « gouvernance souverainiste » devrait commencer. Sûrement un oubli.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

55 commentaires
  • Laurence Cabanié - Inscrite 6 décembre 2012 01 h 40

    Soulagé

    Je suis péquiste et je suis soulagé de ce recul pour les cégeps anglophones. Cette position a encouragé de nombreux amis solidaires à définitivement appuyer QS.

    • Paul Gagnon - Inscrit 6 décembre 2012 10 h 26

      Un appui qui serait pasé de 95% à 100% donc.

    • Laurence Cabanié - Inscrite 6 décembre 2012 21 h 58

      Vous êtes devins?

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 6 décembre 2012 05 h 33

    Fin renard

    Comme nous pouvons constater le pouvoir corrompt et vite a part cela dans un lape aussi court. Dehors les promesses oublions le programme, nommons les ti-zamis, remettons le contrôle du placement des ouvriers entre les main du crime organisé et nous voilà prêt à faire la souveraineté. Quel paradoxe, heureusement que nous avons un fin renard qui surveille attentivement les manœuvres.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 décembre 2012 17 h 08

      J aimerais connaitre quel est ce fin renard? J-P.Grise

  • François Ricard - Inscrit 6 décembre 2012 06 h 16

    Avancez en arrière

    Un autre recul.
    recul sur les tableaux interactifs
    recul sur la taxe santé
    recul sur l’anglais en 6e
    recul sur les redevances minières
    recul sur l’ajout d’un deuxième palier de taxation
    recul sur la promotion de la souveraineté
    recul sur les sables bitumineux
    recul sur la francisation des immigrants
    recul sur la loi 101
    recul sur les écoles passerelles
    C’est tout le programme politique au complet que les péquistes devront ré-écrire. Celui qu'ils ont est totalement contredit par leur chef.
    Leur chef qui parlait haut et for d'indépendance pendant la campagne électorale et qui parle haut et fort de dépendance au pouvoir.
    Voilà pourquoi, M. Duceppe, l'ON existe.

    • Laurence Cabanié - Inscrite 6 décembre 2012 09 h 57

      Plusieurs des reculs dont vous faites état sont dû à la position minoritaire du gouvernement qui a été en bonne partie causée par la division du vote souverainiste. Je suis toujours surpris de voir des gens articulés ne pas le mentionner dans leur raisonnement. Et l'enflure verbale ne sert pas votre cause pour moi qui suis tout de même un sympatisan d'ON.

    • Claude Smith - Abonné 6 décembre 2012 11 h 30

      Comment réagirait l'ON s'il se retrouvait au pouvoir en étant minoritaire ?

      Claude Smith

    • Pierre Bonin - Inscrite 6 décembre 2012 13 h 54

      Ce que vous qualifiez de recul est à mes yeux simplement le quotidien d'un gouvernement minoritaire qui gouverne les 2 pieds dans la réalité.
      Plus je vous lis adeptes d'ON plus je réalise que vous confondez parti politique et groupe de pression.
      L'indépendance du Québec ne se fera pas à partir de la pensée magique de certains militants sans doute bien intentionnés mais complètement déconnecté de la réalité.

    • Loraine King - Inscrite 6 décembre 2012 14 h 34

      Coudonc, allez-vous lâcher cette piètre excuse. Le PQ pourrait déposer tous les projets de loi qu'il veut bien déposer. Ce n'est certainement pas le PLQ qui voterait pour aller en élection.

      Mais surtout, et qu'on me corrige, on défait un gouvernement sur un vote de confiance, donc un vote sur un budget ou une motion ou l'on écrit clairement que l'on a perdu la confiance dans le gouvernement. Le PQ pourrait déposer un projet de loi sur l'anglais dans le cégep, l'opposition pourrait défaire le projet de loi et le gouvernement ne tomberait pas. On voyait les projets de loi du gouvernement minoritaire de Paul Martin être défaient au moins une fois par semaine, parfois parce que des députés du PLC votaient avec l'opposition ! Mais le gouvernement a tombé sur un vote de défiance.

      Le PQ recule parce qu'il a menti aux électeurs. N'ajoutons pas à ses odieux mensonges des prétextes aussi mensongers que la position minoritaire du gouvernement.

    • Loraine King - Inscrite 6 décembre 2012 15 h 13

      J'aimerais ajouter - si on publie mon premier commentaire - le PQ pourrait faire passer à peu près n'importe quoi. Vous souvenez-vous de Dion et sa gang qui restaient assis parce que M. Harper incluait une clause de vote de confiance dans tous les projets de loi qu'il déposait aux communes afin de forcer Dion et le PLC à ne pas voter ?

      Enfin, peut-être que vous ne vous en souvenez pas, peut-être que vous n'avez aucune idée des règles de fonctionnement d'un parlement de type de Westminster, tout ce que vous savez c'est que c'est pas bon parce que c'est anglais. Mais qu'on vienne pas me dire que Madame Marois recule parce qu'elle est minoritaire. Sauf sur le budget, elle peut présenter n'importe quel projet de loi et laisser le parlement décider du sort du projet de loi sans que cela mette en péril la survie de son gouvernement.
      Rien de plus facile car ce n'est pas le PLQ dans sa situation actuelle qui veut d'une élection !

    • Gilles Théberge - Abonné 6 décembre 2012 17 h 20

      Je commence à penser que cette ON est composée d'un rassemblement d'électrons libres.

      Ce n'est pas en se tapant le front sur un mur de ciment qu'on le fait tomber. C'est pourtant exactement ce que veut faire l'ON.

      Comme écrivait Arnaud Desjardins dans «Les chemins de la sagesse», la réalité c'est ce qui est : pas ce qu'on pense, pas ce qu'on veut, pas ce qu'on souhaite, ni même ce qu'on ne veut pas. La réalité c'est ce qui est.

      Et dans la situation actuelle, le gouvernement compose avec la réalité, comme il se doit. Même si j'aimerais personnellement que le chariot roule plus vite.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 6 décembre 2012 23 h 24

      Bravo pour votre 2% aux dernières...
      :)

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 6 décembre 2012 23 h 29

      madama King, le fait est que le PQ pourrait forcer le vote sur une proposition controversée, mais pas sur plusieurs, justement car il est minoritaire. Donc, il faut modérer. Je ne vois pas où est le "mensonge" dont vous parlez, à mois que vous ne soyez des Bachand de ce monde, qui voient d'un côté le mensonge à la population et de l'autre, l'improvisation. :D

      Là où vous dites recul, je dis modification pour avoir une majorité de gens. C'est quand même le cas lorsqu'on vote des projets de loi à l'unanimité en chambre...

    • Loraine King - Inscrite 7 décembre 2012 15 h 03

      Jonathan Prud'homme - l'opposition peut toujours apporter des modifications à des projets de loi déposés par le gouvernement. Mais il faut que le gouvernement dépose ces projets de loi ! C'est ce que le PQ ne fait pas - c'est un recul. N'est-il pas là pour faire adopter son programme ?

  • Florence Péloquin - Abonnée 6 décembre 2012 06 h 40

    "La meilleure loi 101" ....

    ... ce serait d'amener nos gens, à commenver par nos jeunes, à parler corrrectement le français, à faire des phrases qui se tiennent, à posséder un vocabulaire le moindrement étendu, à savoir exprimer une idée correctremenrt et avec clarté. Je crois qu'il y a progrès, mais on est loin d'y être.

    J'éprouve à la fois profond plaisir et honte gênée à entendre nos jeunes allophones québécois souvent parler mieux notre langue que plusieurs »"de souche".

    • Solange Bolduc - Inscrite 6 décembre 2012 11 h 06

      Il faut d'abord penser en terme de qualité d'éducation dans son ensemble avan tout ! En ce sens qu'il faut apprendre aux jeunes l'importance de la rigueur intellectuelle pour obtenir la qualité du français et de la connaissance en général. Autrement on tombe dans la médiocrité, sinon la facilité.

      De la discipline avant tout, ce qui manque à bien des professeurs, hélas !

  • Claude Savard - Abonné 6 décembre 2012 07 h 00

    La peur

    L'indépendance passe par la fierté d'être qui nous sommes. Et c'est par cette fierté que nous devrions trouver la force d'affirmer haut et fort nos principes, nos valeurs et nos aspirations.

    Ëtre mis en échec dans l'application de principes affirmés démontrerait probablement à la face de la population québécoise le jeu de l'autruche qu'affectionne la tendance fédéraliste à tout crin d'une opposition sagement colonisée.

    Mais ne tout simplement pas tenter de mettre en application ces principes montre la couardise de certains élus.

    J'ai bien voté PQ à la dernière élection... en me disant que c'était la dernière chance que je lui donnais de me prouver que ses leaders pouvaient m'amener à bon port. J'ai bien l'impression que le bateau coule et que j'en prendrai un autre à la prochaine élection!

    • Laurence Cabanié - Inscrite 6 décembre 2012 09 h 58

      Un bateau gonflable?

    • Paul Gagnon - Inscrit 6 décembre 2012 10 h 38

      Bientôt, il n'y aura plus que Madame Payette pour croire en ce gouvernement…
      C'est bien le seul point sur lequel il ne fallait pas reculer. Il aurait mieux valu ne rien faire.
      La Loi 101 est morte le 20 mai 1980. Après on a fait que sauver les apparences pendant qu’elle était rongée de tous les côtés, et même de l’intérieur après le référendum de 1995.
      Dommage. Il reste si peu de temps avant de…

    • Solange Bolduc - Inscrite 6 décembre 2012 11 h 10

      Je ne vois vraiment pas quel bateau on pourrait prendre, emportés que nous sommes par la houle, la houle, la confusion de tous les partis souverainistes !

      Oui, en effet, on peut bien utiliser une matière gonflable, mais ce bateau risque à tout moment de prendre l'air irrespirable de son propre gonflement artificiel!

    • Guy Drouin - Abonné 6 décembre 2012 16 h 34

      J'ai l'impression que les gens font souvent abstraction du 60% de la population du Québec qui a voté pour des partis fédéralistes de droite. Le meilleur moyen pour le PQ minoritaire présentement d'aller faire quelques gains de ce côté, c'est d'apparaître comme un parti modéré, qui est capable de rechercher un certain consensus, donc capable de gouverner. Les prochaines élections vont probablement venir très vite. Ce sont les caquistes qu'il faut éviter de trop brusquer, ceux à qui il est tellement facile de faire peur en brandissant la menace de bouleversements économiques que la souveraîneté pourrait soi-disant provoquer. Les vrais souverainistes seront plus faciles à convaincre que les partisans caquistes ou les Libéraux à la prochaine élection, il ne faut pas oublier cela. On ne fera jamais un pays avec seulement 40% de la population. C'est pour cette raison qu'il faut user de stratégie pour ne pas trop brusquer les frileux de ce Québec mal éduqué, que la propagande de Duhaime, Martineau et Radio X peut tellement facilement manipuler. Les écoles passerelles, ce sera pour un prochain projet de loi, au printemps. La hausse des redevances minières, c'est reporté le temps d'étudier la question en profondeur. Le PQ essaie seulement de réduire au maximum les réelles possibilités d'être attaqué par l'opposition. N'ayant pas grand chose à se mettre sous la dent, ils ont l'air ridicules en aboyant pour des niaiseries. Le PQ ne s'en tire pas si mal que ça, dans les circonstances, malgré tout. Rome ne s'est pas bâtie en un jour.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 décembre 2012 11 h 01

      Seule l'opposition serait colonisée? Un peu trop facile. En fait le peuple dans son ensemble est colonisé et comme les chefs du Parti québécois, entre autres, sont Québécois... Quand on aura réalisé cela ce sera tout un pas en avant: être fier de ce que nous sommes présentement est-il la clef de l'indépendance comme vous le prétendez? Je crois plutôt que la fierté viiendra le jour où nous serons indépendants, où le Québec sera un pays. Si la fierté est déjà là, pourquoi prendre des risques? C'est bien ce qui ce passe: les 10% du vote de Q s et d'O n n'ont pas changé grand chose sauf pour Mme David. Comment y arriver à ce jour ?

      La solution serait à mon avis la tenue de VRAIS États généraux de l'indépendance pour nous rallier. Pas une parodie comme ceux qui se déroulent, peut-être, présentement dans l'ombre.

      Devenue membre d'Option nationale le 9 décembre 2011 je n'avais donc pas renouveler ma carte du P. q. en septembre. Celui-ci continuait de me solliciter, de m'envoyer des invitations à différentes activités, tout comme Option nationale. Or, ces états généraux dits de la souveraineté ont débuté officiellement le 4 mars 2012 au début de ses travaux, pour aboutir sur une tournée du Québec le 12 mai, suspendue depuis la fin juin je crois.

      Étonnant que, considérée comme membre par ces deux partis, je n'aie jamais lu ou entendu quoi que ce soit là-dessus dans mes courriels ou par les membres ou le chef, lors d'activités d'O, n., ni nulle part ailleurs. C'est mon correspondant de Nouvelle-Zélande, Québécois de coeur, qui m'a envoyé l'information venue d'un dinausare du P. Q. Et j'ai compris par la suite que cet événement est en bonne partie la chasse gardée de l'agonisant Bloc québécois.

      Les égos de nos chefs, de partis, de mouvements, ne sont-ils pas le fruit de notre colonisation? Pourtant... c'est souvent le peuple qu'on accuse et toujours lui qui écope