Médias - C’est pas juste de la TV

Personne n’est dupe : CBC/Radio-Canada (RC) devrait ravoir sa licence du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) au terme des audiences qui ont commencé la semaine dernière à Ottawa. Le président du syndicat des communications de RC, Alex Levasseur, qui témoignait en compagnie de l’animateur à la retraite Pierre Maisonneuve a souligné que, sur les 8000 commentaires reçus dans le cadre des audiences, à peine 50 souhaitent le non-renouvellement du permis.

Reste à savoir si l’organisme de surveillance va accorder à la société d’État certaines concessions demandées. Une des plus irritantes concerne l’autorisation de diffuser des publicités sur Radio 2 et Espace Musique. Une autre vise le transfert d’émissions pour les jeunes sur le Web.


Ce sont des symptômes de maux bien plus profonds. Le plus important, le manque de subventions gouvernementales, ne peut malheureusement pas se discuter dans cette instance.


Dans les documents déposés auprès du Conseil, l’association Friends of Canadian Broadcasting rappelle que, sur vingt-six grandes démocraties occidentales, quatre seulement consacrent à leurs diffuseurs publics moins d’argent que le Canada, toutes proportions gardées, le Portugal, la Pologne, la Nouvelle-Zélande et des États-Unis. L’institution canadienne coûtait 34 $ par citoyen en 2009, soit moins de 10 ¢ par jour. On répète : même pas 10 ¢ par habitant d’un pays continent. La moyenne des pays riches oscille autour de 87 $ par année. La Norvège, en haut de la liste, dépense 164 $ annuellement par personne.


On peut encore le dire autrement. Ottawa verse un peu plus d’un milliard à CBC/RC en 2011-2012. Les consommateurs canadiens dépensent 30 fois plus par année, soit près de 30 milliards, pour l’achat de biens et services culturels, y compris l’achat d’équipements informatiques et d’abonnements aux télédiffuseurs.


Les enveloppes budgétaires du diffuseur auront diminué de 22 % entre 2006 et 2012 pendant que l’ensemble des programmes gouvernementaux bénéficiaient de hausse de 15 %. Ces compressions idéologiques sont imposées par un gouvernement qui n’aime pas son diffuseur public depuis longtemps puisque la grande saignée a commencé bien avant les conservateurs, dès le milieu des années 1990, sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien.


Les plus récentes compressions forcent la recherche de sources alternatives, la publicité quoi, qui pourrait donc réapparaître sur les deux chaînes de radio musicales (CBC-2 et Espace Musique) après quatre décennies de sainte paix commerciale. Par le passé, la mise sur les revenus publicitaires n’a pas empêché les abolitions de postes, la réduction des programmes ou l’effritement des auditoires. Alors, à quoi bon en plus nous salir la tête ?

 

Deux planètes


Le diffuseur public souffre aussi grandement de l’amalgame entre la CBC et RC. Si la seconde se démarque encore dans le difficile jeu des ondes, avec des parts de marché de 14 % cette saison, la première n’intéresse plus grand monde dans le reste du pays. Dans la semaine du 5 au 11 novembre, notamment à cause du lockout de la LNH, la chaîne généraliste d’État ne plaçait aucune émission parmi les trente (!) plus regardées au Canada anglais. CTV domine largement avec la plupart du temps des diffusions de productions américaines.


Pendant la même période, Radio-Canada positionnait sept émissions dans le top 30 dominé par TVA. La série Unité 9 en est. L’excellente production (avec des moyens limités) campée dans le milieu carcéral des femmes attire maintenant plus de 1,5 million de fidèles par semaine. En plus, les journalistes de la grande tour montréalaise ont remporté cinq des huit prix Judith-Jasmin remis lors du dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.


Il n’y a pas que ça malheureusement. La réputation de RC souffre finalement beaucoup de certains choix médiocres. Les commentaires de citoyens formulés dans le cadre de l’examen en cours vont dans tous les sens critiques pour dénoncer la montréalisation ou la québécisation de l’info, la faiblesse de l’info internationale, la surabondance de productions insipides (tous ces jeux insignifiants sur le réseau public, misère…), le manque de matière à réflexion, à la télé comme à la radio, etc.


La pauvreté relative des moyens (0,93 $ par jour par habitant !) n’excuse évidemment pas ces travers, comme les excellentes réussites ne les rendent que plus difficiles à accepter. Mais bon, personne n’est dupe et la licence sera reconduite…

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3 commentaires
  • François Desjardins - Inscrit 26 novembre 2012 07 h 38

    Pas d'argent, pas de vision.

    Espérons que la pub, dont l'envahissement dépasse depuis longtemps le seuil du tolérable (!!!) ne viendra pas envahir la radio de la SRC. Comme semble le dire cet article, elle n'a pas amélioré le sort de la télé.

    Ce que semblent ne pas comprendre les gouvernements à Ottawa, c'est que la télé d'état est «le chemin de fer» des débuts du Canada, en d'autres termes un réseau qui fait un peu le pays... un lien Canada.

    La pub ne changera rien. Elle aiderait seulement les décisions de gouvernements un peu béotiens à en donner moins.

    Les chiffres donnés ici sur la participation financière des gouvernements, libéral et conservateur sont une honte.

    Pas d'argent, pas de vision.

  • Bernard Terreault - Abonné 26 novembre 2012 09 h 13

    Pour Radio-Canada, malgré tout

    Je lis que certains puristes critiquent l'abondance d'émissions "populaires" à la télé de RC. Mais s'il n'y avait que des informations internationales et des séries dramatiques de haut vol, RC perdrait encore plus d'audience au profit de TVA, V, et les chaînes spécilalisées. Sans les revenus publicitaires des émissions populaires, il n'y aurait pas Alain Gravel et Marie-Maude Denis. Honnêtement, sans ces derniers, y aurait-il une Commission Charbonneau?

  • Daniel Bérubé - Inscrit 26 novembre 2012 13 h 12

    Il faut prendre conscience

    que la publicité est un exellent moyen de filtration pour faire taire un média voulant dévoiler des choses concernant un de ses client en publicité...