Revue de presse - Casse-tête chinois

Justin Trudeau a commencé la semaine avec un coup d’éclat qui lui a valu des éloges. Son appui à la prise de contrôle de l’entreprise pétrolière canadienne Nexen par la société d’État chinoise CNOOC a été perçu comme un geste politiquement habile, surtout à la veille de l’élection complémentaire dans Calgary-Centre, lundi.

Le Toronto Star parle d’« audace » puisque la position de Trudeau est peu populaire, non seulement parmi les Canadiens, mais dans son propre parti. Selon Michael Del Tandt, de Postmedia News, et Paul Wells, de Maclean’s, Trudeau déjoue les conservateurs, se distingue de Thomas Mulcair et indique qu’il n’entend pas céder l’Ouest à ses adversaires durant la course à la direction du Parti libéral du Canada.


Kelly McParland, du National Post, n’est pas impressionné. « Le défi pour l’équipe de campagne [de Trudeau] était d’accepter l’évidence en la faisant passer pour une nouveauté. Elle a merveilleusement bien réussi. À Ottawa, en tout cas », écrit-il. Il n’arrive pas à croire que les libéraux soient au diapason de l’Ouest et il en veut pour preuve la sortie du député David McGuinty contre des députés albertains cette semaine. Le député a accusé ses collègues de privilégier les intérêts de l’industrie pétrolière de leur province et leur a dit de retourner en Alberta pour s’y présenter au niveau provincial. McGuinty a démissionné de son poste de porte-parole en matière d’énergie, ses collègues l’ont dénoncé, mais McParland ne s’y trompe pas. Selon lui, ces hauts cris ne visent qu’à sauver la face avant la partielle de lundi.

 

Feu aux poudres


McParland n’avait pas tout vu au moment d’écrire sa chronique. Toute la bonne presse récoltée par Trudeau dans l’Ouest s’est évaporée d’un coup quand l’agence QMI a fait état d’une entrevue accordée aux Francs-tireurs il y a deux ans. Trudeau y dit que « le Canada fait dur maintenant parce que c’est des Albertains qui contrôlent notre agenda communautaire et sociodémocratique, et ça ne marche pas ». Et à Patrick Lagacé qui lui demande si le Canada est mieux servi avec plus de Québécois au pouvoir que d’Albertains, il répond : « Je suis libéral, alors c’est sûr que je pense que oui. Certainement, quand on regarde les grands premiers ministres du XXe siècle, les seuls qui ont vraiment tenu le coup, c’étaient des députés du Québec. […] Ce pays, le Canada, est à nous. »


La réaction fut immédiate. Et le Calgary Herald la traduit bien. Les sentiments anti-albertains ne sont pas une nouveauté chez les libéraux, martèle-t-il, avant de rappeler, bien sûr, la Politique nationale de l’énergie. Le Herald soutient qu’il ne faut pas beaucoup gratter pour se rendre compte que les libéraux n’ont pas changé. Trudeau aura beau dire avoir été cité hors contexte, ses propos sont clairs, dit le quotidien, qui se demande quel est le vrai visage du député. Quand il parle en français ou en anglais ?

 

Sur le fond


La position de Trudeau à l’égard de CNOOC n’est pas partagée par tout le monde. Les sondages montrent que les gens sont tièdes, sinon contre cette transaction. Preston Manning, l’ancien chef réformiste, en a pris note. Il écrit dans le Globe and Mail que la décision dans ce dossier doit être guidée par des principes. « Ce qui complique les choses est le fait que CNOOC appartient au gouvernement chinois, que la Chine est un pays avec lequel le Canada est impatient d’intensifier ses relations commerciales, mais où le gouvernement communiste pratique et promeut une forme de capitalisme et de “ démocratie ” inacceptable pour beaucoup de Canadiens », écrit-il. Manning ne prend pas parti dans le dossier de CNOOC, mais rappelle au gouvernement Harper que les principes démocratiques exigent que les citoyens soient informés et consultés.


Andrew Coyne, du National Post, trouve que « nous sommes tous des hypocrites » dans cette affaire. D’une part, on cherche de faux prétextes pour rejeter la transaction en invoquant la propriété étatique de CNOOC. De l’autre, on ignore les craintes de ceux qui pensent que faire affaire avec la Chine équivaut à cautionner ses abus envers les droits de la personne, de la torture à la persécution des minorités en passant par la domination du Tibet. « En permettant aux Canadiens de faire affaire là-bas, tout comme en permettant à des entreprises chinoises de faire affaire ici, nous signalons d’une certaine manière notre acquiescement, sinon notre approbation, pour ces comportements. Une chose est sûre, nous signalons qu’il n’y aura pas de prix à payer pour ces derniers. » Le Canada ne changera pas la Chine à lui seul et le monde trouve ce marché trop lucratif pour envisager des sanctions. C’est ce dilemme qui tiraille les partis politiques, dit Coyne. Si on bloque la transaction, que faire alors du reste de nos relations avec la Chine ? Des obligations gouvernementales qu’on leur vend ? Des produits qu’on leur achète ? Personne ne veut aller sur ce terrain, poursuit-il. Il note la différence de traitement réservé à plusieurs pays et ajoute : « Peut-être que la situation est différente. Ou peut-être que nous avons simplement appris à rationaliser nos propres intérêts. […] La raison pour laquelle nous avons choisi de commercer avec la Chine n’est pas l’espoir d’y changer les choses, mais parce que, comme on dit, c’est là qu’est l’argent. »

1 commentaire
  • Denis Plante - Inscrit 24 novembre 2012 09 h 32

    Pauvre Karl Marx.

    Il doit tourner comme une girouette dans sa tombe. Voilà que le communisme se propage via les capitaux. Nous qui avions dépensé des milliards pour en limiter la propagation.
    Mais je parle à travers mon chapeau. Les communistes et les communismes ne sont plus les mêmes. Maintenant les dirigeants du parti s'enrichissent à coup de milliards. Et les membres de leur famille aussi. Serait-ce que la démocratie se soit emparé d'eux ?

    Il est tout de même étrange de voir comment nos tenants politiques ne gueulent pas fort pour dénoncer les abuts envers les droits de l'homme chinois ( et tibétain). Quand l'économie roule, plusieurs se font rouler aussi....