#chroniquefd - Pas de transparence sans loi

C’était il n’y a pas si longtemps. Dans les belles années du tout à l’écolo, l’ampoule fluocompacte, avec ses promesses de consommer moins, est devenue un symbole fort et lumineux de l’engagement vert.

Le consommateur y a succombé pour faire des économies en se donnant bonne conscience, l’entreprise privée pour lustrer son image et le politicien pour donner l’impression d’agir pour le bien de la planète, même si, dans les faits, son action, centrée sur une chose éblouissante, avait tout pour détourner les regards de dégâts environnementaux hautement plus conséquents que l’éclairage d’une maison, ailleurs dans la société.


Or, les temps et les préoccupations changent. La mécanique, elle, reste.


À une époque où l’appel à la transparence est perceptible dans l’air du temps, l’ampoule fluocompacte, avec son pouvoir d’illusion, a aujourd’hui une nouvelle incarnation : dans les portails gouvernementaux lancés en grande pompe pour mettre à la disposition du public une diversité de bases de données non nominatives produites par l’appareil administratif.


Ces lieux de divulgation d’information alimentent un appel à la transparence commandée par le présent et se retrouvent au coeur d’un vaste projet de construction d’une gouvernance 2.0 et d’une démocratie numérique, deux thèmes modernes et porteurs à côté desquels les partis politiques, toutes couleurs unies d’ailleurs, aiment bien se montrer, même s’il y a une grande part de poudre aux yeux dans cet exercice. Pour le moment, du moins.


C’est en tout cas ce qui ressort d’une discussion sur le thème de la transparence gouvernementale au temps du numérique qui s’est déroulée samedi dernier dans le cadre du Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec qui s’est tenu à Saint-Sauveur. Le chroniqueur ici présent y était justement présent. Il y a été question de corruption, de collusion, de rétention, mais également d’un arbre qui cache la forêt. Et la métaphore n’a pas été seulement convoquée par l’esprit des Laurentides.


La divulgation des données gouvernementales par les villes comme par les gouvernements provincial et fédéral est encore très timide, et surtout sans audace, comme en témoignent les sites consacrés à la chose.


Déficit démocratique


Un doute ? Cette transparence en format numérique se résume bien souvent à des bases de données qui ne prêtent pas trop à conséquence, comme les chiffres du recensement, le comptage de vélos sur les pistes cyclables, l’état des patinoires… À la Ville de Montréal, les sections censées dévoiler les données sur les ressources financières, les ressources humaines, les affaires juridiques ou encore les ressources matérielles sont encore terriblement vides, plus d’un an après le lancement du portail. Sur le portail créé par Québec, la « base de données géographique et administrative à l’échelle 1/5 000 000 » est la plus populaire. De la transparence, oui, mais surtout pas si elle risque d’être compromettante.


Pour la journaliste du quotidien The Gazette, Linda Gyulai, qui prenait part à la discussion, la transparence, en format numérique - ou pas -, ne devrait pourtant plus faire l’objet de promesses ou de discours vertueux, comme c’est encore le cas, mais plutôt de lois visant à forcer les fonctionnaires à adhérer à ce principe démocratique de base et surtout à rendre accessibles les données et documents publics, celles qui ne contiennent pas de renseignements personnels, d’informations sensibles pour la sécurité de l’État ou qui menacent la libre concurrence, bien sûr.


Bref, la divulgation des contrats, des appels d’offres, des rapports d’analyses, des discussions dans des comités de gestion des organismes publics devrait à l’avenir être automatique, mais surtout se faire dans des formats numériques faciles d’accès et d’utilisation. Et la résistance de l’appareil administratif sanctionnée sévèrement.


Une demande forte, mais finalement nécessaire, au regard de la lecture du présent dressée par la Commissaire à l’information du Canada, Suzanne Legault, qui voit dans la transparence un remède pour enrayer le déficit démocratique actuel et ramener de la confiance dans des institutions qui, en ce moment, n’en inspirent pas trop. Et finalement, pas besoin de la lumière blafarde d’une ampoule fluocompacte pour voir clairement l’urgence d’amener la transparence numérique plus haut qu’un symbole politiquement exploitable.

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1 commentaire
  • Loraine King - Inscrite 20 novembre 2012 13 h 25

    Amendement constitutionnel

    J'irais plus loin. Je voudrais un amendement constitutionnel afin qu'aucune loi ne puisse être votée qui và à l'encontre du droit du citoyen à l'accès à l'information gouvernementale. Après tout, c'est de notre argent dont il s'agit, de nos impôts, des lois qui encadrent nos gestes, etc. Le vrai déficit démocratique il est là, dans toute cette brume gouvernentale. Le gouvernement n'a la légitimité de gouverner qu'avec le consentement du peuple. Comment peut-on être d'accord, ou pas, quand on nous cache à peu près tout ?