L’auto autonome, c’est pour bientôt

La fourgonnette de livraison expérimentale Volkswagen eT ! répond aux commandes vocales des facteurs allemands. Elle peut notamment se déplacer vers l’usager lorsqu’il lance la commande « Come to me ».
Photo: Volkswagen La fourgonnette de livraison expérimentale Volkswagen eT ! répond aux commandes vocales des facteurs allemands. Elle peut notamment se déplacer vers l’usager lorsqu’il lance la commande « Come to me ».

Comme tous les matins, vous montez à bord de votre voiture pour vous rendre au travail. Vous mettez le moteur en marche et vous vous prenez la route. Tout se passe comme pour des millions d’automobilistes aux quatre coins du continent. Sauf que, alors que votre voiture file sur l’autoroute, vous lisez votre journal, vous vous maquillez ou vous conversez tout simplement avec les autres personnes qui sont à bord… sans toucher au volant ! C’est parce que vous êtes à bord d’une automobile autonome.

De la science-fiction ? Pas du tout. General Motors, Volvo, Audi, BMW, Volkswagen, Ford, la chinoise Geely et même l’américaine Google s’activent comme plusieurs autres entreprises à développer des véhicules autonomes et des systèmes capables de les faire rouler sans l’intervention d’un conducteur… sauf pour programmer l’itinéraire !


Ce concept s’est retrouvé à la une des informations le 25 septembre dernier lorsque le gouverneur de la Californie, Edmund Brown, a approuvé une loi autorisant les chercheurs qui oeuvrent au développement de ces véhicules à les conduire sur les routes publiques de son État. Du coup, Brown a ravivé le rêve que caressent tant d’automobilistes : s’affranchir de l’exercice de la conduite automobile.


Le California Department of Motor Vehicles a désormais pour mandat de créer, d’ici au 1er janvier 2015, une réglementation encadrant les « véhicules autonomes ». Ce type de véhicule ne figure pas encore dans les lois de la Californie.


Cette réglementation autorisera l’utilisation de ces véhicules sur les routes publiques avec l’obligation qu’une personne détenant un permis de conduire soit à bord en cas d’urgence.


L’initiative californienne n’est toutefois pas la première du genre. Le Nevada a voté une loi similaire en juin 2011, puis la Floride en juillet dernier. Pourquoi cette hâte apparente ? Parce que tous les experts s’accordent à dire que ce type de véhicules se retrouvera sur les routes d’ici cinq ou dix ans.


L’auto Google à l’essai


La société Google travaille au développement de systèmes de guidage pour des véhicules sans chauffeur depuis quelques années. Avec leurs parcs de prototypes (des Audi TT, des Toyota Prius et des Lexus RX), ses chercheurs auraient parcouru près de 500 000 km en conduite autonome sans accident, précise-t-on chez Google.


Cette entreprise ne prévoit toutefois pas de produire sa propre voiture. Elle oeuvre plutôt à développer des outils qui permettront aux grands fabricants de le faire.


Pour Sergey Brin, cofondateur de Google, l’auto autonome rendrait les routes plus sécuritaires, réduirait les problèmes de congestion, libérerait l’automobiliste d’une tâche exigeante et permettrait même à des personnes affectées par un handicap de se déplacer librement. « J’estime que l’auto autonome sera plus sûre que l’auto conduite par un humain », a dit M. Brin.

 

GM : regardez, sans les mains !


Depuis un an d’ailleurs, les fabricants multiplient les démonstrations avec divers scénarios rattachés à ce concept. En avril, par exemple, Cadillac a annoncé qu’un système de conduite semi-automatique pourrait être disponible d’ici cinq ans.


Cette affirmation était liée à l’expérimentation d’un système appelé Super Cruise. Ce système peut commander de façon entièrement automatique la direction et les freins, et maintenir la trajectoire d’un véhicule sur l’autoroute dans certaines conditions de conduite qualifiées d’optimales par le fabricant.


Le Super Cruise fait usage de systèmes embarqués qui équipent déjà certains véhicules de GM dont, entre autres, les berlines Cadillac XTS et ATS 2013. On pense ici à des radars, à des capteurs ultrasoniques, à des caméras et à des ordinateurs qui effectuent la gestion des données de géolocalisation du système de guidage par satellite (GPS). Il y aussi le régulateur de vitesse adaptatif et tous ces systèmes de maintien de trajectoire, d’alerte pour les collisions frontales, de débordements de travée et de détection d’obstacles dans les angles morts qui figurent depuis peu dans la dotation de modèles haut de gamme.


Comme des fourmis


Certains concepts d’autos autonomes imbriquent les véhicules pour en faire un ensemble qui se déplace en bloc. Voilà ce qu’a présenté le fabricant chinois Chery au Salon de l’auto de Beijing, en avril.


Baptisé «@Ant », les deux véhicules-concepts d’allure fantaisiste qu’y montrait Chery constituent une métaphore sur roues de la fourmi (ant, en anglais). En effet, selon son fabricant, cette voiturette du futur se déplacerait sur les autoroutes de Chine comme les insectes dont elle reprend le nom : à la queue leu leu.


Ce principe, qui devrait réduire les accidents de la route et optimiser la consommation de carburant, permettrait au conducteur d’une @Ant d’accéder à une autoroute et d’y arrimer sa voiturette automatiquement à un « train » pouvant être constitué de dix @Ant. L’auto deviendrait alors autonome jusqu’à ce qu’elle arrive à la sortie de l’autoroute menant l’équipage à sa destination. Alors, le conducteur reprendrait le contrôle de la voiturette.


Un train routier


Ce scénario vous paraît fantaisiste. Eh bien, sachez qu’en mai dernier, pour la première fois de l’histoire de l’automobile, un convoi de véhicules autonomes arrimés électroniquement à un véhicule de tête en file indienne a circulé sur une autoroute de la région de Barcelone, en Espagne.


Cette expérience a été réalisée par Volvo dans le cadre du projet SARTRE (Safe Road Trains for the Environment ou convois routiers sécurisés et respectueux de l’environnement). Lancé en 2009, ce projet vise à encourager des changements radicaux dans le transport individuel par l’entremise du développement de convois routiers, qu’on imagine à la fois sécuritaires et écoénergétiques.


Ce projet réunit diverses entreprises européennes : Ricardo UK Ltd, Applus + Idiada, Tecnalia Research Innovation, l’lnstitut de recherche automobile de l’Université d’Aix-la-Chapelle, l’Institut suédois de recherches techniques (SP Sveriges Tekniska Forskningsinstitut), Volvo Technology et Volvo Car Corporation.


« Nous avons parcouru 200 kilomètres sur une journée, et le test s’est parfaitement déroulé », a dit Linda Wahlström, responsable du projet SARTRE chez Volvo Car Corporation.


Le test réalisé en Espagne a mis à contribution un Volvo XC60, une Volvo V60, une Volvo S60 ainsi que d’un poids lourd Volvo servant de « locomotive ». Distant d’à peine six mètres les uns des autres, ces véhicules ont circulé à 85 km/h. Leurs occupants se sont laissé transporter ainsi en lisant leur journal ou en buvant un café.


Volkswagen et les postiers


L’auto autonome ne servira toutefois pas seulement à la circulation autoroutière. On l’imagine aussi pour des applications citadines, comme l’a démontré Volkswagen avec son véhicule expérimental « eT ! ».


Cette petite fourgonnette de livraison à moteur électrique peut être commandée verbalement à distance, un peu comme on appelle son chien. L’eT ! peut aussi être conduite à l’aide d’un volant, de même que debout en utilisant un levier de commande situé devant le siège du passager. C’est pour mieux répondre aux besoins de la clientèle pour laquelle on l’a développée : les livreurs de la poste allemande.


Pour rendre leur travail plus simple et plus sûr, mais aussi pour optimiser la distribution du courrier et en abréger les délais, la eT ! peut au besoin servir en mode « semi-automatique ». Après l’avoir quittée pour faire la tournée de quelques maisons, le livreur n’a qu’à prononcer la commande « Follow me » pour que la fourgonnette se mette en marche toute seule et le suive d’immeuble en immeuble. Elle peut aussi se déplacer automatiquement dans la direction du facteur lorsque ce dernier prononce la commande « Come to me » !


Les concepteurs de cette fourgonnette admettent toutefois qu’elle n’est pas prête à être commercialisée. « Mais c’est dès aujourd’hui qu’il nous faut préparer ce à quoi le monde des utilitaires légers va ressembler dans la seconde moitié de cette décennie », a expliqué lors de son dévoilement le Dr Rudolf Krebs, responsable du Groupe pour la traction électrique chez Volkswagen AG.


Au fond, pour la commercialiser, il attend peut-être qu’une dernière commande vocale ne soit intégrée à son système de guidage : « eT ! phone home… »


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Collaborateur

2 commentaires
  • Pierre Cossette - Inscrit 19 novembre 2012 07 h 50

    Futurologie ...

    il est remarquable que la technologie se développe à ce point, mais ne pourrait-on pas tout simplement au lieu de travailler à maintenir les gens en circulation, avec tout ce que cela implique au niveau construction d'infrastructures, gestion du temps, respect de l'environnement et de leur santé, obliger les entreprises à faite télétravailler leurs employés. En clair lorsqu'un travailleur n'est pas requis d'être sur les lieux pour bien s'acquitter de sa tâche, les employeurs auraient l'obligation de le payer pour qu'il effectue ses tâches à domicile. Imaginons un peu les mégapoles et leurs autoroutes désengorgées, le bonheur ...

    • Eric Allard - Inscrit 19 novembre 2012 12 h 28

      Très bonne intervention... savoir comment penser en dehors du cadre.
      Effectivement, réduire les déplacements quotidiens réduirait non seulement la congestion, mais aussi la consommation d'énergie, ainsi que le risque d'accidents (et tous les coûts qui s'ensuivent).
      Par contre, il convient de pousser la réflexion plus loin. Le milieu de travail peut être un milieu stimulant et enrichissant pour les travailleurs, et une communauté de "penseurs" arrive à un bien meilleur résultat que la somme de travail que ces "penseurs" peuvent accomplir individuellement.
      Donc, le travail à la maison est à penser sous plusieurs facettes, même si il s'avère une bonne idée au départ.