Le design multidisciplinaire, c’est tendance


	Des publicités de Coca-Cola light avec la collaboration de designers tel Jean-Paul Gaultier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Langlois
Des publicités de Coca-Cola light avec la collaboration de designers tel Jean-Paul Gaultier.

Les créateurs de mode, de Karl Lagerfeld à Moschino, qui griffent les bouteilles et les canettes de Coca-Cola light, c’est in. Jean-Paul Gaultier qui conçoit du mobilier pour Roche-Bobois, Missoni qui élabore des collections pour la maison avec la collaboration du détaillant américain Target, ou alors Christian Lacroix qui revisite les arts de la table pour Christofle et qui signe la décoration de plusieurs hôtels-boutiques parisiens, c’est dans l’air du temps.

Si l’époque est au design élargi, on le doit en grande partie à l’engouement des publicitaires pour l’image de marque et le branding en général, ce qui a eu pour effet de décloisonner toutes les sphères du design en favorisant les échanges de toutes sortes entre créatifs.
 
Les designers spécialisés, longtemps cantonnés et isolés dans leur milieu et contraints de partager leur expertise et leurs concepts entre eux, ou via leurs associations professionnelles respectives, cela correspond à un temps révolu face aux exigences et aux besoins actuels.
 
De nos jours, pour faire vivre une véritable expérience, il faut démocratiser le design et en regrouper toutes les formes et tous les intervenants. Cette synergie rassembleuse de design at large, omniprésente aux États-Unis et en Europe, tarde toutefois à s’imposer au Québec. Espérons que l’organisme Mission design, qui regroupe depuis quelques années déjà plusieurs associations allant du design industriel à la mode et de l’architecture au design graphique, nous fera bientôt vibrer au rythme d’un grand projet cohérent, audacieux et porteur d’une vision mobilisatrice. « Le temps est venu de faire les choses autrement » semble être devenu le leitmotiv qui se dégage de la nouvelle génération de designers de tous les horizons.
 
Les succès à répétition des grandes sociétés qui s’associent à des designers afin de se démarquer et de revamper leurs produits n’en finissent plus d’étonner. À titre d’exemple, le phénomène de l’heure, qui ne cesse de provoquer l’événement et qui amène les créateurs de mode à habiller et à mouler des bouteilles de boisson et d’alcool aussi diversifiées que l’eau minérale, le champagne, le vin et le Coca-Cola, propulse ces marques vers des records de vente.
 
En jouant sur le côté soudainement branché ou remis au goût du jour par les designers, un alcool comme le Ricard, tombé en désuétude, a réussi à métamorphoser complètement sa clientèle cible. De ringard, le Ricard s’est transformé depuis en un must auprès d’une clientèle jeune et hype.
 
Peut-on s’imaginer un seul instant quelle allure pourraient alors prendre les traditionnelles eaux québécoises St-Justin, Naya ou Eska ? Mieux encore, notre bon sirop d’érable prendrait peut-être, sous la baguette magique de nos designers, des airs de grand cru. L’apport du design s’avère donc de plus en plus une bonne et une belle idée qui peut rapporter gros.
 
Trois icônes

Il reste que cette pénétration de plus en plus profonde du design dans notre quotidien et son virage pluriel au cours des dernières années ont été amorcés par des pionniers qui font aujourd’hui figure d’icônes. Terence Conran, Philippe Starck et Karim Rashid composent un trio de visionnaires qui ont su rendre ses lettres de noblesse au design pluridisciplinaire en repoussant les frontières de leur métier.
 
Terance Conran est un chef de file dont l’approche du de­sign est on ne peut plus claire : « Ma philosophie se résume à trois mots : élémentaire, simple et utile. Voilà un design réussi. » Cet aristocrate anglais a su innover à toutes les étapes de sa brillante carrière, d’abord en fondant les magasins Habitat, puis The Conran Shop, d’abord à Londres et ensuite à Paris, à New York et à Tokyo. Ces temples du design simplifié et minimaliste portent la signature intemporelle du maître.
 
On lui doit notamment la sauvegarde du célébrissime édifice Michelin, la concrétisation du Design Museum, toujours à Londres, et une multitude de restaurants, dans les plus grandes capitales mondiales, qui ont changé le visage de la gastronomie classique en proposant une expérience art de vivre sollicitant tous nos sens.
 
À l’opposé, le très coloré Karim Rashid a opté quant à lui pour l’éclectisme dans toute sa splendeur. Ce poète du plastique accro des sixties, qu’il revisite avec humour et irrévérence, s’aventure toujours plus près du kitsch avec des créations ludiques, extravagantes, aux couleurs bonbons. Son âme d’enfant toujours prêt à s’émerveiller fait triper les fanas du style à qui il propose des accessoires fantaisistes allant des montres aux lunettes, du mobilier éclaté aux décors d’hôtel on ne peut plus bollywoodiens. Il aime répéter que « chaque entreprise devrait être totalement concernée par la beauté et la part de rêve ; cela est après tout un besoin humain collectif ».
 
Enfin, l’enfant terrible du de­sign multidisciplinaire et tou­che-à-tout de génie Philippe Starck continue d’ébranler les fondements mêmes de sa profession en se lançant continuellement à la conquête de nouveaux défis. Artiste hors norme, il a marqué de façon percutante et irréversible la planète design depuis plus de 40 ans. Il l’avoue sans complexe : « J’ai cette maladie mentale appelée créativité », avant d’ajouter : « Je suis inspiré par la grande histoire de notre évolution. Je ne fais pas de projets qui ne rentrent pas dans cette grande vision, ce qui signifie qu’un projet doit mériter d’exister. Une façon pour mériter d’exister est de servir. »
 
Ces trois icônes d’un nouvel art de vivre sont pour nous des guides qui ont façonné un peu, beaucoup, passionnément un style esthétique et utilitaire mondial en pleine révolution, pour le meilleur, jamais pour le pire.
 
***

LE CARNET EN VRAC
 
Frédéric Metz, designer

Figure incontournable du design à Montréal, Frédéric Metz vient de publier un livre sur le design qui prend déjà des allures d’objet de référence. Design ? Beauté et fonction passées au crible (Flammarion) se veut un guide qui pose un regard neuf et percutant sur les valeurs esthétiques et utilitaires des choses qui meublent notre quotidien. Pour ce personnage hors du commun, ex-professeur à l’UQAM, qui a toujours affiché haut et fort ses points de vue et qui n’a jamais hésité à semer la controverse « le 
design améliore notre vie ; mieux, il la simplifie ».
 
Élémentaire, mon cher Metz, le message est bien compris. Un ouvrage capital qui vient tout décortiquer et qui nous renvoie à l’essentiel avec brio. À consommer sans modération !
 
Top Québec

« Un nouveau magazine sur la mode ? Non, le premier magazine sur ceux qui la font ! » Le message ne pouvait être plus clair au lancement récent de ce qu’il convient d’appeler dorénavant le référentiel des créateurs de mode québécois. Immortaliser la belle histoire de nos designers d’hier à aujourd’hui en nous racontant leur démarche artistique singulière et leur parcours marginal, voilà la mission de Top Québec.
 
Nous devons être reconnaissants à Jean-Marc Papineau, l’éditeur visionnaire de ce nouveau magazine qui sera publié trois fois par année, d’avoir senti le besoin d’expliquer l’œuvre de nos créateurs, bien au-delà du look de leurs collections saisonnières et passagères. Comprendre pour mieux aimer : l’idée a de quoi séduire et toucher.
 
Le premier numéro, fort prometteur, propose notamment de découvrir les collections du jeune surdoué Rad Hourani, premier Québécois à être admis dans l’univers très sélect des défilés de la haute couture parisienne, et de pénétrer dans le passé glorieux de Gabrielle Bernier, tombée dans l’oubli et qui ne fut rien de moins que la Coco Chanel du Québec. Enfin un magazine qui vient combler un grand vide, au-delà des apparences et des superficialités toujours reliées au petit milieu de la mode.
 
Helmer, exotisme et élégance

Le 17 octobre dernier, Helmer, le couturier montréalais, provoquait l’événement avec un défilé haute couture impertinent qui conjuguait follement classe et opulence, sans jamais sombrer dans la facilité ou la caricature. C’est au très branché bar Éphémère de la Fonderie Darling à la Cité du multimédia que le designer avait convoqué le who’s who du monde fashion de la métropole, avec comme seuls absents notoires Étienne et Sandrine, nos bobos préférés, sans doute retenus par un lancement très people au cœur de leur Plateau tant aimé.
 
Helmer, créateur hors norme, avait décidé, pour le lancement de sa collection printemps-été 2013, de collaborer avec l’artiste verrier Jean-Marc Giguère et la céramiste Maryvonne Boffo. Le résultat fut spectaculaire, à l’image du besoin de liberté et de rébellion d’un artiste au sommet de son art qui n’est jamais prisonnier de son style.
 
Avec des parures et des ornements exubérants qui venaient faire écho au désert, ses matières nobles, brutes et fragiles, de même que ses impressions florales ou ethniques, Helmer nous a entraînés dans un magnifique voyage au plus profond de la richesse des diverses cultures africaines revisitées par son imaginaire de magicien.
 
Il s’agit d’un souffle de fantaisie qu’on peut admirer en permanence à sa boutique du 2020, boulevard Saint-Laurent, ainsi qu’à la boutique Une île en Amérique au 102, avenue Laurier Ouest à Montréal.

À voir en vidéo