Le SIAL, rendez-vous de la grande bouffe

Le Salon international de l’alimentation est considéré comme le plus grand rassemblement alimentaire du monde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Eric Feferberg Le Salon international de l’alimentation est considéré comme le plus grand rassemblement alimentaire du monde.

Lorsqu’on parle de récession, il faudrait peut-être exclure Paris du reste de la France, voire du reste de l’Europe. Les grands restaurants y affichent les taux d’occupation habituels et il faut souvent réserver pour obtenir place et couvert.

Le fait que Paris demeure très prisé par les touristes, mais surtout pour les congrès et les grandes manifestations qui s’y déroulent à longueur d’année, entraîne un flot permanent de personnes dont seule Lutèce a le secret. La semaine dernière, par exemple, s’y déroulait le Salon international de l’alimentation (SIAL), un événement qui rassemble durant cinq jours tout le milieu agroalimentaire mondial et qui permet de présenter les nouvelles tendances dont nous, les consommateurs, serons témoins en 2013.

 

Les nouvelles tendances


En 2010 et en 2011, les grandes tendances alimentaires qui s’affichaient démontraient l’importance accordée à la praticité, à la santé et au plaisir de consommer. En 2012, il semble que le côté plaisir prenne le dessus et s’impose désormais en grand sur la planète. Toutefois, impossible d’omettre tout ce qui touche au comportement des consommateurs, plus responsables que jamais dans leur alimentation.


On prône en même temps la créativité, l’attrait visuel de l’aliment, tout en respectant ses origines et son côté sain. Selon TNS Sofres, un institut d’études marketing et d’opinion international, huit consommateurs sur dix en Europe et en Asie (sauf en Chine) s’offrent le luxe de consommer des petites douceurs pour des moments de pur plaisir. À l’exception d’une grande majorité de Nord-Américains, nous sommes passés du « manger pour se nourrir » au « manger pour le plaisir ».


Il faut toutefois associer ce côté ludique au respect de l’environnement, à un souci pour la nature, entraînant une plus grande consommation de végétaux et un intérêt marqué pour les produits biologiques. L’exotisme a aussi la cote, notamment en ce qui concerne les fruits, comme le yuzu, cet agrume japonais primé au titre d’innovation culinaire, ou encore les thés associés au citron et au ginseng.


Les activités physiques pratiquées de nos jours pour garder la forme permettent un retour vers des plaisirs devenus moins coupables, comme le beurre, l’huile d’olive, le chocolat ou encore les pâtisseries (consommées toutefois en petites portions, ce qui n’est pas le cas à certains comptoirs alimentaires aux États-Unis, qui jouent encore sur les couleurs des emballages, les formats géants et les produits contenant souvent des apports irraisonnables de sucre et de gras).

 

Sensibilisation


D’après les experts présents au SIAL, considéré comme le plus grand rassemblement alimentaire du monde, la nouvelle génération évolue vers une meilleure prise de conscience en ce qui concerne par exemple les OGM et la façon dont les animaux sont nourris, traités et consommés. Le fait d’avoir accès à une multitude d’informations permet aux consommateurs d’être plus exigeants envers leurs fournisseurs. On se souvient encore de la crise de la vache folle et il y a une crainte, chez nous en ce moment, envers la consommation de boeuf.


Le Canada et le Québec bénéficient de l’excellent travail du Groupe Export agroalimentaire qui, en collaboration avec le gouvernement fédéral, permet à des entreprises comme Orphée, Citadelle ou Olymel d’accéder aux divers marchés mondiaux s’ouvrant désormais à elles. Nos entreprises ne sont donc plus seules désormais pour affronter la concurrence.


Plutôt que la police montée ou les Amérindiens, c’est notre savoir-faire que le Québec et le Canada montrent aux acheteurs potentiels qui viennent de partout au SIAL de Paris. La technologie, alliée à la praticité, mène parfois à des choses surprenantes, comme de l’eau de safran en aérosol pour la restauration, ou de la mousse au chocolat en bombe (moussante) produite par des Italiens, prête à servir et contenant du bon chocolat et de la vraie crème. Les produits « allégés » semblent disparaître du secteur prêt-à-manger, sauf dans le domaine laitier où les yogourts sont encore bien présents.

 

L’avenir


Le design est présent au SIAL, mais, à l’inverse des Japonais, on maintient une certaine retenue quant à l’emballage, parfois abusif en terre nipponne. Des infusions surgelées et de grands thés d’origine font leur apparition, comme ce fut le cas précédemment pour le café.


Notre alimentation deviendrait-elle plus sage, plus écologique ? Pas si sûr, croient les décrypteurs de tendances qui, comme en science, se donnent plusieurs années pour aiguiser leur jugement.


L’alimentation du futur se joue peut-être dans les grands salons comme le SIAL, mais le dernier mot revient encore et toujours aux consommateurs. Sur tous les produits qui y sont présentés, plus de la moitié auront disparu des tablettes d’ici trois ou quatre ans.


Enfin, il faudra aussi que le monde comprenne qu’une partie de cette planète ne mange toujours pas à sa faim.

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Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l’entendre tous les samedis matin à l’émission de Joël Le Bigot Samedi et rien d’autre à la Première Chaîne de Radio-Canada.

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BIBLIOSCOPIE

 

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Niki Segnit

Éditions Marabout

2012, 495 pages


Une vraie bible pratique qui rassemble 99 ingrédients associés à 980 paires de saveurs. Le tout donne 250 recettes parfois inusitées. Un ouvrage à consulter comme un dictionnaire de référence, qui donne également des trucs et des astuces.

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DÉCOUVERTES


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