L’âge des cavernes

Dimanche après-midi, à Laval, la députée libérale de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, a vainement tenté de faire adopter par le conseil général du PLQ une résolution qui aurait engagé le prochain congrès à modifier la constitution du parti pour que son chef soit élu au suffrage universel des membres.

Comme bien d’autres, Mme Houda-Pepin était manifestement soucieuse de dissiper la fâcheuse impression que le PLQ en est encore à l’âge des cavernes, mais on lui a fait comprendre qu’il ne fallait pas imposer d’obligation à ceux qui seront délégués au congrès.


À l’issue du conseil général, le chef intérimaire du PLQ, Jean-Marc Fournier, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il était beaucoup plus simple de convoquer un congrès avec un préavis de 24 heures pour adopter un nouveau projet de constitution du Canada, comme les libéraux l’avaient fait en août 1992, que pour modifier les statuts du parti. Cherchez l’erreur !


D’entrée de jeu, le président du comité électoral, Jean-Guy Légaré, a indiqué aux délégués que les règles proposées par la direction du parti avaient fait l’objet d’un « large consensus » au sein des instances et que le mode d’élection actuel est en quelque sorte le « miroir du système parlementaire ».


Précisément, il en a tous les défauts. Le système des « slates » permet au vainqueur de rafler tous les délégués d’un comté. Tout devient une question d’organisation. On aurait pu atténuer les distorsions en introduisant un élément de proportionnelle, comme le proposait Raymond Bachand. Là encore, les règles de la démocratie libérale ne le permettaient pas. Il n’y a pas eu l’ombre d’un débat sur la question.


Bien entendu, le suffrage universel n’est pas parfait. Un bon vendeur de cartes peut emporter le morceau sans que le parti y trouve nécessairement son compte. Aux élections de mars 2007, le PQ s’est bien demandé où étaient passés les 40 000 membres qu’André Boisclair avait recrutés dix-huit mois plus tôt. La balance des inconvénients favorise néanmoins le suffrage universel de façon très nette.


***
 

Au moment où la commission Charbonneau met en lumière les rapports troublants entre l’argent et la politique, les militants libéraux pouvaient difficilement ne pas s’interroger sur le financement de la course au leadership. Comme l’a dit ce délégué de Taillon, membre de la commission politique, « le contexte demande de faire de la politique autrement ». Là encore, ce sera pour une autre fois.


« Ça prend un montant minimum pour rejoindre les régions, sinon il y aura un déficit de démocratie », a fait valoir l’ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc. Sans doute, mais si les aspirants à la succession de Jack Layton ont pu faire campagne dans le Canada tout entier avec un budget n’excédant pas 500 000 $, il devrait normalement être possible de couvrir le territoire québécois à coût égal ou même inférieur.


Certains ont trouvé offensante l’idée qu’on puisse acheter des votes. Il ne faut cependant pas être naïf : faire payer ses frais de déplacement et d’hébergement par l’organisation d’un candidat constituera un puissant incitatif à l’appuyer. Même plafonnées à 100 000 $, il s’agit là de dépenses que des candidats moins bien pourvus ne pourront pas se permettre sans rogner sur l’essentiel.


Déjà, les délégués peuvent s’abreuver et se restaurer abondamment dans les suites d’hôtel louées par les divers candidats, où les discussions portent assez rarement sur les mérites de leurs programmes respectifs.


***


À la clôture du conseil général, le président de la Commission-Jeunesse, Kevin-Alexandre Lavoie, a invité les militants libéraux à sortir de la « zone de confort » que peuvent créer neuf années de pouvoir, mais c’est généralement plus facile à dire qu’à faire.


Quelques minutes plus tard, Jean-Marc Fournier a déclaré que le résultat de l’élection du 4 septembre dernier « a démontré toute la pertinence du Parti libéral du Québec ». De là à dire qu’il n’y a aucune raison de changer une formule gagnante, il n’y a qu’un pas que plusieurs paraissent tout disposés à franchir.


S’il est vrai que l’hécatombe annoncée ne s’est pas produite, un député a confié son inquiétude de voir que personne ne semblait disposé à faire un examen de conscience au lendemain de ce qui a tout de même été une défaite.


En réalité, peu importe les règles qui régiront la course au leadership, les délégués au congrès des 15, 16 et 17 mars choisiront le prochain chef essentiellement en fonction de sa capacité à les ramener au pouvoir le plus rapidement possible.


Tant mieux s’il amène de nouvelles idées en prime, mais ce ne sera pas une nécessité si les sondages sont bons. M. Fournier l’a dit : « Nos idées tiennent la route et elles tiendront la route. »

À voir en vidéo