Les menottes du PQ

À la veille d'un automne qui s'annonce chaud, Jean Charest paraissait rassuré sur au moins un point en fin de semaine dernière: «Le PQ est toujours menotté par son option, et il n'est pas près de trouver la clé des menottes.»

L'ADQ paraît trop amochée pour être en mesure de représenter une menace sérieuse aux prochaines élections, dans l'hypothèse où la «réingénierie» tournerait au cauchemar. De toute manière, c'est sur son flanc gauche que le PLQ sera vulnérable.

Rien ne lui plairait davantage que de voir les péquistes se lancer dans un autre de ces débats fratricides sur le trait d'union, qui leur donnent parfois des allures d'extra-terrestres aux yeux d'une bonne partie de la population.

Le grand schisme du milieu des années 1980 avait fait les délices de Robert Bourassa. S'il ne s'était lui-même embourbé dans la vase du lac Meech, les libéraux auraient très bien pu aller chercher un troisième mandat consécutif en 1994.

Le premier ministre était peut-être trop absorbé par son conseil général pour lire le texte que Claude Morin a fait paraître dans Le Devoir, samedi, mais il aurait sans doute été ravi de voir le «père de l'étapisme» reprendre du service. Il n'a pas son pareil pour fouetter l'ardeur des «purs et durs». Si Jean-François Lisée pouvait maintenant y aller d'une petite contribution...

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Les années d'opposition sont généralement une période de vaches maigres pour les «modérés». Le défoulement et la modération ne font pas bon ménage. Déjà difficiles à encadrer quand le PQ est au pouvoir, les «purs et durs» deviennent carrément incontrôlables dans l'opposition.

Dès lors, le chef du parti, ou ceux qui aspirent à le devenir, n'ont d'autre choix que de leur emboîter le pas, sous peine d'être broyés, comme l'a été Pierre Marc Johnson. D'où le fascinant spectacle offert par Pauline Marois et François Legault, qui suppliaient littéralement Bernard Landry de mettre la pédale douce, à pareille date l'an dernier, et qui l'entraînent aujourd'hui dans une fuite en avant, au point de lui faire renier son modèle d'union confédérale à l'européenne, qu'il avait érigé en dogme.

Quoi qu'il pense réellement, il apparaît douteux que M. Landry prenne le risque de soumettre son leadership à un vote de confiance lors du congrès de 2005. Il attend simplement son heure, c'est-à-dire le moment où quelqu'un sera en mesure de bloquer le chemin à Mme Marois. Soit, ni elle, ni M. Legault ne lui paraissent dignes de lui succéder, mais il sait très bien qu'à eux deux, ils disposent de suffisamment d'appuis pour lui infliger une cruelle humiliation.

Aucun des deux ne pouvant se permettre d'être moins souverainiste que l'autre, on assiste depuis le 14 avril à une surenchère qui devrait normalement permettre de nettoyer l'article 1 de toutes les impuretés qui l'ont terni au fil des ans.

En 1995, Jacques Parizeau avait accepté à contrecoeur d'annexer à la souveraineté un partenariat auquel il ne croyait pas. Aujourd'hui, les aspirants à la direction du PQ proposent de larguer un partenariat qu'ils avaient toujours cru indispensable pour recueillir une majorité de OUI. Il est vrai que ce parti n'est pas à un paradoxe près.

M. Legault en est aujourd'hui à promettre la tenue d'un référendum sur la souveraineté tout court dans les premiers mois qui suivraient une victoire du PQ, peu importe la conjoncture. On n'est plus très loin de l'élection référendaire. Allons, encore un petit effort, Mme Marois!

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Les «purs et durs» ont toujours considéré les «modérés» comme des pleutres. Dans le cas de Claude Morin, ses relations troubles avec la GRC en ont même convaincu plusieurs que l'étapisme était une stratégie que cet être maléfique avait imaginée pour saboter le projet souverainiste.

Plusieurs au PQ tiennent l'ex-député de Montmorency, Jean-François Simard, pour un opportuniste, plus soucieux de promouvoir sa carrière que la souveraineté. Il faut néanmoins un certain courage pour se porter à la défense du partenariat, ces temps-ci. Remarquez, ça ne l'empêche pas d'appuyer François Legault...

Dans un texte publié récemment dans La Presse sous un titre imprécatoire, S'ouvrir ou périr, M. Simard écrivait que cet empressement de liquider le partenariat était l'indice d'un «malaise profond au sein du PQ», qui n'aurait rien appris de sa défaite du 14 avril dernier.

Selon lui, le message du 14 avril était précisément que «les Québécois en ont assez des positions politiques ex cathedra qui ressemblent à des bulles papales». Cette radicalisation du discours péquiste «ne correspond pas aux ambitions des Québécois» et risque de «marginaliser davantage le mouvement souverainiste».

Chaque fois que l'occasion se présente, Claude Morin s'empresse d'y aller de sa suggestion d'un référendum qui porterait sur une proposition globale énumérant une série de modifications — totalement irrecevables à Ottawa et dans le reste du pays — à apporter à la constitution canadienne.

M. Morin devrait peut-être songer à un publier sous un autre nom, tellement sa signature condamne à l'avance toute proposition qu'il puisse faire au PQ. De tous les scénarios qu'on puisse imaginer, c'est certainement celui qui poserait le plus sérieux problème à Jean Charest. Du coup, c'est lui qui se trouverait menotté.

Le premier ministre n'a cependant pas à s'inquiéter. Condamné à jouer le tout pour le tout, le PQ n'en a pas encore fini avec les «conditions perdantes». Le Québec non plus.

mdavid@ledevoir.com