La méthode Charest

Par définition, la lune de miel est un concept qui s’applique difficilement aux gouvernements minoritaires. Les lendemains de leur élection se caractérisent rarement par une grande popularité, même si les choses peuvent s’améliorer par la suite.

À peine deux mois après avoir été réélu de justesse avec 33 % du vote le 26 mars 2007, le PLQ, doublé par l’ADQ et le PQ, avait déjà perdu cinq points et près des deux tiers des Québécois se disaient insatisfaits du gouvernement de Jean Charest.


Même chez les libéraux, on conjecturait déjà sur sa succession. Ragaillardi par l’arrivée de Pauline Marois, le « nouveau PQ » semblait renaître de ses cendres. Mario Dumont, qui se voyait déjà premier ministre, menaçait de renverser le gouvernement à la première occasion. Personne n’aurait parié que cinq autres années de pouvoir attendaient le PLQ.


Selon le dernier sondage Léger Marketing-QMI, le taux d’insatisfaction à l’endroit du gouvernement Marois est de 56 %, mais les intentions de vote en faveur du PQ se maintiennent à 32 %, soit exactement le même niveau qu’aux dernières élections.


On n’a pas apprécié la façon dont le dossier de la taxe santé a été géré, mais 61 % des personnes interrogées ont dit approuver le « compromis » proposé par Nicolas Marceau. En mai 2007, 71 % auraient préféré renoncer à une baisse d’impôt de 950 millions pour les investir plutôt dans la santé et l’éducation.


En comparaison, la situation actuelle du PQ n’a donc rien de désastreux. Même avec Philippe Couillard à sa tête, le PLQ progresserait d’à peine deux points par rapport au 4 septembre. C’est sans doute mieux que d’en perdre, comme ce serait le cas avec ses deux principaux rivaux, mais cela demeure très modeste, compte tenu des débuts chaotiques du gouvernement Marois.


***


Il va de soi que la nouvelle première ministre devra discipliner son Conseil des ministres, qui a pris des allures de basse-cour. Nettement plus expérimenté, le cabinet Charest de 2007 ne s’était pas abandonné à une telle cacophonie.


C’est cependant en montrant patte blanche que M. Charest avait réussi le rarissime exploit de retrouver une majorité parlementaire après l’avoir perdue. Après avoir multiplié les irritants lors de son premier mandat, il les avait systématiquement éliminés durant le deuxième. On avait même découvert un « nouveau Charest », plus détendu, qui savait écouter la population.


Sa première initiative significative avait été l’annulation de la vente du mont Orford, prélude à un spectaculaire virage vert. Les parents souhaitaient un retour au bulletin chiffré ? Pas de problème. Du jour au lendemain, l’apôtre de la réingénierie de l’État s’était métamorphosé en défenseur du modèle québécois. Le rapport commandé à Claude Castonguay a été vivement tabletté pour permettre au gouvernement Charest de se faire le champion d’un système de santé à une seule vitesse.


Il se permettait même des incursions sur le terrain identitaire. Le moment était venu pour le Québec de se doter d’une constitution, disait Benoit Pelletier. Le premier ministre lui-même promettait de redonner au français sa prééminence dans l’espace public. En six mois, le PLQ avait repris la première place dans les sondages.


***


Il ne sert à rien aux ministres péquistes de réfléchir tout haut à ce qu’ils feraient s’ils faisaient partie d’un gouvernement majoritaire, qu’il s’agisse du financement des écoles privées ou encore de l’extension de la loi 101 aux garderies. Pourquoi payer inutilement un prix politique pour des batailles impossibles à gagner ? Vaut-il vraiment la peine de faire un baroud d’honneur sur la question du cégep ? Pour le moment, l’objectif devrait plutôt être de faire en sorte de s’assurer une majorité qui permettra éventuellement d’y revenir dans des conditions gagnantes.


Bien entendu, cela exige un minimum de discipline, non seulement au Conseil des ministres, mais également au PQ. Il est sans doute enrageant pour un militant souverainiste de voir Pauline Marois roucouler aux côtés d’un Stephen Harper triomphant au Sommet de la Francophonie, mais s’époumoner à réclamer de nouveaux pouvoirs sans avoir le moindre rapport de force ne pourrait qu’amener la population à conclure qu’on veut simplement la chicane.


Prendre exemple sur Jean Charest pourra en gêner certains, mais pragmatisme et compromission ne sont pas nécessairement synonymes, même si l’expérience des dernières années autorise cette confusion.


Tout cela suppose évidemment qu’on fasse minimalement confiance à Mme Marois. Il serait dommage qu’elle se sente obligée de prendre des initiatives malheureuses simplement pour démontrer la vigueur de sa foi souverainiste.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

28 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 20 octobre 2012 01 h 22

    Les deux Charest

    Il est vrai que, jusqu'ici, certains ministres péquistes ont peut-être un peu vite oublié que leur gouvernement était minoritaire, d'oû l'importance pour la nouvelle PM de leur rappeler que c'est elle qui mène et qui parle ! Il faut ajouter toutefois que, depuis que Mme Marois a formé son cabinet, plusieurs journalistes ne lui ont guère laissé de répit.

    Quant au gouvernement - lui aussi minoritaire - de Jean Charest élu en mars 2007, je m'en souviens très bien. Notre ancien PM avait alors tellement changé - et pour le mieux ! - que je commençais à lui trouver des qualités. Cependant, bien entendu, cela était trop beau pour durer. Le naturel (notamment son l'arrogance) est revenu rapidement au galop quand les libéraux ont été réélus -même avec courte majorité - en décembre 2008 !

    • Solange Bolduc - Inscrite 20 octobre 2012 09 h 22

      Vous dites : "Il faut ajouter toutefois que, depuis que Mme Marois a formé son cabinet, plusieurs journalistes ne lui ont guère laissé de répit."

      Comme à tous les jeudis, Mme Galipeau reçoit les mêmes journalistes, dont Michel David, après le téléjournal pour analyser l'actualité politique. J'ai été surprise quand la journaliste (Tania???) a dit que Mme Marois n'était quand même pas au gouvernemenent depuis longtemps, ce qui voulait dire qu'il fallait lui laisser une chance.

      On aurait pu s'attendre à une telle compréhension et même logique de la part de Mme Frulla, hélas, ce n'est pas dans ses cordes sensibles d'être honnête quand il s'agit de parler du PQ !

    • Normand Carrier - Inscrit 20 octobre 2012 11 h 04

      Bonne intervention madame Bolduc car tous ont remarqué que Tasha , Anne et Michel David ont fait des analyses objectives sans partisanneries contrairement a Lisa Frulla qui est demeurée au niveau de la basse partisannerie ce qui démontre chez elle une grande frustration suite aux révélations de la commission Charbonneau qui éclabousse ses petits amis ....

    • Solange Bolduc - Inscrite 20 octobre 2012 17 h 24

      Merci M. Carrier de m'avoir rappelé le nom oublié de la journaliste Tasha que je trouve fort sympathique d'ailleurs et très juste dans ses propos ! Elle a un personnalité très singulière !

    • Sabrina David - Abonnée 21 octobre 2012 00 h 15

      Son nom complet est Tasha Kheiriddin.

      Elle n'est pas journaliste, mais commentatrice politique représent la mouvance conservatrice fiscale avec, toutefois, un sensibilité à l'égard du conservatisme sociale.

      http://fullcomment.nationalpost.com/author/tashakh

    • Solange Bolduc - Inscrite 21 octobre 2012 10 h 42

      Merci, Mme Sabrina David, pour votre mise au point !

    • Laurier Boivin - Inscrit 21 octobre 2012 15 h 20

      Lorsque Tasha Kheiriddin est pasée à "tout le monde en pale" le printemps dernier, cette dernnière n'a pas cessé d'abaisser le mouvement souverainiste québécois à chaque fois qu'elle en avait l'occasion durant l'émission. En un mot, du qubécois "bashing" de sa part. Et souvent, cette dame, après avoir lâché son fiel, a l'habitude de nous faire un petit compliment pour essayer de se rendre sympathique. Cela ressemble à de l'hypocrisie, n'est-ce-pas?

      L.Boivin, Longueuil

  • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2012 06 h 46

    Pourquoi élit-on un gouvernement?

    Un gouvernement doit-il agir en fonction des besoins de la population ou doit-il agir en fonction de sa ré-élection?
    Un gouvernement minoritaire doit-il prendre les meilleures décisions
    pour la gouverne de l'état ou doit-il prendre les décisions qui l'aideront à se faire ré-élire?
    De bonnes et justes décisions ne sont-elles pas préférables à des décisions mi-figue mi-raisin pour falatter l'électorat?
    En toutes circonstances ne vaut-il pas mieux faire la bonne chose que de faire une chose à moitié qui devra être refaite à plus grands coûts plus tard?
    Ce qui manque le plus en démocratie: sincérité et congruence.

  • Normand Carrier - Inscrit 20 octobre 2012 06 h 55

    Savoir jouer ses atouts en politique .....

    Cette fois , monsieur David a raison et ses conseils sont tout a fait appropriés et aucun propos négatif ne vient teinter sa chronique ....Le gouvernement de madame Marois est minoritaire et elle devra jouer ses atouts et ils sont plus nombreux que l'on croit et réaliser tout ce qui est possible en prenant des partis de programme des oppositions si nécessaires pour passer ses propres projets de loi ....
    Contrairement au gouvernement minoritaire de Jean Charest qui avait beaucoup promis sur la langue francaise , la ré-ingénierie , la nouvelle constitution du Québec lorsqu'il promettait mer et monde , le PQ devra réaliser ses intentions s'il devient majoritaire car l'exemple de Jean Charest est a tout point de vue une catastrophe et un exemple a ne pas suivre .......
    A la lumière des révélations embarrassantes pour le gouvernement de Jean Charest a la commission Charbonneau et au rythme ou des ministres , organisateurs , collecteurs de fonds et travailleurs d'élection sont éclaboussés a chaque semaine , il est prévisible que les libéraux ne soit aucunement en mesure d'être le déclencheur d'une élection a court et moyen terme et que le gouvernement de madame Marois jouisse d'une période beaucoup plus longue que prévue et qu'elle choisisse la date du prochain scrutin ......
    Madame Marois doit bien choisir ses combats et ses priorités , capitaliser sur les événements et jouer tous ses atouts ...

    • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 20 octobre 2012 20 h 24

      Exemple: Prendre la proposition de la CAQ de réduire les dépenses électorales qui sont de 11 millions maximum par partis pour les associer au 100 dollars par citoyens et le financement public du PQ. Réduire les dépenses d'élections de 11 millions à 7 millions ne pourra que tarir la source de l'argent sale.

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 octobre 2012 07 h 07

    Étonnant, même "enrageant...

    "...voir Pauline Marois roucouler aux côtés d’un Stephen Harper triomphant..." C'est étonnant pour certains et même "enrageant" pour d'autres, comme l'écrit le chroniqueur.

    Sans doute, fallait-il être poli, mais pour une personne convaicue de la justesse de sa cause, l'occasion aurait été bonne de présenter calmement les principales réclamations de ce nouveau gouvernement qui ne se cache pas d'être indépendantiste.

    • Lucien Cimon - Inscrit 20 octobre 2012 09 h 58

      Monsieur Paquet, je vous trouve bien courageux quand il s'agit de pousser quelqu'un dans le dos lorsqu'il est devant un gouffre.
      Continuez votre beau travail!
      Lucien Cimon

    • Catherine Paquet - Abonnée 20 octobre 2012 14 h 59

      M. Cimon,
      Vous n'avez pas bien vu. Ce n'est pas devant un gouffre que se trouve Pauline Marois, mais plutôt devant un défi qu'elle hésite à aborder.

    • Solange Bolduc - Inscrite 21 octobre 2012 10 h 48

      @ Georges Paquet

      Je ne vois pas comment vous pouvez voir que Mme Marois hésite devant le défi que, soi-disant, elle hésiterait à aborder! Vous êtes sûrement dans le secret des dieux !

      ÇA fait même pas encore un mois qu'elle a pris les rênes du pouvoir !

      On parle vraiment pour ne rien dire !! Désolant!

    • Catherine Paquet - Abonnée 21 octobre 2012 18 h 32

      Solange Bolduc,
      Si vous ne voulez pas écrire pour ne rien dire, relisez donc la chronique de Michel David, et vous constaterez que Mme Marois a manqué une bonne occasion de proposer des transferts de responsabilités à Stephen Harper. Ce qui aux yeux de plusieurs représente un défi pour tout gouvernement québécois. Meilleure chance la prochaine fois...

    • Solange Bolduc - Inscrite 21 octobre 2012 22 h 26

      M. Paquet, Mme Marois était au Sommet.. non pas pour négocier quelle qu'entente que ce soit, mais pour, dans un premier temps, faire de la diplomatie ! C'est aussi ça le jeu politique !

      Pour le reste, laissons le temps au temps!

      Et je vous ferai remarquer que si je n'ai rien à dire, je me tais...C'est dans ma nature d'être passionnée, non d'être superficielle, juste pour dire quoi !!

      Je m'intéresse susffisamment à la politique, et à bien d'autres choses pour être mne mesure de donner mon opinion sur les politiciens qui nous gouvernent!

      Et je vous ferai remarquer que je n'attends pas seulement l'opinion de M. David, aussi compétent soit-il, et que je respecte, pour me faire une opinion sur l'action politicienne ! J'ai ma personnalité, il a la sienne!

  • Jean Lapointe - Abonné 20 octobre 2012 08 h 30

    A propos de la satisfaction


    Il me semble qu'il est invitable qu'on ne soit pas pas satisfait de ce que fait un gouvernement.

    Affirmer qu'on l'est est-ce que cela ne veut pas dire qu'on lui fait une confiance aveugle? Ce qui fait que si le taux de satisfaction est très élevé cela peut tout simplement vouloir dire que les gens n'ont pas beaucoup de sens critique et qu'ils sont prêts à tout accepter de sa part.

    Et répondre qu'on n'est pas satisfait de ce qu' un gouvernement fait ne veut pas nécessairement dire qu'on est contre ce gouvernement-là. On peut tout simplement souhaiter que dans certains cas il agisse autrement.

    Bref, je trouve le terme «satisfaction» très vague et susceptible d'être interprété de plusieurs façons différentes et je trouve que tenter d'interpéter les résultats est très risqué étant donné qu'il est presque impossible de savoir ce que les données obtenues révèlent vraiment. Le terme utilisé je le trouve trop vague.

    En gros je trouve que beaucoup de gens spéculent à partir de données qui ne sont pas fiables et même très peu fiables.

    Quand il est question d'essayer de savoir si les gens sont satisfaits d'un produit de consommation quelconque, le terme «satisfaction» convient sans doute mais je ne pense pas qu'il convienne quand il s'agit de dire ce qu'on pense de ce que fait un gouvernement.

    Je me demande si tout cela ne serait pas à revoir pour éviter de spéculer dans le vide.