Pauline à l’Élysée

Je m’en confesse. Quand j’ai vu Pauline Marois s’avancer, le sourire aux lèvres, sur le perron de l’Élysée, tendant les mains au président François Hollande, j’ai eu une petite larme au coin de l’oeil. J’ai trouvé que c’était un bien beau moment pour toutes les Québécoises. La route a été longue et combien difficile souvent, mais la présence de Mme Marois sur le perron des photos officielles nous faisait réaliser que quoi qu’il arrive, ce moment demeurerait à jamais et que l’Histoire en témoignerait. Et dans ma tête, je me suis dit : « Tu vois, Marie-Louise, on l’a fait. »

J’ai pensé à toutes les Marie-Louise qui se sont battues, bien avant nous, pour simplement affirmer qu’elles existaient. À toutes celles qui ont crié leur désir de participer à la vie citoyenne et qui se sont heurtées à des murs d’incompréhension, quand ce n’était pas carrément au mépris. Pour celles qui n’ont jamais accepté de plier l’échine et qui n’ont jamais voulu accepter cet idéal qu’on leur tendait, être « la moitié » d’un être humain, la présence de Madame Marois dans son rôle de première ministre des Québécois et des Québécoises était une grande victoire. Pour tous.


J’ai essayé d’imaginer ce qu’elle vivait elle-même à ce moment-là. C’est sûr qu’elle a dû penser : « Regarde maman… Regarde où ta fille est rendue ! » Parce que je sais qu’elle a infiniment de respect pour cette dame qui est sa mère et qui l’a soutenue à travers le temps. Elle a dû penser à sa fille Catherine aussi. Quant aux autres, ça restera son secret, à moins qu’elle choisisse de le partager avec nous. Ce qu’elle pourrait faire, un de ces soirs, à la télé, dans son premier discours à la nation qui serait bien plus touchant qu’un discours sur l’économie par exemple.


Et puis, un petit rendez-vous comme celui-là nous changerait du pelletage de boue auquel nous sommes exposés jour après jour à la commission Charbonneau, et qui ne fait rien pour nous remonter le moral.


Elle pourrait aussi en profiter pour nous expliquer que c’est aussi difficile pour elle de renoncer à certaines promesses qu’elle avait faites durant la campagne électorale que ça l’est pour nous, mais que le cadeau que les libéraux lui ont laissé dans le domaine des finances publiques ne lui permet pas une grande marge de manoeuvre, sans compter que son statut de gouvernement minoritaire n’est pas de tout repos.


Comment survivre, en effet, avec deux oppositions qui ont bien l’intention de faire baver les péquistes au pouvoir dans le but de reprendre du poil de la bête ? Elles savent fort bien qu’une autre élection, si tôt après celle de septembre, soulèverait de la mauvaise humeur dans la population, mais libéraux comme caquistes n’hésiteraient pas à empêcher le nouveau gouvernement de mener ses projets à bon port, en faisant tout pour le disqualifier du pouvoir. Pas simple cette situation quand il y a tant à faire et que le Québec a tellement besoin de se remettre en marche. Il faudra le doigté d’un pianiste de concert.


Des journalistes ont ironisé en disant que le gouvernement Marois était hésitant, qu’il lançait des ballons avec le seul objectif de savoir jusqu’où il pouvait aller et qui le soutiendrait. Ça surprend ceux qui ne connaissent pas bien Madame Marois, qui n’est pas une « casseuse de vaisselle ». Elle sait négocier, faire des concessions si c’est nécessaire, trouver des accommodements, mais elle est aussi très tenace et elle ne renonce jamais. Elle a des objectifs et elle y arrivera. Elle a aussi du souffle et peu importe le temps qu’il faudra, un jour elle pourra dire : « Mission accomplie. »


Ce qui explique aussi son comportement à Kinshasa avant son arrêt à Paris. Tout sourire avec Stephen Harper, elle a pris bien soin de laisser la porte ouverte pour permettre une communication plus rentable et plus franche avec Ottawa dans les mois à venir. Pas de guerre ouverte, mais des demandes justifiées, bien préparées, jusqu’à ce que le moment soit venu de prendre nos distances. Pas de comportement agressif, pas de silence assourdissant comme avec Jean Charest, mais plutôt une première ministre responsable qui prépare la voie à l’épanouissement d’un peuple fier qui attend sa prise en mains de toutes ses décisions. Il est sûr que le Québec a repris sa marche vers son avenir.


Qu’il prenne le temps de sélectionner les bonnes décisions, c’est un plus. Il a chaussé des bottes de sept lieues le 4 septembre dernier. Il réoriente ses priorités. Il est normal que ça grince un peu, car l’immobilisme libéral avait permis à la rouille de s’installer. Il faut bien huiler le tout, faire le ménage dans les rouages de la corruption et repartir d’un pas plus sûr vers un avenir qui nous ressemble bien davantage. C’est le début d’un temps nouveau…

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40 commentaires
  • jacques lecuyer - Inscrit 19 octobre 2012 00 h 08

    bravo

    Merci Madame de nous donner espoir.

  • Caroline Hamel - Inscrite 19 octobre 2012 06 h 12

    Tout simplement, Merci :)

    Très beau billet, une fois de plus. Vous lire et vous entendre est un plaisir, et franchement, très inspirant. Bonne journée à vous, Madame Payette, et encore merci.

  • Catherine Paquet - Abonnée 19 octobre 2012 06 h 32

    Et un jour...

    ... comme plusieurs de ses ami(e)s indépendantistes des premiers jours, Mme Payette réalisera et déclarera qu'aucun des chefs péquistes, à commencer par le premier, n'ont été de vrais indépendantistes. Ls rêves ont rarement dépassé l'exercice du Pouvoir.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 19 octobre 2012 08 h 13

      Il y a les travailleurs acharnés, ceux qui persévèrent malgré les difficultés et qui gardent le cap. Et il y a les éternels pessimistes réalistes sceptiques briseurs de l'espoir d'une société meilleure, cet espoir qui nous garde vivants, car sans lui, tout ce qui nous resterait, ce serait la course à l'argent.

      M. Paquet, il y a ceux qui annoncent que les rêves ne se réalisent jamais et il y a ceux qui ont commencé à lutter contre le nucléaire au Québec, il y a plus de trente ans, et qui aujourd'hui peuvent dire mission accomplie. À l'époque, vous les auriez certainement qualifiés de rêveurs.

      You might say I'm a dreamer, but I'm not the only one.
      John Lennon

    • Réjean Grenier - Inscrit 19 octobre 2012 11 h 30

      Quand, dans des blogues, je vois sortir le de George Paquet, je me dis: qu'est-ce que ce fédéraliste-défaitiste

      Paquet, je me dis qu'est-ce que ce fédéraliste
      défaitiste va nous pondre de négatif ce matin.

      Ce matin il erre, il est à côté de la plaque, parce
      que mon cher Paquet, tout les gouvernements
      du PQ ont été de vrais indépendantistes.

      Si, en 95, Parizeau, est passez à un poil de réussir, ce sont des gars comme vous, comme
      les anglais non intégrés, les nouveaux arrivants
      qui ne veulent pas s'intégrer à la majorité et
      bien sûr le capital-argent venant de partout mais
      surtout du fédéral de la façon la plus illégale

      Et la dessus, Georges Paquet, vous ne pourrai jamais dire que je n'ai pas sraison.


      Malgré vous et vos semblables, un jour, le Québec
      sera souverain.

      Voilà.

      Réjean Grenier

  • Chantale Desjardins - Inscrite 19 octobre 2012 07 h 46

    Pourquoi Pauline

    Pourquoi appeler la première ministre par son prénom. On ne le ferait pas pour un homme car M. Charest, on ne le désignait pas par son prénom. Venant d'une femme comme vous Madame Payette, c'est inadmissible.

    • France Marcotte - Abonnée 19 octobre 2012 09 h 10

      Ça c'est vraiment chercher la petite bête plutôt que de voir le propos.

      Madame Payette connaît de près madame Marois, on le sait quand on la lit souvent.

    • Francine Lavoie - Abonnée 19 octobre 2012 09 h 33

      J'ai remarqué aussi que les admirateurs de Françoise David, et ils sont nombreux, l'appellent affectueusement Françoise.

      Et je préfère Pauline à cette expression méprisante qu'on lit parfois hélas, dans certains réseaux sociaux, «la Marois».

    • Solange Bolduc - Inscrite 19 octobre 2012 09 h 35

      Vous ne saviez pas encore, Mme Desjardins, que Mme Payette avait travaillé avec Mme Marois quand le PQ était au pouvoir, et qu'elles se connaissent, semble-t-il, assez bien pour se permettre de l'appeler "Pauline" ?

      Votre remarquable me paraît assez désobligeante, c'est le moins que je puisse me permettre de dire, et surtout de faire la comparaison avec Charest , dans les circonstances !?

      Vous cherchez noise à Mme Payette qui reconnaît les qualités de Mme Marois? Vous ne sauriez donc quoi inventer pour discréditer son opinion ? Un peu de générosité n'a jamais fait de mal à personne !

    • Jacques Pruneau - Inscrit 19 octobre 2012 09 h 36

      Allons donc! Nous avons fustigés John James durant des années, sans la moindre affection dois-je le préciser, alors que Pauline, c'est Pauline!

      Il ne faut y voir aucun manque de respect, bien au contraire.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 octobre 2012 12 h 33

      Vous êtes sans doute trop jeune pour vous souvenir de Danny Boy (Daniel Johnson père)!

    • Patrick Lépine - Inscrit 19 octobre 2012 12 h 41

      Parce que ma chère dame, les fédéralistes la désigne déjà sous le sobriquet affectueux de "Popo"...

      Et qu'entres ex-ministres de gouvernements du Parti Québecois qui partagent des idéaux communs, on peut sans gène se tutoyer...

    • Claude Champagne - Inscrit 19 octobre 2012 14 h 55

      Oh! les transports s.v.p un peu de jugement. Il y avait pas un certain René Lévesque que le peuple appelait amicalement et avec respect "ptit poil". Une expérience personnelle, M. Lévesque alors en visite dans mon patelin, quelques-uns l'ont salué "ptit poil" et M. Lévesque en riait. Cela ne le pas empêcher de devenir très populaire même encore aujourd'hui.

    • Laurent Desbois - Inscrit 23 octobre 2012 13 h 15

      Moi Charest... je l'appelle John-James, sans problême... et tout le monde, des deux bords de la cloture, sait de qui je parle!!! ;)))

  • Martin Dubois - Inscrit 19 octobre 2012 07 h 52

    Bravo!

    Merci madame Payette de nous inspirer. Un temps nouveau est arrivé, et l'immobilisme est enfin derrière nous.