Le Vieux-Québec a le Feu sacré

Si le restaurant Feu sacré s’affiche comme un steakhouse, la carte propose aussi une belle variété de gibier, poissons et fruits de mer.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Si le restaurant Feu sacré s’affiche comme un steakhouse, la carte propose aussi une belle variété de gibier, poissons et fruits de mer.

Notre nouvelle collaboratrice Catherine Ferland entreprend aujourd’hui sa première critique de restaurants à Québec. Historienne spécialiste de l’histoire culturelle québécoise, conférencière et auteure, son ouvrage Bacchus en Canada. Boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France (Septentrion) a mérité la quatrième place dans la catégorie «Best Drink History Book in the World» aux Gourmand World Cookbook Awards en 2010.

Québec — Par une splendide journée d’automne, nos pas nous ont conduits sur la rue Saint-Louis, au coeur de l’arrondissement historique du Vieux-Québec, jusqu’à un chaleureux restaurant. En franchissant la porte de l’établissement, nous sommes immédiatement séduits par l’ambiance cossue du lieu. Un bon feu flambe dans le foyer. « Bienvenue au Feu sacré », dit le serveur d’un ton enjoué en nous proposant une table.


Ouvert depuis 2008, le Feu sacré présente un heureux amalgame d’ancien et de contemporain. Tandis que les sièges de cuir, les bois de cervidés et les armes antiques ornant les murs de pierre constituent un vibrant rappel de l’historicité du quartier, des éléments résolument modernes assurent un équilibre, tels que la musique lounge, les revêtements de comptoir en inox et l’écran plasma qui, discret, trône au-dessus du bar où s’alignent les bouteilles d’alcool et de spiritueux. Ça nous plaît. Voyons si le menu sera à l’avenant!

 

Le gibier à l’honneur


Si le restaurant s’affiche comme un steak house dont la réputation repose sur ses coupes de boeuf AAA, la carte propose aussi une belle variété de gibier, poissons et fruits de mer, tant en entrées qu’en plats principaux. Les produits locaux sont à l’honneur, ce qui satisfait mon vif intérêt pour le terroir québécois. Après quelques tergiversations, nous fixons nos options.


Nous en profitons aussi pour choisir à boire. La carte est modeste mais propose une belle sélection de vins, dont plusieurs en importation privée. Le serveur se fait un plaisir de nous conseiller, lui qui est responsable de l’achat des vins pour le restaurant. Sur sa recommandation, nous choisissons un vin au nom prédestiné, le Steak House 2009, un cabernet sauvignon de Columbia Valley qui, après un bref séjour en carafe, se révèle excellent.


Les entrées arrivent sur la table. Mon compagnon a opté pour une terrine de cerf avec une mousse de pintade et cerise noire. Le tout est servi avec une verdurette, des oignons confits et quelques croûtons. La texture de la terrine est parfaite et l’assaisonnement, loin de camoufler la saveur du cerf, la met au contraire en valeur.


Pour ma part, j’ai choisi les pétoncles au chorizo, déposés sur un filet de sauce au safran et d’huile de ciboulette. La portion est idéale : je me régale de mes trois pétoncles dont la surface saisie, légèrement croustillante, offre un contraste très agréable avec le centre moelleux et goûteux. Les notes de safran rehaussent favorablement l’ensemble. Si le vin se mariait parfaitement à l’entrée de viande boisée de mon compagnon, il s’avère cependant un peu corsé pour les pétoncles, mais les tranches de chorizo donnent le change.


En guise d’entremets, le serveur apporte une crème de zucchini dont l’arôme annonce la qualité. Elle s’avère bien équilibrée, avec une saveur subtile de noisette et juste ce qu’il faut de sel. Jusqu’à présent, nous sommes très satisfaits de la cuisine du chef Daniel Pelletier.


Viennent nos assiettes principales. Ayant à me décider entre tous les choix appétissants qui se présentaient à nous, j’avais jeté mon dévolu sur le carré de wapiti d’élevage… qui s’avère une viande si juteuse et goûteuse qu’elle n’a nul besoin de sauce! Le wapiti, précise le serveur, provient de la Ferme Petite Campagne à Rimouski. Mon cervidé délicatement mitonné est servi avec des frites maison et des légumes du marché : carottes, haricots verts, betterave, pâtisson.


Plus classique dans ses choix, mon voisin a préféré le steak Boston AAA avec son accompagnement de légumes du marché, purée de pommes de terre au fromage Blackburn et sauce au scotch 10 ans. Nous saisissons alors pourquoi la renommée de ce restaurant s’est édifiée sur sa maîtrise du gril : la viande est tout simplement parfaite. La purée est excellente, la note fromagée lui apportant le caractère requis pour s’accorder au steak et à sa sauce, quoique la texture n’en soit pas suffisamment lisse à mon goût.

 

Sur une note sucrée


Tandis que le serveur repart en cuisine, emportant nos assiettes délestées de leur contenu, nous prenons le temps d’observer tout autour. Les places se sont progressivement remplies, pour la plupart de couples et de quelques petits groupes de congressistes. Fait à noter: les tables bien espacées procurent beaucoup d’intimité à ces nombreux noyaux de convives, permettant de respecter la «bulle» des clients tout en facilitant les déplacements du personnel. En est-il de même au Feu sacré bistro grill, la version bistro ouverte il y a peu de temps par la même équipe, sur la Grande-Allée? On verra prochainement.


Oui, nous prendrons du café. Aurons-nous suffisamment faim pour prendre l’un des desserts faits sur place par le chef? Le choix est si tentant que nous nous inclinons devant la gourmandise. J’opte pour le gâteau au fromage New York qui me fait de l’oeil. Je ne suis pas déçue : accompagné d’un coulis de petits fruits du Québec et d’un biscuit de sucre d’érable filé, ses notes citronnées viennent clore très agréablement ce splendide repas.


Mon compagnon choisit un dessert bien de chez nous, une croustade aux pommes accompagnée de crème glacée maison aromatisée à la vanille - le restaurant en propose aussi une version à l’érable. La texture est moelleuse, l’ensemble n’est pas trop sucré et la muscade s’avère plus présente que la cannelle, ce qui est loin de me déplaire. Nous aurons finalement passé deux heures et demie dans l’ambiance réconfortante du Feu sacré.


Plus: l’art de la grillade parfaitement maîtrisé, un délai idéal entre chacun des services pour donner le temps à la conversation.

Moins: peu de choix végétariens.


Notre repas, incluant les taxes, mais sans le service: 171 $.

 

 

Collaboratrice

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