La politique fantôme

Dans la mesure où l’on n’exigeait pas de lui qu’il sache parler anglais ou toute autre langue que le français, il ne lui appartenait pas d’interpréter la façon dont la Charte de la langue française devrait être appliquée dans le métro.


Il tombe sous le sens qu’un employé de la STM doit s’abstenir de toute discrimination, mais cette affirmation de principe ne précise en rien jusqu’où doit aller concrètement le droit à des services bilingues dans une ville où la francisation des immigrants demeure problématique. Aussi aberrant que cela puisse paraître, la plus grande ville française en Amérique du Nord n’a pas de politique linguistique officielle.


La loi 170 sur les fusions municipales, adoptée en décembre 2000, avait confirmé le statut français de Montréal, mais il restait à préciser quelle place serait faite à l’anglais, qui était désormais la langue maternelle de 17 % des Montréalais, sans parler de tous ceux qui l’avaient adoptée.


L’administration du maire Tremblay marchait sur des oeufs. Les anciennes municipalités de l’ouest de l’île ayant voté massivement pour son parti en novembre 2001, le syndicat des professionnels municipaux et les groupes nationalistes craignaient une bilinguisation systématique de la métropole. La ministre responsable de la loi 101 dans le gouvernement Landry, Diane Lemieux, avait averti qu’elle serait vigilante.


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Après la victoire libérale d’avril 2003 et les référendums sur les défusions, le projet de politique linguistique a pris le chemin des oubliettes. Lors de la campagne municipale de 2009, le Mouvement Montréal français s’est enquis de la situation auprès de chaque candidat à la mairie. Réponse de M. Tremblay : « La politique linguistique de la Ville de Montréal est en cours de préparation […] La politique pourrait être présentée au début du prochain mandat. » On l’attend toujours.


Il est vrai que le maire a bien d’autres chats à fouetter, mais il est clair que personne n’a envie d’ouvrir cette boîte de Pandore. Montréal n’est pas un organisme reconnu comme bilingue par la loi 101, mais l’histoire a un poids. Entre la courtoisie et la complaisance coupable, la limite n’est pas toujours facile à fixer.


Contre toute attente, le gouvernement Charest a fait mine de réactiver le dossier en 2010. Pour faire mieux accepter la légalisation des écoles passerelles, le projet de loi 103 prévoyait d’ajouter à la Charte de la langue française un nouveau chapitre intitulé « Les politiques linguistiques des organismes municipaux ».


On y stipulait que le gouvernement pouvait forcer une municipalité à « se doter d’une politique relative à l’emploi et à la qualité de la langue française dans ses activités » et à en faire périodiquement rapport à l’Office québécois de la langue française.


« En plus de préciser les moyens pris pour reconnaître à la langue française une place privilégiée dans ses activités, la politique linguistique d’un organisme municipal doit bien marquer le fait que le français est la langue officielle du Québec, la langue normale et habituelle de l’espace public, ainsi qu’un instrument essentiel de cohésion sociale », ajoutait un autre article.


Il était même prévu de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour y inclure l’article suivant : « Les droits et libertés énoncés dans la présente Charte sont interprétés en tenant compte du fait que le français est la langue officielle du Québec et de l’importance d’en assurer la pérennité. »


La communauté anglophone a très mal réagi, et ces dispositions ont disparu dans la version du projet de loi sur les écoles passerelles qui a finalement été adoptée. On n’en a plus jamais entendu parler.


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La semaine dernière, à Kinshasa, le nouveau ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, a déclaré que le français était en perte de vitesse à Montréal et que « l’évolution démographique laisse entrevoir un inéluctable déclin dans un proche avenir ».


Curieusement, la première ministre Marois n’a jamais évoqué la possibilité d’inclure dans sa « nouvelle loi 101 » l’obligation pour les municipalités de se doter d’une politique linguistique. Ni de modifier la Charte des droits et libertés de la personne pour renforcer le statut du français.


Il y a pourtant là une belle occasion. Les libéraux refusent catégoriquement d’étendre la loi 101 au cégep, mais ils pourraient difficilement s’opposer à des mesures qu’ils ont eux-mêmes proposées dans un passé récent. Gérard Deltell a beau dire qu’il faut cesser de voir l’anglais comme la langue de Lord Durham, la CAQ ne voudra sans doute pas être en reste.

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