C’est du sport! - Sept ans plus tard

La Ligue nationale de hockey poursuit sa déplorable et tout à fait déraisonnable enfilade de journées portes fermées, provoquant chez l’amateur professionnel des accès de neurasthénie délétères qui grèvent son capital santé ? C’est normal, mais qu’à cela ne tienne. Tirons profit du moment présent pour se raconter une belle histoire qui fait tout plein de bien dans la région générale en cet automnal week-end.

Il s’agit d’Adam Greenberg. Greenberg est un joueur de baseball catégorie voltigeur, qui a porté les couleurs des Tar Heels de North Carolina à l’université. En 2002, il est sélectionné au 9e tour par les Cubs de Chicago lors du repêchage amateur annuel des ligues majeures.


Après trois saisons et demie dans les mineures, Greenberg, âgé de 24 ans, fait partie des Diamond Jaxx de West Tennessee, alors filiale AA des Cubs, lorsqu’il est rappelé par le grand club le 7 juillet 2005. Le surlendemain, il est appelé à participer à son premier match dans les majeures alors que Chicago rend visite aux Marlins de la Floride à Miami.


En début de 9e manche en ce samedi 9 juillet, Greenberg se présente à la plaque comme frappeur suppléant. Il affronte le lanceur Valerio de los Santos. Le premier - le premier - tir de De los Santos est une balle rapide de 92milles à l’heure haute et à l’intérieur. Greenberg a à peine le temps de détourner la tête. Il reçoit le projectile à la base de son casque, qui vole dans les airs, et s’écroule. Le bruit de l’impact, à glacer le sang, se répercute à travers le stade. Étendu au sol, le joueur se tient la tête à deux mains, disant plus tard qu’il croyait que c’était la seule manière de « la garder en un seul morceau ». De los Santos, lui, racontera qu’il était certain sur le coup que Greenberg était mort.


Greenberg est aussitôt retiré du match. Dans les heures qui suivent, un diagnostic de commotion cérébrale est posé. Après quelques semaines de « guérison », lui qui a été renvoyé à West Tennessee tente un retour au jeu. Mais il a tôt fait de se rendre compte qu’il en est incapable. Les maux de tête continuent d’être longs et violents. Sa vision est floue par moments. Il souffre de vertiges. Sa campagne 2005 est bel et bien terminée.


L’année suivante, après qu’il eut connu un début de saison difficile, Greenberg est libéré par les Cubs. Une interminable traversée du désert s’amorce. Comme tant d’autres joueurs de balle, il traîne ses savates un peu partout dans les ligues mineures, trimballé d’une organisation à l’autre et tâtant du baseball indépendant.


S’il passera toute sa vie à se demander ce qui aurait pu advenir si, si De los Santos avait plutôt lancé une prise ce jour fatidique, si lui-même avait frappé un coup sûr, il reste que Greenberg, dans sa condition, est demeuré un joueur moyen. Et que l’espoir de retourner un jour dans les grandes ligues s’est effiloché à mesure que les années passaient.


C’était jusqu’à il y a quelques mois, quand le cinéaste chicagolaiset fervent partisan des Cubs Matt Liston a décidé d’agir pour envoyer promener le destin. Il a orchestré dans les Internets et dans la rue une campagne, baptisée One At Bat, visant à ce que les Cubs donnent une nouvelle chance, juste une, à Greenberg. Il a obtenu 20 000 signatures et l’appui de plusieurs joueurs. Mais les Cubs ont refusé.


Puis, il y a quelques jours, l’appel inattendu est venu de… Miami. Après entente avec le commissaire Bud Selig, les Marlins ont fait signer à Greenberg un contrat d’une journée. Et mardi dernier, en fin de 6e manche, le joueur de 31ans s’est présenté au marbre comme frappeur suppléant face aux Mets de New York.


Greenberg est arrivé au bâton alors que Dream On d’Aerosmith retentissait à fond la caisse. Pendant toute sa présence, la foule l’a ovationné. Il a été retiré sur trois prises consécutives, mais à son retour à l’abri, ses coéquipiers l’ont accueilli comme s’il venait de boucler un grand chelem.


Après le match, Greenberg a déclaré qu’il n’en revenait juste pas et qu’il espérait toujours recevoir une invitation à un camp d’entraînement le printemps prochain. The dream is on.

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