Les traces de nos motoneiges

Une étude norvégienne, publiée récemment sur le site Internet de la BBC, s’est penchée sur la réaction des rennes — le cousin européen de notre caribou — du sud de ce pays devant l’invasion croissante de leur habitat par les skieurs de fond et les amateurs de ski cerf-volant. Les skieurs qui pratiquent ce nouveau sport se font tirer par un cerf-volant. Voilà deux activités sportives en principe sensiblement moins agressantes et polluantes que la motoneige, qui domine notre environnement forestier hivernal.

L’étude norvégienne, publiée dans la revue Applied Animal Behavior Science, a pourtant démontré que les rennes fuyaient massivement les aires fréquentées par les amateurs de ski et de ski cerf-volant même s’il s’agit d’une activité silencieuse, qui ne rejette pas de contaminants atmosphériques comme les motoneiges. Mais elle constitue une pollution visuelle au sens strict puisqu’il s’agit d’un élément étranger majeur, introduit dans le milieu naturel.


L’étude a examiné les réactions des rennes à l’approche des skieurs et des amateurs de locomotion par cerf-volant. Les chercheurs ont noté que les rennes réduisaient de 7,5 % le temps consacré à leur alimentation quand le nombre de skieurs de fond atteignait 105 dans leur habitat. À ce niveau, les bêtes évacuaient complètement leur aire d’alimentation habituelle.


Mais le cas du cerf-volant est plus percutant. La réduction du temps consacré à l’alimentation atteignait 100 %, c.-à-d. que les bêtes cessaient complètement de s’alimenter, quand le nombre d’amateurs de ski cerf-volant atteignait 241, voyageant à une vitesse moyenne de 8,8 km/h. Le résultat était le même avec 111 sportifs voyageant en moyenne à 20 km/h. Et les réactions d’affolement étaient plus fréquentes, plus la taille du cerf-volant était importante, ce qui le rendait visible à de plus longues distances.


En conclusion, les chercheurs recommandent de limiter en milieux sauvages les aires de jeu de ces amateurs d’activités sportives dites « douces », voire présentées comme écologiques par plusieurs. Certes, diront plusieurs, ces activités se pratiquent chez nous surtout en milieu rural ou périurbain. Et nos steppes nordiques ne sont pas envahies par ce type de sportifs. Mais qu’en est-il de la motoneige, que viennent pratiquer chez nous les amateurs des provinces et États voisins ainsi que toute une gamme de pseudosportifs européens parce que pareilles activités polluantes sont interdites chez eux ?


Combien d’études avons-nous réalisées sur l’évolution des impacts fauniques, ponctuels et cumulatifs, de la motoneige sur les différentes espèces ? Il y en a plusieurs, qui démontrent que les grands cervidés fuient les pistes officielles et que les prédateurs profitent des pistes officieuses pour se déplacer plus rapidement aux dépens de leurs proies. Avons-nous une idée précise de la pollution des motoneiges sur les lacs où on autorise leur passage ou là où on autorise des courses qui concentrent en quelques jours une intense pollution aux hydrocarbures ? Et réfléchissons-nous aux raisons qui expliquent qu’on n’étudie pas ou si peu, ou avec peu de constance, ce phénomène ainsi que la croissance du parc des quads, qui prennent la relève des motoneiges en hiver maintenant ? Et qui dominent le paysage forestier en été ?


Peut-être avons-nous fait là, sous la pression d’intérêts particuliers, un choix de société implicite en omettant de nous poser ces questions qu’on se pose ailleurs ? Serait-il pertinent d’en débattre sur la foi d’études rigoureuses ?


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Des poissons qui rétrécissent? Ce n’est pas d’hier qu’on prévoit que le réchauffement du climat va altérer la faune maritime. Mais une étude du professeur William Cheung, de l’Université de Colombie-Britannique, prévoit que la taille des poissons devrait diminuer de 14 à 24 % en raison du réchauffement de l’eau. Les deux océans qui seraient les plus touchés seraient l’Atlantique et l’océan Indien.


Selon cette étude, qui s’est basée sur les prédictions du dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC-ONU), le réchauffement même léger des fonds marins va provoquer une baisse de leur niveau d’oxygène dissous. Cette baisse va engendrer une augmentation des fonctions métaboliques dans les poissons, ce qui se traduira par une perte de poids et de taille.


Les modélisations entreprises par ailleurs dans le cadre de cette étude confirment ce que d’autres chercheurs européens prévoient, soit une migration des espèces des mers plus au sud vers le nord à la recherche de températures plus fraîches. Ces migrations devraient s’opérer en moyenne au rythme de 36 km par année, ce qui est considéré comme un taux très important qui dépasse en réalité les prévisions antérieures.


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Lecture Oiseaux de proie du Québec et de l’est du Canada, par Marcel Harnois et Roger Turgeon, éditions Michel Quentin, 223 pages. Voilà un guide d’identification que j’attendais depuis longtemps, car j’ai toujours eu beaucoup de difficulté à identifier ces magnifiques prédateurs. L’atout de ce livre, c’est qu’il donne des outils pour identifier ces rapaces en vol ou au repos en plus d’être fort fidèle dans le rendu des couleurs. Un incontournable désormais.

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