Se faire bercer

Harold Dull, instigateur du watsu, en pleine méditation aquatique avec Joblo. Intimité, abandon, douceur complètent ce massage californien en eau chaude.
Photo: Source Josée Blanchette Harold Dull, instigateur du watsu, en pleine méditation aquatique avec Joblo. Intimité, abandon, douceur complètent ce massage californien en eau chaude.

Que nous ayons connu ou non les bras où se réfugier, l’amour inconditionnel où s’oublier, le silence qui pardonne, la consolation de l’épaule, le temple du maternage où se recueillent tous les meurtris de la terre, il demeure la nostalgie d’un lieu secret qui remonte à la nuit des temps. Tous les enfants le disent avec candeur et ne rêvent que d’y retourner jusqu’à l’âge de raison.

Dans le bercement d’un liquide tiède, quelque part entre l’amniotique et l’abandon, j’ai été initiée au massage watsu (water shiatsu) sous les étoiles de la Patagonie, il y a 12 ans, dans un bassin d’eau thermale chaude. J’avais fait 17 heures d’avion et quelques heures de route, sans compter les 5 heures de catamaran, pour expérimenter cette thérapie de l’âme et du corps sous d’autres cieux. Joël, un massothérapeute chilien qui maîtrisait le watsu, m’avait convaincue de le suivre jusqu’aux eaux de Puyuhuapi pour expérimenter ce rebirth de minuit.


Depuis ce voyage austral, j’ai renoué quelquefois avec le watsu au Québec, au spa d’Eastman, en Estrie, avec le même étonnement dubitatif. Comment ce tango aquatique peut-il toucher à la fois le fond et la forme, l’émotif, le mental et le physique ? Et vous faire dormir comme un bébé ?


Ce bain flottant assisté permet de plonger à l’intérieur de soi. Le watsu a des effets insoupçonnés, il est utilisé pour apaiser une variété de maux et d’états « paranormaux », troubles du sommeil, anxiété et stress, scoliose, fibromyalgie, mastectomie, douleurs chroniques, paraplégie, grossesse. Le massothérapeute en watsu assure une présence constante qui confine à l’intimité et à l’enveloppement, voire à la tendresse. « Plusieurs personnes n’ont jamais été prises ou entourées de façon inconditionnelle. Nous avons tous ce besoin et il n’y a pas seulement le sexe pour y arriver », confie de sa voix douce Harold Dull. L’initiateur de la méthode était de passage à Eastman cet automne pour enseigner le watsu à six massothérapeutes. Harold, une longue tige de 77 ans, vit près de San Francisco et voyage à travers le monde pour partager ses 35 années d’expérience dans l’eau. Cette vie en apesanteur, bercée par les clapotis de l’eau, a modifié les cellules de son être : « Jamais, avant, je ne m’étais senti « un » avec les autres. Le watsu abolit les frontières. »


De poète à… poésie en mouvement


Harold a vécu son premier massage shiatsu à 40 ans, au Japon. Il y a étudié le shiatsu zen (plus doux), puis s’est mis à l’enseigner dans les centres thermaux californiens. Rien ne prédisposait ce poète, qui a été formé en littérature à l’Université de Washington, prof d’anglais langue seconde et bohémien californien autoproclamé (selon ses termes), à devenir la figure paternelle d’une technique corporelle utilisée même en thérapie de couple… « La différence entre le watsu et le massage traditionnel, c’est l’absence de toucher. L’eau fait le travail. C’est très guérisseur. Et puis, on est porté, entouré. La plupart des gens ressentent la douceur [sweetness] de cette expérience. » Ils ressentent également cette intimité particulière, cette langueur, cet abandon corporel qui nécessitent un lâcher-prise dans l’eau.


« Certaines nationalités ont moins de mal avec ce type de proximité. Dans plusieurs pays, comme l’Italie, on se touche et on s’embrasse beaucoup. Ces gens répondent mieux. Les pays où les sources thermales abondent ont également plus de facilité avec le watsu ; c’est plus naturel », constate Harold. Le watsu s’est répandu en Allemagne, en Suisse, en Europe de l’Est, dans les spas surtout, mais aussi dans les bassins d’eau chaude employés en rééducation, dans les cliniques ou les hôpitaux. « Le plus important en watsu, insiste Harold, c’est la présence, libre d’intention, inconditionnelle. »


Les mouvements qu’imprime le massothérapeute vous transforment en algue heureuse et invertébrée. La tension se libère au point où beaucoup de clients s’endorment dans l’eau. La plupart mettent plusieurs minutes à remonter à la surface au bout d’une heure de jeu. Certains vivent un rebirth, d’autres pleurent, soulagés ; chose certaine, le watsu remue en eaux profondes. « Ce n’est absolument pas cérébral, me souligne Antoine, le seul homme inscrit à la formation. Je me suis passionné pour cette approche après avoir vécu une renaissance en watsu. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti ce que c’était que d’être physiquement protégé de l’abandon. Le watsu me permet de connecter avec ce que j’ai de plus beau, de plus vulnérable : le coeur… »

 

J’ai aimé être dans tes bras


Les témoignages de bien-être fusent dans tous les sens. Une amie qui souffrait d’une douleur chronique au bras depuis six ans, après une double mastectomie, l’a vue disparaître en une séance. Cet été, un paraplégique qui coulait dans l’eau, même avec des flotteurs, au début du traitement, flottait à la fin et arrivait à prononcer des mots de façon compréhensible. L’eau et les étirements du watsu permettent à la colonne vertébrale de se libérer de la gravité, aux muscles de se détendre. Et la fatigue nerveuse prend une pause dans ce milieu totalement enveloppant, une presqu’île de douceur.


Un watsu avec Harold ressemble à une véritable méditation en mouvement. On se laisse dériver et on oublie quelle partie du corps résiste, on perd le fil de l’eau. Le paternage est palpable. La main sur la joue émeut ou répare. Harold nous prend véritablement dans notre ensemble. La détente provient aussi de l’acceptation et d’une douceur en porte-à-faux avec une époque cynique et dure.


« Moi, ce que j’aime, c’est de faire vivre à l’autre quelque chose d’initiatique », me glisse encore Antoine, la cinquantaine sportive, qui s’est inscrit au cours pour faire du bénévolat avec les vieillards. « La plus belle chose qu’Harold m’ait dite en deux semaines, après mon examen pratique, c’est : « J’ai aimé être dans tes bras. » Tu ne peux pas être dans la technique, tu es dans le ressenti, l’intuitif. Ça va chercher mon côté yin. Et ça irait pas mal mieux dans le monde si les gens connaissaient ça… »


Faites le watsu, pas la corruption ? Pourquoi pas ? Au mieux, vous serez soulagé. Au pire, vous serez propre.


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cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com/cherejoblo


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Promis à Harold de parler du tantsu yoga. Pour aider ceux qui n’ont ni l’accès ni l’argent pour s’offrir un watsu (135 $ l’heure au spa), Harold a aussi développé un massage watsu sur le sol, où s’appliquent l’enveloppement et les mêmes principes d’étirement. On peut s’initier facilement à l’aide de son livre et de vidéos sur son site : tantsu.com. Flower power garanti !

 

Souri en lisant Libérez-vous du Barefoot Doctor (marabout), un adepte de l’acupuncture et du taoïsme, de la méditation et de l’humour anglais (of course !). Si on s’intéresse à la médecine chinoise, on ne sera pas surpris d’apprendre qu’on peut se libérer de ses doutes, de sa timidité en société, de sa peur du cancer, de l’obsession de vouloir trouver une logique à tout, de la colère contre les autres, de ses enfants, de ses parents, en stimulant les reins ou le foie. Alléluia. Les points d’acupuncture sont bien identifiés pour favoriser l’autoguérison.


Noté que la Semaine mondiale de l’allaitement maternel se déroule jusqu’au 7 octobre. Première expérience d’intimité de l’enfance que nous portons en nous. Mais c’est précisément cette intimité, davantage que la fonction nourricière ou l’exposition des mamelles, qui dérange. Allaiter est un acte complexe, à la fois animal et totalement instinctif, rebelle (rien à foutre des tailles de bonnets et des gros lolos), et anticapitaliste. Et sur le site moiaussijallaite.com, Mahée Paiement le rend totalement glamour. On voudrait tous être son bébé…

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JoBlog

La couenne épaisse

 

Cette semaine, la vidéo virale de la présentatrice de l’émission This Morning à La Crosse, au Wisconsin, a été à la fois une inspiration et un sujet d’admiration. Jennifer Livingston a profité de sa tribune pour lire le courriel d’un lecteur qui la semonçait pour son obésité et le piètre exemple qu’elle offrait à sa communauté, particulièrement aux jeunes.
 

Livingston a exposé en quatre minutes (un superbe exercice de rhétorique) ce qu’elle considère comme un acte d’intimidation, geste devenu si commun et banal sur le Web qu’il nous semble dérisoire de le souligner. Elle s’adressait également aux jeunes en leur disant que peu importe leur couleur, leur poids, leur acné, leur orientation sexuelle, le jugement d’autrui importe peu. Dans ce monde où la cruauté fait clic, nous avons besoin du courage des Jennifer. Et des RT des autres.

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À voir en vidéo