Revue de presse - L’effet Trudeau. Déjà !

Il y a des semaines comme ça où on a l’embarras du choix. De Stephen Harper qui boude les Nations unies à cet accord de cohabitation diplomatique avec les Britanniques en passant par la motion M-312, il y avait de quoi alimenter la chronique. Mais aucun sujet n’a eu autant d’écho que l’entrée imminente de Justin Trudeau dans la course à la direction du Parti libéral du Canada.

L’analyse de John Ibbitson, du Globe and Mail, reprend des thèmes maintes fois répétés cette semaine. Selon Ibbitson, l’arrivée de Trudeau dans la course est à la fois la meilleure et la pire nouvelle que le Parti libéral du Canada ait eue depuis des années. Considéré comme favori, il a à son actif son nom, bien sûr, et ses racines québécoises où le PLC a perdu ses appuis francophones et fait face au formidable Thomas Mulcair. Mais son plus grand atout, dit Ibbitson, est son talent naturel avec les gens. Mais Trudeau a ses boulets qui peuvent nuire au parti. Il n’a jamais dirigé une grande organisation complexe et, dans le cas du PLC, désorganisée, impopulaire et sans le sou. Trudeau est aussi associé à des valeurs chères à son père. Mais sont-elles celles du Canada d’aujourd’hui ? Et où veut-il mener le Canada ? Et comment ? Dans l’Ouest, son nom ne suscite aucune affection. Finalement, son entrée dans la course pourrait faire en sorte qu’il n’y en ait pas une, alors que le parti en a besoin. « En bref, le Parti libéral se voit offrir un politicien avec peu d’expérience, peu de sens organisationnel ou d’idées concrètes. […] Qu’un individu avec un bagage si mince soit considéré comme un concurrent solide en dit long sur la fragilité de l’organisation qu’il cherche à diriger », écrit Ibbitson.


La chance au coureur


L’équipe éditoriale du Globe s’inscrit en faux avec cette analyse. Accepter l’idée que l’Ouest ne peut s’ouvrir à Trudeau équivaut à dire que cette région n’a pas changé depuis 30 ans et que ses électeurs vont tenir rigueur au fils pour les politiques du père. « Bien qu’ils partagent un certain charisme et panache, rien ne prouve que le jeune Trudeau a hérité du peu d’intérêt de son père pour les préoccupations de l’Ouest. » Le Globe reconnaît que Justin Trudeau verra certaines portes s’ouvrir à cause de son nom, mais c’est sur son propre mérite qu’il sera jugé. Le Globe convient que Trudeau a beaucoup à prouver. « Mais le fait qu’il a été enseignant au secondaire plutôt qu’avocat ne justifie pas de l’écarter. Même s’il existe un diplôme en sciences politiques, il n’y a pas de compétences particulières pour se lancer en politique. […] Si les compétences étaient un critère, Michael Ignatieff occuperait le 24 Sussex. » Ceux qui veulent s’opposer à Trudeau devront offrir de meilleurs arguments et le juger sur son bilan parlementaire et les positions qu’il prendra, conclut le Globe.


Au Toronto Star, on comprend le sursaut d’excitation des libéraux. Après tout, Trudeau est comme une vedette. Son nom est connu de tous, des milliers de gens le suivent sur les médias sociaux. Il est jeune et énergique, a le sens du spectacle, des racines québécoises et incarne la marque libérale. Mais il faudra davantage pour séduire les Canadiens, prévient le quotidien, en particulier des idées pour le Canada d’aujourd’hui. Selon le Star, le premier défi de Trudeau sera de secouer cette image de poids léger qui lui colle à la peau et de démontrer, comme devront le faire tous les candidats, qu’il a ce qu’il faut pour reconstruire le parti, mettre à jour ses politiques et regarnir ses coffres.


La carte Québec


Jonathan Kay, du National Post, offre un point de vue qui se démarque. Selon lui, les événements de la dernière année au Québec pourraient offrir une occasion au PLC, en particulier avec Trudeau à sa tête, pour redevenir pertinent et peut-être même être dans la course pour le pouvoir. Kay soutient que Trudeau n’est plus un politicien inexpérimenté. Il a gagné une circonscription bloquiste de Montréal et a augmenté sa part du vote en pleine vague orange. En fait, le problème de Trudeau est ailleurs, du côté des libéraux qui ne semblent plus savoir pourquoi ils existent, mais se révèlent frileux devant les changements. Ils ont toutefois encore un avantage, dit Kay. Ce sont eux qui ont convaincu le Québec de rester au Canada et convaincu le reste du Canada que c’était possible. Le scandale des commandites a miné cet héritage, mais ce rôle peut être revendiqué à nouveau sous Trudeau, affirme Kay. Il note que, depuis Jean Chrétien, aucun politicien ne s’est vraiment promu avec constance à la fois au Québec et au Canada. Kay ne sait pas si Trudeau peut le faire, mais son expérience dans Papineau montre qu’il est capable de rejoindre une large variété d’électeurs. Or, dit-il, le Canada pourrait être à un moment charnière. Bien que l’appui à l’indépendance soit faible, le PQ est au pouvoir avec un programme franchement de gauche. Si ce gouvernement minoritaire survit, le fossé entre le reste du pays et le Québec pourrait s’accroître davantage, craint-il. « Si les libéraux redeviennent pertinents, ce pourrait être parce qu’ils offrent une façon de combler ce gouffre, ce qui est leur rôle traditionnel. Les chances sont minces, mais des choses plus étranges se sont produites en politique canadienne. »

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3 commentaires
  • Michel Pasquier - Abonné 29 septembre 2012 09 h 10

    Est-ce une blague?

    Nous avons déjà eu un jeune fringant en culotte courte et sac à dos et nous avons vu ce que cela a donné.
    On nous propose maintenant un autre jeune fringant en culotte courte et cheveux longs.
    Si j'étais Stephen Harper je dormirais bien tranquille.

  • Jacques Lafond - Inscrit 29 septembre 2012 10 h 37

    Franchement

    Franchement, Madame Cornelier. Vous ne trouvez pas que vous exagérez un peu ? L'effet Trudeau, il y en a pas. Aucun effet. Zil.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 29 septembre 2012 11 h 57

    Un chef du Québec serait-il vraiment payant?

    L'humeur du ROC envers le Québec frise l'intolérance en beaucoup d'endroits. Alors un chef du Québec pourrait peut-être récupérer certaines circonscriptions du NPD, mais risque de lui en faire perdre dans le ROC.

    Comme le ROC représente 80% du Canada, c'est un "Pensez-y bien". C'est le ROC qui décide qui gouvernera le Canada.

    Harper a démontré que que le Québec n'est plus vraiment nécesaire à l'atteinte d'un gouvernment majoritaire.

    Le PLC devrait donc concentrer ses efforts dans le ROC, quitte à laisser le Québec aux mains du BQ et du NPD (parce que le PCC n'y a pas beaucoup d'avenir non plus).

    Donc, un chef provenant de l'Ouest du pays aurait bien plus de potentiel pour ressussiter le PLC qu'un chef provenant de la province mal-aimée.