«Quelle soirée!»

Il m’impressionne, Léo Bureau-Blouin. Surtout quand je le vois à un spectacle de poésie à peine élu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il m’impressionne, Léo Bureau-Blouin. Surtout quand je le vois à un spectacle de poésie à peine élu.

La jeune ouvreuse n’en revenait pas. Je l’ai vue pour ainsi dire chanceler. Elle n’en croyait pas ses yeux. S’est-elle pincée pour en être bien certaine ? Le sang lui montait aux joues. Elle en avait plein la fraise.

S’il y avait eu autour d’elle des sièges de libres, je crois qu’elle se serait assise pour reprendre ses couleurs.


Cette jeune fille venait de tendre un programme à Léo Bureau-Blouin. Un simple programme. Et elle n’en revenait tout simplement pas, le répétant d’ailleurs à sa consoeur, se croyant touchée par une grâce.


« Il vous impressionne tant que ça, Léo Bureau-Blouin ? », ai-je fini par lui demander doucement.


« Oh ! Oh ! Oh ! Oui. Beaucoup. Oh ! Si j’habitais Laval-des-Rapides, j’aurais eu une très grosse pancarte électorale pour son élection ! »


« De là à en rougir aujourd’hui ? » Elle a rougi davantage…


J’avoue qu’il m’impressionne aussi, Léo Bureau-Blouin. Surtout cette journée-là, pour tout dire. C’était dimanche. Un beau dimanche d’automne avec un ciel haut et pur, un ciel quasi sans limite. Le jeune député avait abandonné la lumière du jour et celle des projecteurs pour s’installer au fond d’une salle noire où, pendant deux heures, il écouta des poètes.


Depuis quelques années déjà, dans le cadre du Festival international de littérature, Loui Maufette propose Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, un spectacle composite où une vingtaine de comédiens s’efforcent de combattre le désir de mort installé dans l’homme en revisitant des oeuvres très différentes : Ferré, Saint-Denys Garneau, Bukowski, Patrice Desbiens, Marie Uguay, Claude Gauvreau, Rimbaud, Attila József, Joyce, etc. Tout cela est présenté par une étonnante brochette de talents, chanteurs, danseurs, gens de théâtre. Sans compter quelques « surprises ».


Le spectacle de Loui Maufette s’ouvre sur un texte de son père, l’homme derrière le célèbre Cabaret des soirs qui penchent de la radio de Radio-Canada. Il était aussi poète, Guy Maufette.


« Je crois que…


Je suis fait…


En vers boiteux,


En vers solitaires ou chantants,


En vers à soi,


En vers et contre tous. »


Peut-être pas un très grand poète, mais certainement le chef d’orchestre brillant des mots des autres, tout au long de sa vie. Son fils le rejoint au même niveau pour son Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent.


Le spectacle est repris du côté d’Ottawa cette semaine. Il est présenté du 3 au 6 octobre au Centre national des arts. Peut-être qu’Ottawa y trouvera une occasion pour se sortir enfin de cette impatience pour le néant qui semble l’envelopper de plus en plus ? Peut-être même que de futurs Léo Bureau-Blouin locaux iront voir eux aussi ce spectacle ?


Il m’impressionne aussi, Léo Bureau-Blouin. Surtout quand je le vois à un spectacle de poésie à peine élu. Un jeune homme, d’autant plus s’il est député, est toujours à sa place au milieu de la poésie, parce que c’est là, au milieu d’impossibles échafaudages, que se trouvent pourtant plusieurs des élans nécessaires à porter au grand jour.


Au fond, il m’inquiète peut-être autant qu’il m’impressionne, Léo Bureau-Blouin. Il m’inquiète comme tous ces jeunes politiciens devenus si vite la simple et pâle copie de leurs aînés.


Dans un court documentaire tourné par Radio-Canada, on le voit, à peine élu, répéter en articulant son discours de la victoire préparé à l’avance. On le voit articuler le début de son texte : « Quelle soirée ! »


Où en est-on avec la vie pour être forcé d’apprendre à en mimer les joies ?


Le voyant ainsi au chevet de ses sentiments en ce soir d’élection, il m’a semblé que quelque chose n’était pas achevé chez ce garçon et que surtout cela risquait désormais de ne plus jamais pouvoir l’être.


Il finira peut-être premier ministre. Mais je l’aurais au fond préféré poète du printemps.


***
 

« On entend souvent dire que les jeunes ne lisent plus et que le taux de décrochage grimpe, particulièrement chez les gars », pouvait-on lire la semaine dernière dans Le Journal de Montréal, lequel poursuivait ainsi : « Devant ces faits inquiétants, Réjean Tremblay publiera sous peu une série de romans jeunesse pour stimuler le goût de la lecture des 9 à 12 ans. »


Fait à noter, ce n’est pas Tremblay qui écrit les romans en question, mais Hélène Gagnon, une « amie et collaboratrice ». Merci, Réjean, merci de faire autant pour notre belle jeunesse. Merci.