Horticulture et changements climatiques

La géante courge d'Éléna au jardin communautaire Les Églantiers est si lourde qu’elle doit être soutenue par une chaise.
Photo: Lise Gobeille La géante courge d'Éléna au jardin communautaire Les Églantiers est si lourde qu’elle doit être soutenue par une chaise.

Les impacts des changements climatiques sont abordés sous plusieurs angles, mais qu’en est-il du point de vue de l’horticulture ornementale ? En fait, aucune analyse spécifique n’a été faite, mais on peut aisément transposer certaines informations provenant d’une étude réalisée par Ouranos, un consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques. Le groupe a rédigé en 2010 une excellente étude intitulée Savoir s’adapter aux changements climatiques. J’en ai tiré quelques données en lien avec l’horticulture.

La température


« Au cours des dernières décennies, les températures journalières moyennes dans le sud du Québec ont augmenté de 0,2 °C à 0,4 °C par décennie, le réchauffement étant plus important pour les températures minimales que maximales. Cette hausse observée des températures s’est manifestée aussi par le raccourcissement de la saison de gel, l’augmentation du nombre de degrés-jours de croissance et la diminution du nombre de degrés-jours de chauffage. »


Tous ces changements ont une incidence directe en horticulture, car, comme on le sait, l’horticulture et la température sont étroitement liées. Entre autres, les zones de rusticité devront être modifiées et notre climat sera nettement plus doux. Il l’est déjà. Évidemment, des températures plus chaudes seront une opportunité pour introduire de nouvelles plantes au jardin. Par contre, certaines plantes cultivées actuellement dans le sud du Québec souffriront de la chaleur et devront probablement être délaissées ou cultivées plus au nord.


Quant au raccourcissement de la saison de gel, c’est un cadeau pour les jardiniers, nous qui la trouvons toujours trop courte ! D’ailleurs, ce changement est déjà manifeste, selon Bertrand Dumont, chargé de projet en environnement à la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale (FIHOQ) : les entreprises en aménagement paysager travaillent maintenant de 45 à 60 jours de plus qu’il y a 30 ans.


Selon l’étude d’Ouranos, « d’une façon générale, le climat se réchauffera sur l’ensemble du territoire québécois, et de façon plus marquée en hiver qu’en été. Ainsi, en hiver, à l’horizon 2050, les températures augmenteraient de 2,5 °C à 3,8 °C dans le sud du Québec et de 4,5 °C à 6,5 °C dans le nord. En été, les hausses de température se situeraient entre 1,9 °C et 3,0 °C au sud et entre 1,6 °C et 2,8 °C au nord. »


Les précipitations


Actuellement, « on a remarqué une augmentation du nombre de jours avec précipitations de faible intensité ainsi qu’une diminution des précipitations de neige dans le sud du Québec et une augmentation dans le nord ». À long terme, « des augmentations de précipitations — de 16,8 % à 29,4 % au nord et de 8,6 % à 18,1 % au sud — sont attendues en saison hivernale à l’horizon 2050. La hausse des précipitations hivernales entraînera une augmentation de l’accumulation de la neige au sol dans le nord. Par contre, dans le sud du Québec, une diminution de l’accumulation de neige au sol est projetée en raison de la hausse des températures et du raccourcissement de la saison froide. En saison estivale, la hausse des précipitations serait de 3,0 % à 12,1 % dans le nord, alors que dans le sud, aucun changement significatif des précipitations n’est attendu ».


En résumé, les hivers seront plus doux, mais, malheureusement, dans le sud, le couvert protecteur de neige sera moins épais, de sorte que les risques de gel augmenteront sûrement. Les étés seront plus chauds ; on parle de tropicalisation du climat dans le sud, avec plus de températures extrêmes et plus d’orages, mais pas plus de pluie. On sera donc régulièrement confrontés à la sécheresse, comme cet été, et les systèmes d’irrigation vont devenir essentiels.


D’ailleurs, ceux-ci ont l’avantage de permettre une meilleure gestion de l’eau et ils évitent que nous devenions esclaves de nos jardins. Néanmoins, on vivra également des périodes d’inondations en raison des pluies torrentielles, ainsi que des problèmes d’érosion des sols.

 

Les insectes et maladies


Quels impacts auront les changements climatiques sur les insectes et les maladies ? « Les changements climatiques pourraient influer sur la distribution et l’abondance des insectes. L’adaptation de ceux-ci pourrait être rapide à cause de leur grande mobilité et de leur taux de reproduction élevé. Leur rythme métabolique pourrait bénéficier d’une augmentation des températures (Ayres et Lombardero, 2000). Les infestations pourraient donc être plus fréquentes, plus intenses et plus longues, rendant les forêts particulièrement vulnérables (Logan et al., 2003). »


Aussi, l’invasion de plusieurs espèces d’insectes exotiques est crainte, ainsi que la prolifération d’agents pathogènes. Ces pronostics pour la forêt peuvent aisément être transposés en horticulture ornementale. Pour le moment, d’après Caroline Fraser, responsable des communications au Réseau avertissement phytosanitaire, on n’observe pas de changement.


La santé humaine


La santé humaine est touchée de diverses façons par les changements climatiques : les vagues de chaleur, les îlots thermiques urbains, la pollution atmosphérique, l’exposition aux ultraviolets, etc. Ici, l’industrie horticole peut jouer un rôle important, car le verdissement est une solution simple et efficace. Les parcs, les jardins communautaires, les toits verts, les murs verts sont tous d’excellents moyens de rafraîchir et diminuer la pollution en ville et d’y rendre la vie plus saine.


Actuellement, la vision de l’horticulture dans l’industrie et dans la société est en transformation, selon Bertrand Dumont. Maintenant, on comptabilise les services rendus par les plantes, on parle même d’une économie des écosystèmes et l’horticulture n’est plus uniquement une industrie de l’embellissement.


Par ailleurs, si ce n’est pas déjà fait, on doit sensibiliser les travailleurs de cette industrie, car ils sont particulièrement touchés par les vagues de chaleur et l’exposition aux ultraviolets.

 

La courge géante d’Éléna


Déjà, à la fin du mois d’août, j’étais bien impressionnée par l’immense courge qu’Éléna Zakrevskaia faisait pousser sur un treillis au jardin communautaire L’Églantier, à Montréal. Maintenant, elle est rendue géante, la courge! Éléna a dû la glisser dans un bas de soutien, attacher celui-ci au treillis et lui mettre une chaise pour ne pas qu’elle cède sous son poids. Elle fait plus d’un mètre et elle est vraiment lourde.


Des questions sur votre jardin? N’hésitez pas à me contacter à lgobeille@ledevoir.com.

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Au jardin cette semaine

Les feuilles des arbres ont commencé à tomber tôt cette année, en partie à cause du stress hydrique causé par la sécheresse. Les feuilles sont une richesse, un excellent apport en matière organique. On les passe à la tondeuse, on les envoie dans les platebandes, au compost ou encore à la collecte des résidus verts, mais surtout, on ne les met pas aux poubelles, c’est l’or brun du jardinier.
 

À cette période de l’année avec le potager, la division des vivaces et les réaménagements de jardin, on se retrouve avec des surplus de récoltes, de végétaux ou des matériaux à donner, ou encore on est à la recherche d’un de ces produits. Le site de Plant Catching permet de faire tout cela sans frais.

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Dans votre bibliothèque

Guide de dépistage des insectes ravageurs des plantes ornementales

Comment les identifier et les prévenir?

Édition Fédération de l’horticulture ornementale du Québec, 64 pages, 2012

 

Cet excellent petit guide donne des indications claires et précises pour vous aider à identifier les ravageurs du jardin, les prévenir et les contrôler. Chaque fiche d’insecte ravageur contient une photo, le cycle biologique, les plantes hôtes, etc. C’est vraiment complet. Le cycle biologique sous forme de tableau a l’avantage d’indiquer en un coup d’œil le moment où doit se faire le traitement. La présentation graphique est impeccable et on trouve rapidement l’information recherchée. Très pratique sur le terrain, le guide est relié par une spirale avec des pages plastifiées.

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1 commentaire
  • Solange Bolduc - Inscrite 22 septembre 2012 10 h 42

    Et l'art continue ...!!

    Je peux vous dire que le jardinage rend heureux, et surtout avec l'été qu'on a connu...Mes fleurs et grimpantes ont poussé à perte de vue, tout est plus volumineux cette année! Mes voisins le remarquent, me félicitent! Je leur offre souvent des graines, ce qui me permet de partager mon plaisir, intense : une belle folie! Deux sortes d'haricots grimpants produisent encore ! Des poivrons...et mon hibiscus a grossi et s'est mis à fleurir (fleurs jaunes), et je viens de rentrer mon gros bougainvillier qui fleurit encore !

    Que c'est beau la nature quand on a la patience ou la passion de s'en occuper: elle nous le rend à merveille le bonheur qu'on se donne, et on fait aussi des heureux en partageant les fruits de notre passion ! C'est un des plus grands plaisirs du jardinage: partager !

    Je me retrouve en ce moment avec plusieurs plants de tomates (grosses, moyennes et petites), qui malheureusement, n'auront pas le temps de rougir ou jaunir à temps pour que je puisse continuer de les savourer, de les partager ! Je cherche donc une façon de les mariner (vertes) : J'ai perdu contact avec un Italien qui m'avait déjà suggéré une recette que j'ai malheureusement oubliée!

    On voudrait que la saison s'éternise, mais en même temps, l'hiver permet de faire autre chose de créatif, à l'intérieur de chez soi: Écrire, faire de l'art : continuation sous d'autres formes de l'art du jardinage !

    La vie est belle dans ses éternels recommencements : Les plaisirs changent, nous transforment, on se trouve en perpétuel ressourcement intérieur et extérieur !

    C'est beau la vie, et c'est pour cela qu'il faut travailler à ne pas laisser détruire notre environnement par le gaz de schiste et autres pollueurs!

    La nature ou l'horticulture, c'est notre vivant ! Protégeons-nous des assoiffés de richesses qui pourraient la détruire, détruire notre capacité de créer, se recréer inlassablement, pour le simple plaisir de vivre sainement !