À quel âge?

Désormais, les « vieux » ont intérêt à se faire discrets lorsqu’ils s’invitent dans le débat au Québec, surtout s’ils pratiquent la polémique en dehors de l’orthodoxie qui fleure bon la doctrine ambiante. Se faire traiter de vieux par des vieux qui croient échapper aux ans et à leur irréparable outrage du seul fait qu’ils communient en pensée avec des jeunes radicaux relève de la farce, à vrai dire.

Se faire indiquer la sortie par des retraités de l’État-providence qui se défoulent dans les médias sociaux et inondent les journaux de leur prose fumeuse et répétitive serait comique, si ces injonctions ne se nourrissaient de l’intolérance. Que ne dit-on pas du « vieux » Lucien Bouchard depuis sa sortie médiatique de mercredi ? Pourquoi désire-t-on tant qu’il se taise ?


« Dégagez, la vieille ! » est une rengaine que l’on entend aussi de la part de jeunes partisans des printemps urbains. Il y a de la cruauté à insulter une femme en la qualifiant de vieille du seul fait qu’elle ne cède pas à la démagogie du jeunisme. Comme quoi il s’agirait d’encenser les mêmes jeunes pour rajeunir de trente ans à leurs yeux.


Nous ne sommes plus dans la querelle des Anciens et des Modernes, mais dans celle des jeunes (jusqu’à quel âge ?) et des vieux (à partir de quel âge ?). Ces frictions intergénérationnelles ajoutent une tension supplémentaire aux affrontements des souverainistes entre eux, des souverainistes contre les fédéralistes, des riches contre les pauvres, des Anglos et des Allos contre les « de souche », des instruits contre les moins instruits et des étudiants contre les jeunes travailleurs, prolétaires ou chômeurs.


Faudra-t-il bientôt parler de l’atomisation québécoise ? De qui Pauline Marois sera-t-elle la première ministre ? Pour qui gouvernera-t-elle ?


À quel âge doit-on rentrer dans ses quartiers ? En vertu de quels critères les anciens politiciens, les journalistes d’âge canonique, les intellectuels qui ont contribué à nous faire réfléchir dans le passé seraient-ils dépassés ? Il y a une forme de racolage à faire croire aux jeunes qu’on est comme eux alors que des décennies d’histoire, d’expériences, de désenchantements et d’espérances nous séparent.


Le Québec soumis aux contraintes du nombre doit miser sur l’énergie, le dynamisme, la compétence, l’expérience et la sagesse de toutes les classes d’âge. Le changement de la garde en politique comme dans les autres secteurs d’activité assure le progrès. Mais les impatients doublés de l’esprit stakhanoviste qui veulent pratiquer la politique de la tabula rasa en décapitant l’expérience des plus âgés et en les renvoyant vers les terrains de golf ou les croisières où ils engourdissent leur sentiment d’être devenus inutiles creusent leur propre tombe. Un jour, ils seront eux-mêmes au rancart.


La société québécoise se malmène. La jeunesse est un passage fugace et non une permanence. C’est par la transmission générationnelle que s’inscrivent l’histoire et les histoires personnelles. Chaque classe d’âge assure sa contribution à l’édification d’une société meilleure.


Le renouvellement de la classe politique devient impératif, mais à la condition que ce changement de la garde s’accompagne d’une remise à jour des idées et des rêves. Il est rassurant d’écouter les anciens, ceux qui ont à la fois réussi et échoué.


Il n’existe pas de mutations d’une génération à l’autre. Nous sommes tous les enfants de nos parents, quel que soit notre âge. Vouloir rompre avec cette loi risque de nous entraîner loin de l’humanisation sans laquelle « l’enfer, c’est les autres ». Il n’y a pas plus de vertu à être jeune que vieux. La sagesse ne vient pas nécessairement avec l’âge et la jeunesse ne protège pas de la bêtise.


L’outrance verbale actuelle des jeunes comme des vieux, en ce sens, encourage les fêlés à passer à l’acte.

28 commentaires
  • Yvan Lachapelle - Abonné 15 septembre 2012 03 h 30

    Faire taire Bouchard

    Le Québec ne veut pas faire taire les vieux.Nous voulons simplement que ne plus entendre des personnes malhonnêtes et méchantes qui tentent par tous les moyens de discréditer ceux qui désirent remettre le Québec en ordre.
    Après le sabotage volontaire du système de santé que Bouchard a laissé derriere lui,il serait sage de sa part de se faire invisible pour les prochaines décennies.Ce serait la chose la plus utile qu'il pourrait faire pour nous aider à essuyer ses dégâts.

  • Sylvie Brodeur - Inscrite 15 septembre 2012 07 h 42

    Manifestations étudiantes

    Mme Bombardier,

    Vous auriez dû marcher avec les étudiants. J'ai marché plusieurs kilomètres à maintes reprises. Je demeure à 80 km de Montréal. J'ai 51 ans.

    Sur FB, j'ai peut-être choisi des amiEs qui ne font pas de cas de l'âge.

    Tous les âges y sont. Je ne comprends donc pas de quoi vous parlez.

    Cherchez-vous à diviser ? Si c'est le cas et atteigner votre but, ce serait désolant.

    Cordialement.

  • François Desjardins - Inscrit 15 septembre 2012 08 h 00

    isme! isme!

    Ah mais oui!
    Demandez à un bien pensant si'il est raciste? Ho! que non! que non! Sexiste? Mais non voyons! Je suis pour l'égalité des sexes et bla bla bla... dirait le bien pensant. Et cher bien pensant, que dites-vous de l'âgisme? Ha? de kossé? Je vous donne un indice: âgisme, comme racisme et sexisme, finit aussi en isme...

  • Bernard Morin - Abonné 15 septembre 2012 08 h 31

    Fêlée

    Votre conclusion est justement fêlée!

  • Jean Lapointe - Abonné 15 septembre 2012 10 h 22

    Que la paix soit avec vous


    C'est ainsi que madame Bombardier aurait dû terminé son texte.

    Parce que c'est vraiment un sermon qu'elle nous a fait encore une fois.

    Elle est vraiment experte dans les sermons.

    • Pierre Laliberte - Abonné 15 septembre 2012 15 h 28

      Amen!