Le casse-tête

La composition d’un cabinet est toujours un casse-tête. Si certains choix s’imposent, le nécessaire équilibre entre les sexes, les régions, l’expérience et le sang neuf impose des choix souvent déchirants. L’exercice devient encore plus délicat quand on est tenu à une certaine frugalité, comme c’est le cas de Pauline Marois, dont le Conseil des ministres peut difficilement excéder la vingtaine de membres.

À moins d’une grosse surprise, Nicolas Marceau devrait se retrouver aux Finances, Véronique Hivon à la Justice et Réjean Hébert à la Santé. S’il fallait que son élection dans Saint-François soit invalidée, la nouvelle première ministre se retrouverait dans un sérieux pétrin.


Pour le reste, c’est moins évident. On semble tenir pour acquis que Diane de Courcy ira à l’Éducation, mais est-elle la personne idéale pour présider le délicat sommet sur les universités ? L’ancienne présidente de la CSM serait également mal placée pour arbitrer l’inévitable débat sur l’avenir des commissions scolaires. Si elle est une aussi « redoutable femme politique » que l’a dit Mme Marois, elle servira tout aussi bien dans un autre ministère.


La prudence pourrait amener Mme Marois à miser sur l’expérience d’une Marie Malavoy, mais pourquoi ne pas jouer d’audace en optant pour un jeune loup comme Alexandre Cloutier, qu’on attend plutôt aux Affaires intergouvernentales canadiennes ? Au moins, les associations étudiantes n’auraient pas l’impression qu’on leur envoie un mononcle.


 

***

Le casse-tête se complique singulièrement en Montérégie, où les « ministrables » abondent. Mme Marois voudra sûrement garder un oeil sur son remuant dauphin, Bernard Drainville, qui semble tout désigné pour occuper le nouveau ministère de la « Gouvernance démocratique », même s’il devra faire une croix sur le référendum d’initiative populaire.


À moins de l’expédier aux Affaires municipales. Après les Julie Boulet, Nathalie Normandeau et Laurent Lessard, il serait temps de confier le dossier à un citadin qui ne serait ni de Montréal ni de Québec.


Bertrand St-Arnaud peut légitimement aspirer à un ministère (Sécurité publique ?), tout comme Martine Ouellet (Ressources naturelles ?). On dit aussi beaucoup de bien de la nouvelle députée de Richelieu, Elaine Zakaïb (Développement économique ?). La députée d’Iberville, Marie Bouillé, serait une candidate logique à l’Agriculture.


Certains vont forcément se retrouver le bec à l’eau. Il n’y aura rien d’anormal à laisser une recrue comme Pierre Duchesne faire ses classes, mais des vétérans comme Marie Malavoy ou Stéphane Bergeron seraient certainement très frustrés d’être laissés pour compte.


***


Les arbitrages ne seront pas plus faciles au Saguenay -Lac-Saint-Jean, que le PQ a balayé. Stéphane Bédard est assuré d’un poste, mais un nouveau leader parlementaire, qui adopterait un autre ton, serait peut-être plus apte à négocier les compromis auxquels doit nécessairement se résoudre un gouvernement minoritaire.


Alexandre Cloutier et Sylvain Gaudreault méritent tous les deux une place au cabinet, mais comment nommer trois ministres dans une région qui ne compte que cinq circonscriptions ?


C’est plus simple à Québec, où Agnès Maltais (Conseil du trésor ?) est encore la seule élue péquiste, ou encore en Gaspésie, où Pascal Bérubé (Régions ? Solidarité sociale ?) est déjà le doyen de la députation péquiste.


Plutôt que de le laisser se faire battre à l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, il faudra bien trouver un petit quelque chose (whip ?) à François Gendron.


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Se faire élire à Montréal deviendra bientôt un passeport pour un poste de ministre dans un gouvernement péquiste. Faisant déjà office d’éminence grise, Jean-François Lisée (Relations internationales ?) est incontournable. Mieux vaut qu’il réserve ses brillantes idées au Conseil des ministres plutôt que de faire de la stratégie ouverte. Mme Marois pourra aussi compter sur lui pour surveiller Bernard Drainville, et vice-versa.


Daniel Breton en est un autre dont il faudra freiner les ardeurs, mais il serait plus inspirant à l’Environnement que Scott McKay. Nicole Léger devra son éventuel ministère (Famille ?) autant aux impératifs de la parité qu’à son indéfectible fidélité à Mme Marois.


Même si elle ne se fait aucune illusion quant au sort que les partis d’opposition réservent à sa « nouvelle loi 101 », la nouvelle première ministre veut faire le débat et il s’annonce acrimonieux. Il faudrait donc mieux laisser le dossier à Yves-François Blanchet, qui pourrait cumuler la Langue et l’Immigration, comme Gérald Godin l’a fait jadis. Maka Kotto pourrait hériter de la Culture, mais cela tiendrait moins à ses mérites qu’à la géographie.

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9 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2012 08 h 11

    Pourquoi donc?

    Michel David dit que « Daniel Breton en est un autre dont il faudra freiner les ardeurs. »

    Bien au contraire, c'est bien parce qu'il m'est apparu comme quelqu'un qui sait très bien ce qu'il veut faire que j'ai voté pour Daniel Breton.

    Et j' ai hâte de le voir aller quoi qu'en pense Michel David.

    • Pierre Schneider - Abonné 13 septembre 2012 10 h 47

      Et pourquoi pas Daniel Breton aux Richesses naturelles ? C'est pour cette raison qu'il a fait le saut au PQ.

  • Pierre Schneider - Abonné 13 septembre 2012 10 h 46

    La Grande réconciliation nationale

    Je rêve peut-être en couleurs, mais vaut mieux rêver que de demeurer dans l'immobilisme et dans le confort du connu.

    Mon rêve d'une Nouvelle alliance indépendantiste serait que Madame Marois ait l'ouverture d'esprit, la générosité et le courage politique d'offrir un poste au sein de son cabinet à unE éluE de QS et un autre aux questions économiques à Jean-Martin Aussant qui, même s'il n'a pas été élu, pourrait apporter beaucoup tant à la résolution des problèmes économiques qu'à la grande réconciliation nationale, indispensable à un prochain
    gouvernement majoritaire indépendantiste.
    Et, de grâce, laissez-moi rêver...

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 septembre 2012 12 h 23

      Pas d'accord avec vous ! Mme Marois doit d'abord composé avec ceux de son parti qui ont été élus !

      En plus, vous lui accolez les étiquettes de (si elle faisait ce que vous lui suggérez), "l'ouverture d'esprit, la générosité et le courage"? Donc si elle ne répondait pas à vos désirs, et suivait plutôt son instinct politique, elle vous décevrait à ce point ?

      Elle a été élue démocratiquement pour gouverner, voulez-vous, s.v.p.! lui faire confiance? Est-ce parce qu'elle est une femme que vous aimeriez lui dicter sa conduite en politique ? Franchement !!

      On n'a pas assez de Bouchard avec son paternalisme, et ...je n'ose le dire... !!

    • Laurent Desbois - Inscrit 13 septembre 2012 14 h 04

      Bilan de campagne : alignement, réalignement et choix stratégiques
      03 septembre 2012
      Pierre Dubuc
      http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&am

      L’ennemi de mon ennemi est mon ami

      Dans un lutte aussi serrée que l’élection en cours, Québec Solidaire vaut un pesant d’or que les fédéralistes n’ont pas manqué d’évaluer à sa juste valeur.

      « Quand on entre dans les questions de langue, d’identité, de laïcité, on touche à des questions sensibles. Pour le moment, en tout cas, on dit non » (Le Devoir, 31 août). Françoise David

      Pour QS, le PQ est l’ennemi principal

      En mettant sur le même pied, un Parti Libéral sous l’emprise de la mafia et des milieux financiers, et dont le chef est choisi par Paul Desmarais de Power Corporation, et un Parti Québécois, démocratique, dont le chef est choisi par ses 90 000 membres, Bernard Rioux justifiait la position de la section de Québec de QS qui s’est prononcé contre toute entente, toute alliance avec le PQ.

      Il est clair que l’Article premier du programme de QS n’est pas l’indépendance du Québec, mais la réforme du mode de scrutin. La proposition d’Assemblée constituante de QS est doublement périlleuse.

      03 septembre 2012

    • Pierre Schneider - Abonné 13 septembre 2012 14 h 54

      Madame Bolduc, je respecte le droit et le devoir qu'a la première ministre de former son cabinet. Mais personne ne peut m'empêcher d'exprimer publiquement mon rêve de grande réconciliation nationale, non ? À moins de vouloir repousser l'indépendance dans les limbes de l'histoire, je crois qu'il faut que tous tentent de trouver une solution à l'impasse souverainiste actuelle. Mme Marois fera bien ce qu'elle voudra, mais come elle est à l'écoute des citoyens, je peux peut-être espérer qu'elle entendra ma voix.

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 septembre 2012 15 h 30

      @ M. Dubois.

      Une évidence saute de plus en plus aux yeux: QS ne cherche ni la justice sociale ni le bien commun , mais le pouvoir au prix de la déraison assommante ! Ça sonne de plus ne plus faux ce parti que nous venons de découvrir : Il est aussi magouilleur que n'importe quel autre ! C'est tordu leur affaire !

      Pourquoi pensez-vous que Charest a tant vanté Mme David ? Et cette dernière n'aurait pas vu qu'il l'adulait pour qu'elle joue le jeu du valet de service de Charest ?

    • Louka Paradis - Inscrit 13 septembre 2012 15 h 40

      Je rêve, tu rêves, il ou elle rêve, nous rêvons, vous rêvez, ils rêvaient... Ouf ! je suis content de me réveiller : c'était un cauchemar...
      Louka Paradis, Gatineau

  • Michel Drysdale - Inscrit 15 septembre 2012 08 h 50

    Et la couronne Nord?

    J'ai toujours prétendu que le PQ se foutait éperdument de ma région. Ils ont laissé des candidats insignifiants s y présenter. Voyant la soupe chaude Mme Marois nous a parachuté un Bernard Généreux directement du Lac st jean et il a bien sûr mordu la poussière.
    Durant la dernière campagne, elle nous a visité à tous les 3 jours. Comme le 450 devenait important. Espérons que les "babines suivront les bottines" lors de la composition du conseil des ministres. Surtout n allez pas implorer le manque de potentiel ministrable, cela aurait dû être noté précédemment par une chef avec de la vision.