50% + 1: cohérence, s.v.p.

Point n’est besoin d’être un fédéraliste pur et dur pour croire que l’obtention à l’arraché d’un feu vert référendaire pour réaliser l’indépendance du Québec serait porteur de lendemains empoisonnés.

Faible d’un mandat issu d’un Québec coupé en deux, le gouvernement québécois qui se présenterait à la table de négociations n’aurait pas de poignée pour garantir des conditions de départ qui respecteraient, notamment, l’intégrité de son territoire actuel.


Mais point n’est besoin non plus d’être un souverainiste pur et dur pour croire - comme c’est le cas du NPD fédéral - qu’une victoire à 50 % plus un constituerait sans doute un point de non-retour pour la fédération canadienne. C’est sans doute plus vrai aujourd’hui qu’en 1980 ou en 1995.

 

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Cette nouvelle réalité découle d’un changement d’attitude qui a rendu l’obtention d’un mandat pour réaliser la souveraineté moins probable au Québec, mais l’acceptation d’un tel mandat, s’il était obtenu, plus probable dans le reste du Canada.


On trouve des indices de ce changement de mentalité dans l’attitude de bien des Québécois, d’autre part nationalistes, qui se refusent de plus en plus d’un scrutin à l’autre à prêter leur vote à des partis souverainistes simplement pour envoyer un message au reste du Canada.


Dans le passé, l’appui à la souveraineté augmentait quand les fédéralistes étaient au pouvoir à Québec. Mais, ces dernières années, un taux d’insatisfaction sans précédent à l’égard de ceux qui incarnent le fédéralisme à l’Assemblée nationale et à Ottawa n’a pas eu d’effets positifs pour le projet d’indépendance ou pour ses champions politiques. Le Bloc québécois a subi une défaite cinglante en 2011, et le PQ vient d’obtenir un mandat anémique.


Depuis 1995, ce n’est peut-être pas tant l’appui au projet de pays qui a diminué que l’idée que l’épée de Damoclès de la souveraineté a sa place dans l’arsenal d’un Québec soucieux de se donner un rapport de force à l’intérieur du Canada qui a perdu du galon.


Entre-temps, l’idée d’une rupture du lien Canada-Québec - largement irrecevable dans le reste du Canada il y a une vingtaine d’années - a aussi fait un bout de chemin.


On a eu droit, pendant la campagne, à des sondages qui faisaient état du détachement d’une partie de l’opinion canadienne à l’égard d’un éventuel départ du Québec de la fédération.


Ces sondages sont franchement davantage l’expression d’un réflexe de fatigue collective que le fruit d’une réflexion sérieuse. Il y a néanmoins une incohérence certaine dans le fait que les commentateurs qui s’emparent le plus avidement de ce genre de chiffres pour clamer l’indifférence croissante du ROC face à l’indépendance du Québec sont souvent les mêmes qui écrivent des réquisitoires contre le respect du seuil de 50 % plus un d’une majorité référendaire.


Dans le Canada que ces commentateurs amplifient, on peut se demander sur la base de quel argumentaire un premier ministre fédéral convaincrait une partie de plus en plus importante de ses concitoyens de retenir un Québec dont la majorité a signifié sa volonté de partir.

 

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Il faut dire qu’en matière de relations Canada-Québec, l’incohérence vient souvent de haut ou de ce qui, jusqu’à récemment, pouvait être considéré comme l’autorité fédérale en matière d’unité canadienne.


Ces temps-ci, le Parti libéral du Canada passe beaucoup de temps à se demander comment il a pu tomber si bas dans la faveur populaire. Ses ténors devraient peut-être se regarder dans le miroir.


Depuis le scrutin du 4 septembre, on en vient à se demander si le PLC n’a pas été aussi déçu que Pauline Marois de la victoire très minoritaire du PQ. Les messages qu’il véhicule sont non seulement contradictoires, mais aussi indignes d’un parti qui se targue de faire le pont entre les deux solitudes.


Le soir des élections, le chef intérimaire du PLC, Bob Rae, écrivait sur son compte Twitter : « Les électeurs du Québec rejettent l’option séparatiste. C’est la réalité du moment. » Mais depuis, des membres de son aile parlementaire - et pas les moindres - s’acharnent à déformer cette réalité.


Aux yeux de certains libéraux, il y aurait désormais tellement péril en la demeure qu’il faudrait vérifier par voie de vote aux Communes l’adhésion du NPD (et des conservateurs) à la loi sur la clarté référendaire.


Tout cela s’inscrit dans une tentative aussi grossière qu’opportuniste d’excommunication des néo-démocrates de l’église du fédéralisme. Justin Trudeau s’en est fait le porte-voix la semaine dernière en enregistrant un message téléphonique pour prévenir les électeurs d’une circonscription ontarienne des risques pour l’unité canadienne d’envoyer un député néodémocrate… à Queen’s Park.


S’il s’agissait d’un test du futur discours de la vedette appréhendée de la course au leadership du PLC, les résultats ne sont pas probants. Jeudi dernier, le NPD ontarien a renversé une tendance historique en remportant haut la main le siège de Kitchener-Waterloo.


Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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