Médias - Chercher la cause

Quand l’actualité reste dans la moyenne, les commentateurs de l’actualité et des médias eux-mêmes peuvent se vautrer dans une certaine médiocrité ordinaire, et tout baigne. C’est au moment des épiphanies extrêmes que le pire se manifeste, avec dérives, niaiseries et bêtises à tous les étages.

L’extrême a encore frappé, cette fois au Métropolis, la nuit noire des élections. À chaud, à TVA, l’animateur Pierre Bruneau venait de parler de la tuerie quand les commentateurs Mario Dumont et Jean Lapierre ont plutôt enchaîné sur les quelques manifestants présents devant le lieu de rassemblement péquiste. Ils ont jugé choquantes ces protestations ne laissant même pas au PQ la chance de digérer sa victoire à la Pyrrhus.


« En même temps, ça en dit long sur ce mouvement étudiant et ce qu’il y avait en dessous, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui le disaient ouvertement : ils ne croient pas aux élections, a dit M. Dumont. Il y a des gens très radicaux parmi ces manifestants. Et Mme Marois, quand elle portait le carré rouge, ça allait bien. Maintenant, elle est au pouvoir et ce ne sera peut-être pas si simple. »


Ces commentaires maladroits ne liaient peut-être pas directement la fusillade aux quelques manifestants, tout de même vite amalgamés aux « étudiants ». Les deux commentateurs ont eu beau répéter sur leurs comptes Twitter respectifs qu’il s’agissait de deux sujets différents, les interprétations sont allées complètement dans l’autre sens.


Les médias sociaux ont ensuite contribué à multiplier les exégèses oscillant encore une fois entre le psychologique et le sociopolitique. Soit l’explication parle d’un aliéné, soit elle évoque un contexte sociopolitique aliénant.


On n’en sort pas. Dans cette logique étendue de la saisie rétrospective des phénomènes, un événement reçoit toujours son sens de son contexte personnel ou social. Et à force de décanter, dans le délire analytique, une cause simple peut produire un effet complexe.


Bref, il y a un mouvement, alors il faut bien un moteur. Les médias ne sont évidemment jamais trop loin quand il s’agit de trouver une des mécaniques d’inspiration d’un tueur.


La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal leur fait une chasse monomaniaque. Après la fusillade au collège Dawson en septembre 2006, la SSJBM (comme bien d’autres) a fermement dénoncé les très douteux rapports de causalité établis par une chroniqueuse du Globe and Mail entre ce crime et la loi 101, voire un attrait supposé de la société québécoise francophone pour la « pureté raciale ». Maintenant, la même SSJBM dénonce « les médias anglophones québécois et canadiens » tout d’un bloc comme « déclencheur sociopolitique » de l’attentat du Métropolis par ailleurs décrit comme un « acte isolé de folie ».


En somme, pour la SSJBM, quand un tireur fou se pointe ce n’est pas la faute des tensions sociolinguistiques au Québec, contrairement à ce que racontent certains médias anglophones, mais quand un autre fou tire dans le tas c’est la faute des tensions sociolinguistiques au Québec attisées par les médias anglophones. On en perd son joual.


Les médias, peu importe lesquels d’ailleurs, peuvent-ils seulement s’offusquer de se retrouver du mauvais bord de la cognée analytique ? Chaque fois qu’un drame se produit, les préposés au sens balancent leurs explications toutes prêtes, simplistes, qui rappellent la part du diable d’autrefois. Quand un jeune dégaine, la faute revient par exemple immanquablement aux jeux vidéo, aux films d’horreur, à la culture gothique, à tout le bazar pêle-mêle.

 

Analyses grossières


Peut-on vraiment s’en étonner ? Les derniers mois ont multiplié ad nauseam les analyses médiatiques grossières, par exemple pour lier des manifestations populaires (et leurs rares excès de violence) à de dangereuses menaces communistes. Cette vulgate distillée quotidiennement insulte autant l’intelligence que les accusations de fascisme et de racisme balancées sans gêne depuis des mois, des années et des décennies par certains médias à l’endroit de la très, très grande majorité des nationalistes québécois, pourtant d’une exemplarité démocratique à toute épreuve.


Des candidats défaits en ont rajouté ces derniers jours en rapprochant le drame du Métropolis des tensions sociopolitiques. Serge Simard, libéral battu dans Dubuc, a lié la tragédie à « la violence » qu’auraient favorisée « certains partis à l’Assemblée nationale ». Manon Massé, solidaire défaite dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, a au contraire établi des liens avec la violence générée par les décisions gouvernementales au cours des derniers mois.


Au moins, ils n’ont pas accusé les médias…

6 commentaires
  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 10 septembre 2012 08 h 55

    Déconnecté

    Ce drame ne relève pas d'un fait divers : un fou tire dans le tas parce qu'il n'a pas rpis ses pilules.

    Il s'agit d'un acte terrorisite. Un attentat contre la Chef de notre État commis par un individu habité par des fantasmes morbides au relent raciste clairment exprimer et pour des motifs politiques. Le tout dans un contexte de racisme institutionnalisé par les médias anglos.

    Ne pas être capable de prendre la mesure du phénomène n'augure rien de bon pour la suite.

    Combien de coups de feu encore avant de réeveiller les endomis de la bonne entente jovialiste.

  • Brian Monast - Abonné 10 septembre 2012 10 h 19

    Consistance dans la position de la SSJBM

    Il me semble que la SSJBM est cohérente avec elle-même quand, d’une part, elle reproche à des médias d’établir un faux rapprochement entre les lois linguistiques au Québec et une tuerie au collège Dawson et quand, d’autre part, elle condamne la diabolisation du Québec dans les média.

    Où voyez-vous ici deux poids, deux mesures?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 septembre 2012 12 h 21

      Ah ben oui, il va sans dire qu'il n'y a pas de différence entre une loi qui oblige à apprendre la langue nationale d'une région et le fait d'attiser à la moindre occasion le mépris ou la haine envers les individus qui parlent une certaine langue.
      ...

      Les lois linguistiques sont des lois qui protègent le français, et non des lois qui diabolisent ceux qui parlent d'autres langues que le français. Protéger une langue n'est pas diaboliser les autres. Qu'on fasse la différence une fois pour toutes.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 septembre 2012 14 h 00

      En effet. Le tueur de Dawson n'a jamais invoqué de motif politique, en tout cas canadienne ou québécoise, à son acte. La chroniqueuse du journal anglophone a affirmé que la loi 101 et le racisme des québécois pure laine étaient des causes de ce geste à partir du seul fait que ce tueur était un allophone intégré à la minorité anglophone.

      Cette chroniqueuse peut sans réserve et sans circonstance atténuante être considérée comme prise en flagrant délit du jaunisme le plus bas, le plus laid et le plus infect - de la véritable xénophonobie à l'état pur.

      La différence entre le cas de Dawson et l'attentat du Métropolis est que, dans ce dernier cas, le tueur a explicitement évoqué un motif politique - est-il nécessaire de le rappeler? Et dans ce dernier cas, la question du lien entre son acte et le discours politique est pertinente, dont le genre de discours tenu par cette chroniqueuse.

      Beaucoup ont dénoncé publiquement cet article de la chroniqueuse Jan Wong du Globe and Mail (un grand journal du Canada anglais) et exigé des excuses, dont Jean Charest et Stephen Harper dans des lettres ouvertes, et ces excuses ne sont jamais venues.

      J'espère que cette chroniqueuse et ses semblables, comme nous, considèrent qu'il est heureux que l'arme de M. Bain se soit enrayée - ça leur fera moins de morts sur la conscience.

  • Raymond Labelle - Abonné 10 septembre 2012 14 h 17

    Le courage qu'admire l'ex-député Simard, et ceux qu'il tait.

    "Serge Simard, libéral battu dans Dubuc, a lié la tragédie à « la violence » qu’auraient favorisée « certains partis à l’Assemblée nationale »."

    Le même M. Simard a loué le courage du maire Tremblay d'avoir tenu des propos xénophonobes pendant la campagne électorale.

    Le même M. Simard est resté silencieux devant le courage de M. Blanchette et du policier qui a maîtrisé M. Bain armé.

    Le même M. Simard est resté silencieux quant au courage dont Mme Benhabib et sa famille ont dû faire preuve, au risque leur vie, dans leur lutte contre l'intégrisme musulman.

    Pour ma part, de tous les courages ci-haut mentionnés, il me semble que celui de M. Tremblay ne fait pas le poids. Il faudrait demander à M. Simard ce qu'il en pense.

  • Jean Boucher - Inscrit 10 septembre 2012 14 h 39

    Pas du tout étonnant.

    «...Peut-on vraiment s’en étonner ? Les derniers mois ont multiplié ad nauseam les analyses médiatiques grossières...»

    On connaît les auteurs, une quinzaine de personnes pas plus, leurs noms et figures sont encore sur toutes les plateformes de la plupart des médias. Vous avez cité quelques noms très révélateurs.

    Si celà s'est régulièrement produit, c'est que celà faisait et fait encore l'affaire de quelques-uns. On les connaît aussi.