Revue de presse - Ouf!

Cela confirme, croit-il, que les Québécois se soucient avant tout, comme les autres Canadiens, d’économie, d’éducation et de santé. Selon lui, Marois sera trop occupée à se maintenir en selle pour chercher noise à Ottawa. Sinon, les autres partis pourront affirmer qu’elle fait passer les vieilles batailles avant la gouvernance de la province. McParland conclut en notant que les Canadiens anglais oublient trop aisément que les Québécois sont des électeurs comme les autres, qui changent de gouvernement quand ils en ont assez de celui en place.


Cette idée d’un simple mouvement de rejet du gouvernement libéral est reprise dans presque tous les commentaires. Le Toronto Star affirme qu’un plus grand nombre d’électeurs ont préféré l’expérimenté PQ à la CAQ parce qu’ils sont persuadés de pouvoir voter plus tard contre la souveraineté. Dan Gardner, du Ottawa Citizen, avoue qu’en tant qu’anglophone unilingue, il comprend mal la logique électorale québécoise et ressent toujours de l’inquiétude quand pointe une reprise possible des tensions Québec-Canada. Il a du mal à dissocier le PQ de son projet souverainiste, même si ses amis québécois lui disent que c’est possible. « Je ne sais pas comment ils font. Peut-être est-ce une meilleure maîtrise de l’épistémologie, un genre particulier de métaphysique gauloise. » Il invite ses concitoyens du reste du pays « à essayer cette métaphysique gauloise et à présumer qu’en élisant un gouvernement minoritaire péquiste, le Québec a simplement posé un geste démocratique bien ordinaire. »

 

Message pour Harper


L’équipe éditoriale du Globe souligne que l’arrivée au pouvoir du PQ « met fin à la modération qui caractérisait les relations entre le Québec et le reste du pays. L’insouciance du gouvernement Harper à l’endroit du Québec doit donc cesser. » Marois a indiqué qu’elle tenterait malgré tout d’exiger de nouveaux pouvoirs. Et elle « a encore, croit le Globe, un avantage dans une bataille avec Ottawa, car elle fait face à un gouvernement non seulement impopulaire au Québec, mais qui affiche une indifférence alarmante à son endroit. » Selon le Globe, le moment est venu pour Harper d’exposer sa vision du Canada. « L’approche au cas par cas ne permettra pas au pays de traverser une crise de l’unité nationale provoquée par Mme Marois », prévient le quotidien.


Michael Den Tandt, de Postmedia News, grince des dents à l’idée que tout le pays se retrouve de nouveau confronté « à ces provocations délibérées et pénibles, toujours servies sur le ton tragique de la victimisation, et qui ont fait des séparatistes québécois les plus agaçants de nos concitoyens depuis 1976 ». Mais, mais… Et si le reste du pays ne jouait pas le jeu, écrit-il. Marois, qui s’est réinventée en « championne démagogique de la Pure Laine afin de prendre le pouvoir », a indiqué que fomenter la chicane serait sa priorité. Mais si René Lévesque, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard n’ont pu faire la souveraineté, « comment croire que Marois puisse renverser la tendance ou même essayer », avec des résultats comme ceux de mardi. Harper n’a que cinq sièges au Québec et y est le moins aimé des politiciens ? Voilà un avantage. « Il ne doit rien à personne », écrit Den Tandt, un point de vue que partage Lorne Gunter, de l’agence QMI.

 

Identité et dérapages


Chris Selley, du National Post, dit que Marois a semé l’appréhension avec ses politiques identitaires et en a récolté les fruits. « On peut gagner en tentant de plaire aux abrutis […], mais ça ne rend pas les politiques qui leur sont destinées plus attirantes pour la majorité qui ne l’est pas. » Et comme Marois n’est pas une abrutie et que « les promesses électorales ne sont pas plus exécutoires au Québec qu’ailleurs », il invoque le calme. Il déplore cependant l’intolérance que les épisodes les moins reluisants de cette campagne ont fait ressortir, non seulement au Québec, mais dans le reste du pays. « Il est dérangeant qu’autant de Québécois aient récompensé Mme Marois pour un programme aussi cynique, mais nous ne sommes pas exactement gâtés côté politiciens nous non plus. Sur ce point, nous pouvons collectivement compatir. »


Bien entendu, la semaine ne pouvait se terminer sans quelques gouttes de vitriol. Sur le site du Huffington Post, Conrad Black s’est offert une tirade dans laquelle il traite Pauline Marois de « bag lady » et j’en passe. Licia Corbella, du Calgary Herald, l’a toutefois battu au poteau en disant ne pas comprendre que le tiers des Québécois aient appuyé « le programme intolérant et raciste du Parti québécois ». Corbella énumère les promesses de Marois en matière de langue, de citoyenneté et de laïcité. Elle note que les Albertains ont sévèrement puni le Wildrose Party pour moins que cela. La chroniqueuse est persuadée qu’après quelques mois d’un double discours péquiste sur les droits des minorités, c’en sera fait de ce gouvernement mené par « le parti le plus raciste de l’histoire canadienne ». Rien de moins.

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