Le défi de l’équilibre alimentaire

Tranquillement, comme chaque matin, Roberto Marthino se dirige vers son club santé pour y perdre les calories accumulées la veille avec ce qui est pour lui un plaisir, c’est-à-dire ses deux ou trois verres de vin sirotés la veille, qui gagnent en importance sur le repas du soir. Depuis un certain temps, il se préoccupe davantage de son physique et l’image que dégage sa petite personne passe avant même le fait d’être bien dans sa peau. Ce qui l’oblige à manger souvent les mêmes aliments, ceux qui paraissent bien sur l’emballage mais qui, en réalité, sont tout aussi néfastes que les autres pour la santé.

Manger du poisson, par exemple, se traduit chez lui par saumon d’élevage, tilapia et crevettes congelées en provenance du Vietnam ou du Mexique. Dans le même esprit, Roberto porte peu d’intérêt à la préparation culinaire, qu’il simplifie en allant au plus court avec du riz, de la salade préparée et souvent des mets chinois ou des sushis. Pour lui, le poulet, c’est du blanc, le pain correspond au pain brun tranché, qu’il croit meilleur pour sa santé, et quand il consomme du fromage, il se sent coupable et le regrette.

 

L’obsession du gras


On a tellement décrié le gras, dans les années 1990, qu’il est devenu pour Roberto l’ennemi alimentaire numéro un. Il est maintenant réfractaire à toute trace de gras sur le jambon, sur le porc, qui d’ailleurs n’en affiche plus, et il ne veut plus consommer de beurre pour laisser toute la place au yogourt léger à 0 % de matières grasses. En fait, Roberto vit dans l’obsession maladive du gras et des calories, s’empêchant ainsi d’apprécier bien des aliments.


Il se tient loin du fast-food, de la poutine et de la crème à 35 %, mais consomme chaque matin son Nutella et ses confitures maison, puis il prend par habitude du sucre dans son café. Tous les midis, au bureau, il consomme une salade sans se rendre compte qu’elle contient une sauce sucrée ni que son pain brun contient du caramel. Ainsi, il ne se rend pas compte qu’à la fin de la journée, il aura absorbé plus de 100 g de sucre brut dans son organisme.


Tout cela sans compter sa consommation de vin, qui lui rappelle que les flavonoïdes contenus dans son plaisir coupable contiennent aussi du sucre. S’en priver ? Non, simplement savoir tirer les enseignements de la science et du bon sens : le sucre est aussi dommageable pour la santé que le gras tant décrié, dès lors qu’on en abuse.


Pensez-vous que tous les consommateurs savent vraiment distinguer les glucides des lipides, qu’ils savent lire les étiquettes au supermarché, avec les attrapes qu’elles camouflent ? Ou que les gras cachés ou les sucres ajoutés sont comptabilisés de la bonne façon ? Non. Alors pourquoi tarde-t-on, partout sur la planète, à utiliser un même langage clair, comme l’avaient suggéré les Anglais à la Commission européenne sur la santé ? Des feux qui iraient du rouge (négatif) au vert (positif), en passant par l’orange purgatoire, selon les aliments.


Dans bien des cas, les lobbys beaucoup trop puissants des transformateurs en alimentation vont parrainer des colloques sur la nutrition, des études et des recherches spécifiques. Pourquoi donc, par exemple, l’influent consortium du sucre, en France, commandite-t-il encore aujourd’hui les fameuses Journées du goût qui se déroulent chaque année ? Comment se fait-il que les multinationales que sont Kraft, Nestlé ou Danone jouent souvent le rôle de bons samaritains lorsqu’on parle de saine alimentation ?

 

L’obésité


Plusieurs facteurs sont invoqués pour décrier l’obésité qui sévit dans tous les pays industrialisés. En premier lieu vient évidemment l’alimentation, suivie par la sédentarité et le manque d’exercice. Pourquoi les gens pauvres, naguère les plus maigres, sont-ils aujourd’hui devenus gros, voire obèses ? La réponse tient avant tout à une alimentation trop riche en gras et en sucre, ingurgitée rapidement.


Dans la dernière édition du magazine Protégez-vous (septembre 2012), on explique combien il est facile pour les parents et les enfants de se convaincre du bien-fondé de consommer, dans une chaîne de fast-food, un lait fouetté au chocolat qui contient pas moins de 26 cubes de sucre, pour un format moyen, soit l’équivalent de 105 g de sucre. Une telle concentration dans les aliments peut atteindre, à la fin de la journée, 150g de sucres si l’on consomme des céréales, un lait fouetté, une boisson énergisante et une boisson gazeuse, et cela sans parler de la nourriture et des gras et sucres cachés.


La dépendance au sucre est avérée et les multinationales de l’alimentation le savent fort bien. Glucose, sirop de maïs, sucre blanc ou saccharose? Rien ne vaut les sucres que l’on trouve naturellement dans les fruits sous forme de fructose, dans le sirop d’érable et le miel, qui sont composés et de fructose et de glucose, et qui contiennent des antioxydants, contrairement au sucre blanc. Dans tous les cas, l’abus de sucre comme de gras est nuisible pour l’organisme.


Du sucre partout, même dans le sel


Le problème du sel de table, c’est en général l’humidité, qui peut parfois l’amalgamer en blocs pour éviter qu’il ne s’échappe trop facilement des salières. De plus, pour prémunir la population du goitre, il faut obligatoirement y ajouter de l’iodure de potassium, qui se stabilise dans le sel avec une infime quantité de sucre. C’est pourquoi on peut voir la mention de sucre sur les emballages de sel de table.


En contrepartie, il semble que l’on diminue de plus en plus, au sein de l’industrie, l’ajout de gras trans ou de gras cachés, bien qu’ils soient encore trop présents dans certains cas. Mais consommer du beurre, des produits laitiers, du bacon ou de la charcuterie en portions raisonnables n’est pas plus dommageable que de manger tous les jours des poissons de fond de nos lacs ou rivières, au risque d’accumuler des doses de plomb ou de mercure.


L’équilibre, le bon jugement et la diversité dans la consommation de nos aliments favorisent une saine condition physique. À cela s’ajoute, comme le disent tous les spécialistes, l’exercice régulier, pour une bonne longévité. Le défi, c’est l’équilibre et la prise de conscience des consommateurs. Faudra-t-il en arriver, à l’instar de ce qu’on fait pour les paquets de cigarettes, à illustrer les contenants de fast-food avec des représentations de personnes dangereusement obèses ?


Chose certaine, s’agissant du sucre et du gras, combattre l’un, c’est combattre l’autre.


***

BIBLIOSCOPIE

L’univers des champignons

Sous la direction de Jean Després

Les Presses de l’Université de Montréal, 373 pages, 2012

Cet ouvrage remarquable rassemble des spécialistes de la mycologie et de grands amateurs de champignons au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde. Un univers fascinant qui est accessible à tous et qui tend à faire connaître le monde merveilleux des champignons, qu’ils soient comestibles ou carrément vénéneux.

À L'ARDOISE

La fête du canard


Pour la 17e année, la petite municipalité de Knowlton célèbre le fameux canard des Cantons-de-l’Est. On a choisi pour porte-parole le chef François Dompierre, ce compositeur ludique et amoureux du bien-manger, qui habite la région. Plus de 30 producteurs, vignerons, restaurateurs et aubergistes mettront le canard au menu durant deux week-ends, les 22-23 et 29-30 septembre.