Audi R8 GT Spyder - Les purs-sangs ne sont pas tous italiens

Lancée il y a deux ans, l’Audi R8 GT s’invite dans un créneau ultraspécialisé et ultrasélect.
Photo: Philippe Laguë Le Devoir Lancée il y a deux ans, l’Audi R8 GT s’invite dans un créneau ultraspécialisé et ultrasélect.

La Porsche 911 est le Saint-Graal des constructeurs de voitures sport. La mesure étalon, la mère de toutes les sportives, et ce, depuis près d’un demi-siècle. Tous les acteurs présents dans ce segment rêvent de faire mieux, sans jamais y parvenir. S’en approcher est déjà un exploit, qu’a réussi Audi avec sa R8.

Comme la 911, l’Audi R8 peut jouer sur plusieurs tableaux, en multipliant les versions. Une R8 4,2 (à moteur V8) se pose en rivale de la 911 Carrera 4S, tandis que la R8 5,2 (à moteur V10) joue dans la catégorie supérieure en tutoyant la Porsche 911 Turbo, mais aussi les Ferrari 458 et Lamborghini Gallardo. Ces dernières se déclinent également en version « sport extrême », modifiées en vue d’une éventuelle utilisation sur circuit, pour les gentlemen drivers et autres pistards.


Introduite il y a deux ans, la R8 GT s’invite dans ce créneau ultraspécialisé et ultrasélect. Une démarche cohérente, car la marque aux anneaux collectionne les succès en sport automobile : après avoir été la reine des rallyes dans les années 80, elle s’est attaquée aux championnats de voitures de tourisme, et surtout, aux courses d’endurance, avec onze victoires aux 24 Heures du Mans depuis 2000. Rien que ça. Et devinez comment s’appelait le premier prototype victorieux au Mans cette année-là ? R8, bien sûr.

 

Exclusivité assurée


Si Audi a fait une entrée fracassante dans le segment des voitures exotiques, c’est en partie grâce au design de la R8. Berlinette ou décapotable (Spyder), le pur-sang allemand est aussi spectaculaire qu’une Ferrari ou une Lamborghini. Plus personne ne se retourne au passage d’une Porsche ; trop commun. Mais avec une R8 Spyder, impossible de passer inaperçu. Timides s’abstenir.


Même sans toit, l’impact visuel est le même : la Spyder a autant de gueule que la berlinette. La robe rouge de notre véhicule d’essai, avec son aileron en fibre de carbone, frappait vraiment très fort. Je ne compte plus les pouces en l’air et le nombre de fois où on m’a pris en photo. La R8 GT vous assure par ailleurs l’exclusivité : seulement 333 exemplaires ont été construits, pour le monde entier. Pas un de plus.


Sur une note plus technique, l’utilisation de la technologie Space Frame, développée sur les prototypes des 24 Heures du Mans et qui combine l’emploi de l’aluminium et du magnésium, a été mise à contribution pour concevoir un châssis et une carrosserie aussi légers que robustes. Un autre matériau combinant ces propriétés a priori inconciliables a aussi été utilisé à plusieurs endroits : la fibre de carbone. On en trouve à l’intérieur et à l’extérieur de la voiture.

 

Pas si extrême


La chasse aux kilos était au sommet de la liste du cahier des charges dans l’élaboration de la R8 GT. On le constate aussi à l’intérieur avec les baquets plus minces et de nombreux éléments en carbone, ainsi que l’élimination de certains accessoires de luxe (phares et climatisation automatiques, par exemple). On a cependant ménagé la chèvre et le chou en conservant les lève-glaces électriques, l’écran GPS et la chaîne stéréo haute fidélité. Permettez-moi d’exprimer mon désaccord : tant qu’à faire dans l’extrême, pourquoi ne pas alléger au maximum, comme le fait Porsche avec ses 911 GT3 et Boxster Spyder ? Les autres versions de la R8 ont tout ce qu’il faut pour contenter ceux qui veulent un peu plus de luxe.


Côté ambiance, c’est plutôt réussi : le pédalier et le pommeau du levier de vitesses en aluminium évoquent la course, tout comme les baquets bien sculptés. Sans oublier la fibre de carbone, saupoudrée un peu partout. Question d’harmonisation avec la carrosserie, la couleur rouge est omniprésente : dans les panneaux à l’intérieur des portières et sur la console, mais aussi dans les coutures du volant et des sièges recouverts d’alcantara et de cuir, respectivement.


Comme toujours chez Audi, la finition est irréprochable, que dis-je, impeccable. Ce qui agace, cependant, c’est de retrouver certaines commandes identiques à celles des A3, A4 et A6. Dans l’habitacle d’un bolide de plus d’un quart de million de dollars (vous avez bien lu), on ne veut rien voir qui évoque la grande série, même si c’est une Audi. Certains se plaindront de la petitesse du coffre ; je leur répondrai qu’au moins, il y en a un. C’est déjà mieux que certains cabriolets à toit rigide, avec lesquels c’est « pas de toit, pas de coffre ».

 

« Lamborghaudi »


Le moteur, on ne le répétera jamais assez, c’est le coeur d’une automobile. Et c’est encore plus vrai pour une sportive. Ici, nous sommes dans les hautes sphères, le sport d’élite, et des voitures d’exception exigent des motorisations d’exception. Si la R8 a réussi à se faire un nom aussi rapidement, c’est aussi grâce à sa paire de moteurs. Avec ses 430 chevaux (pour 1635 kilos), le V8 de 4,2 litres ferait amplement mon bonheur, mais dans cet univers, il en faut toujours plus. Le V10 de 5,2 litres a presque 100 chevaux de plus - 525, plus précisément. Il s’agit d’une version dégonflée de celui de la Lamborghini Gallardo. (Rappel historique : Lamborghini fait partie de l’empire Volkswagen depuis 1998 et la marque au taureau a été placée sous la responsabilité de la marque aux anneaux. Ceci explique donc cela.)


Vocation et exclusivité obligent, seule la R8 GT a droit au même V10 que sa cousine italienne. Elle fait chèrement payer les 35 chevaux supplémentaires ; notre exemplaire commandait une addition de 256 000 dollars et des poussières, un tarif qui la situe dans les mêmes eaux que la Lamborghini. Personnellement, pour le même prix, je prendrais une R8 4,2 et une A6. On jase… De toute façon, le rationnel n’a pas droit de cité dans cet univers.

 

Envolées lyriques


Le V10, donc. Le périple commence sur l’autoroute, à 120 kilomètres-heure. Capote baissée, bruits de vent… Dans ce contexte, la sonorité métallique, un peu rugueuse, de l’engin me déçoit un peu : trop d’aigus, pas assez de graves. Mais dès qu’on enfile une suite de virages et qu’on délaisse la boîte automatique pour passer les rapports manuellement, c’est autre chose ! Là, ça devient sérieux. À plus de 4000 tours-minute, le V10 montre toute son élasticité, notamment vocale : ses envolées lyriques vous donneront de très agréables sensations, que la décence m’empêche de comparer avec vous savez quoi.


La boîte de vitesses robotisée Rtronic en tire la quintessence, et ce, à tous les chapitres. Sur la piste, sa rapidité d’exécution vous permettra de grignoter les dixièmes de seconde. En conduite normale, elle contribue aussi à maintenir la consommation à un niveau raisonnable, étonnant même pour une voiture aussi puissante. Une moyenne de moins de 15 litres au 100 kilomètres avec ce genre de bolide, c’est très honorable. Cela a fait du bien à mon portefeuille, saigné à blanc par quelques gros buveurs cet été…


Le problème de ce type de boîte n’est pas l’efficacité, mais les sensations. Traitez-moi de puriste ou de nostalgique (auquel cas vous n’avez pas tort), mais rien ne peut m’enlever une boîte manuelle pour ressentir le maximum de plaisir. Surtout celle de la R8, avec sa grille de sélection métallique inspirée des sportives italiennes. Je craque pour son « clac clac clac ! », métal contre métal, et pour l’effet de symbiose. Tandis qu’une boîte robotisée… Je vous ai déjà fait la comparaison avec un condom ; je ne la referai pas.

 

Le plaisir croît avec l’usage


Dès les premiers kilomètres, je me questionne. Les passages saccadés de la boîte automatique, la fermeté de la suspension à basse vitesse… Ma foi, je vieillis ! Mais surtout, je n’arrive pas à connecter avec cette voiture, je ne ressens pas d’émotion. Ça ne durera pas : encore une fois, dès qu’on délaisse l’autoroute pour un parcours sinueux, la R8 GT se métamorphose. Et moi, je deviens accro au bout de cinq minutes. Une semaine plus tard commence le sevrage, quand je rapporte le véhicule. Il n’est toujours pas terminé. Je me réveille encore la nuit, fiévreux, tremblant, en manque…


Et pourtant, je n’ai pas ressenti de coup de foudre, comme ce fut le cas avec la Maserati, par exemple. L’italienne m’a conquis dès que je me suis installé derrière le volant et que j’ai tourné la clé : le son de V8 m’a instantanément envoûté. Avec la R8 GT, le plaisir croît avec l’usage. Mais il croît rapidement ! Il y a d’abord le chant du V10 ; ensuite, c’est la combinaison agilité-motricité qui crée la dépendance.


Dès qu’on passe en mode sport (à l’aide d’un interrupteur sur la console), tout se raffermit encore plus. La conduite est très directe, et le roulis, inexistant. Puisqu’on est assis au ras du sol, les sensations se rapprochent de celles d’un kart, format géant. Et avec un parebrise. Difficile de trouver sportive plus efficace et aussi facile à maîtriser. Si, comme moi, vous n’êtes pas un pilote professionnel, vous aurez moins de chances de vous retrouver dans le décor qu’avec des machines aussi pointues que les Porsche 911 GT2 et GT3 ou une Ferrari 458. Un gros merci au rouage intégral quattro, qui soude la voiture au sol.


Audi oblige, le confort n’a pas été complètement sacrifié. À peine, même. J’ai passé des journées entières à rouler sans ressentir le moindre désagrément. La suspension de la GT est plus ferme que celle des autres R8, mais ce n’est pas une Lotus Elise ou une Nissan GT-R non plus. J’ai encore tous mes plombages et je n’ai pas eu besoin d’aller voir le chiro. Pépère n’a pas trop souffert.

 

Conclusion


Même après 21 ans de métier, il y a encore des voitures qui m’impressionnent, et l’Audi R8, GT ou pas, est de celles-là. Le hic, c’est que la GT est aussi l’une des voitures les plus chères que j’ai conduites à ce jour. Lorsque le vendeur m’a dit le prix en me remettant les clés, j’ai failli m’étouffer. Un quart de million, c’est moins cher qu’une Ferrari 458 Spider (315 000 $) ou une Lamborghini Gallardo Spyder LP560-4 (290 000 $) ; mais c’est plus qu’une Mercedes SLS AMG Roadster, une Porsche 911 Turbo Cabriolet, ou même une McLaren MP4-C. Or, les modifications apportées à la R8 GT ne justifient pas l’écart de prix avec une R8 5,2 Spyder, dont le prix de départ est de 187 000 $. D’une part, la différence n’est pas assez marquée et, d’autre part, les puristes l’auraient souhaitée encore plus radicale, plus légère et moins conviviale. Plus « piste » et moins « route », quoi. Voilà des considérations irréelles pour le commun des mortels, mais dans cet univers, tout est irréel.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 4 septembre 2012 08 h 01

    Le prix

    «Prix du véhicule d'essai: 256 600$»
    Ben coudonc ...

  • François Dugal - Inscrit 4 septembre 2012 08 h 06

    La troisième pédale

    Encore une «sportive» sans pédale d'embrayage.
    La «clientèle visée» ($$$) ne sait pas conduire?
    US qu'on s'en va?

    • Jérôme Brisson - Inscrit 4 septembre 2012 10 h 33

      « Quousque tandem abutere, Ultracrepidaria, patientia nostra?...»

      Deux commentaires lapidaires juste pour le plaisir de bavasser, de fienter sur le plaisir des autres (ne serait-ce que le plaisir de rêver)? À ce coup-ci, M. Dugal, c'est vraiment du radotage! C'est correct, on le sait, les Maserati, les Porsche, c'est trop cher pour vous! Message reçu! Peut-être y a-t-il chez vous un vieux fond de culpabilité judéo-chrétienne, teintée de jalousie et d'envie envers « la clientèle visée », ceux qui réussissent et peuvent s'offrir une voiture dans les 6 chiffres. D'ailleurs, j'observe que vous ne manquez jamais de faire parade ostentatoire de votre modestie (paradoxe!) en portant aux nues votre Hyundai Elantra Touring, louangeant sa consommation spartiate et son comportement ô combien raisonnable à qui daigne vous lire... Grand bien vous fasse! À petites gens, petits plaisirs…

      Moi aussi, je l'aime bien, ma Mazda 3 2010. Et jamais mon humble revenu ne me permettra d'avoir une Audi R8 GT Spyder dans mon entrée. Mais j'ai aussi le droit d'aspirer à plus, de rêver au luxe, à la décadence, à une Jag ou encore à une Maserati Gran Turismo, comme celle que notre ami Laguë a eu le privilège d'essayer il y a deux semaines, et qui lui a inspiré une de ses plus belles et plus émouvantes chroniques à avoir honoré ces pages. Chacun a le droit de rêver, et bien sot est celui qui, par envie ou jalousie, gâche le rêve des autres.

      À bon entendeur,

      Jérôme Brisson

  • François Dugal - Inscrit 4 septembre 2012 17 h 07

    Ciceron - De verres

    «Usque tandem, Catilina, abutere patientiam nostram.» (Jusqu'à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience).
    Ces autos «de luxe», trop faciles à conduire avec toutes leurs assistances électroniques, diluent le plaisir de piloter.
    L'auto qui m'a procuré le plus de plaisir est une Renault 5L de 1976 avec un moteur de 845 cc de 33 cv. Le levier de changement de vitesses en «manche de parapluie» était terriblement précis et je changeais les rapports «au son», sans utiliser l'embrayage.
    Avec si peu de puissance, il fallait cravacher pour rester avec «le traffic». Elle m'avait coûté 3 000$ et faisait 5 litres aux cent km. Grâce à elle, j'ai pu traverser la crise des hypothèques (22% !!!) en 1980 sans perdre ma maison.
    En 6 ans, j'ai fait 145 000 km et je l'ai revendue 1 500$ lors du deuxième choc pétrolier en 1982.
    Pas besoin d'être riche pour du plaisir au volant.

    • Jérôme Brisson - Inscrit 5 septembre 2012 10 h 06

      Pour votre gouverne, M. Dugal, voici le texte original du début de la première catilinaire de Cicéron :

      « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra?
      Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet?
      Quem ad finem sese effrenata jactabit audacia? »

      Traduction française :

      « Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu, enfin, de notre patience?
      Combien de temps encore serons-nous le jouet de ta fureur?
      Jusqu’où s’emportera ton audace effrénée? »

      Pas besoin d'être riche pour du plaisir au volant, dites-vous? Devoir cravacher pour rester dans le trafic ne correspond pas généralement à l'idée qu'on se fait du plaisir au volant! Mais pour certaines personnes avec un penchant masochiste, je suppose que le plaisir ne se conçoit jamais qu'avec un peu de souffrance...

      Au plaisir!

      J.B.