Dans l'oeil du citoyen - Mardi, rien ne sera réglé

Il ne s’agit pas de dire que les élections ne servent à rien. Bien au contraire. Les partis ne sont pas tous équivalents. Le 4 septembre, nous choisirons des priorités à mettre en oeuvre, mais surtout un style de gouverne.

Toutefois, rien ne sera complètement réglé mardi.


Si le gouvernement est minoritaire, il va de soi que les volontés du parti au pouvoir peuvent être bloquées par ses adversaires. Pour le Parti québécois, cela veut dire mettre une croix sur le référendum, la charte de la laïcité ou l’annulation de la hausse des droits de scolarité. Si c’est la Coalition avenir Québec, oubliez l’abolition des commissions scolaires ou l’obligation pour les médecins de famille de se tuer à la tâche sous le fouet de Gaétan Barrette.


Même s’il est majoritaire, le gouvernement aura pris le pouvoir avec le soutien d’à peine le tiers des suffrages exprimés. Deux électeurs sur trois auront voté contre lui. Pour engager des réformes durables, il devra convaincre encore la population et les groupes concernés du bien-fondé de ses choix. Un gouvernement ne peut jamais réformer seul. Il a besoin de l’appui de la société pour que les changements soient suivis de résultats.


Dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement va devoir discuter, consulter, réfléchir avec la population afin de faire émerger, au-delà de l’Assemblée nationale, des consensus suffisamment forts pour transcender la logique électorale.


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Le premier défi à se présenter concernera évidemment l’issue du conflit étudiant. Si Pauline Marois formait un gouvernement majoritaire, elle pourrait certes annuler la hausse des droits de scolarité, mais elle a promis un Sommet sur l’enseignement supérieur dont l’issue sera déterminante pour la paix sociale, mais surtout pour l’avenir de nos universités.


Je note qu’au cours des derniers jours, François Legault et Jean Charest ont manifesté quelque ouverture à un certain dialogue sur cet enjeu s’ils sont élus. Le dialogue sera incontournable, sinon la rue reprendra ses droits.


La tâche ne sera pas facile et je doute qu’un sommet de deux jours soit suffisant pour accomplir de réels progrès. Ce sommet pourrait lancer une démarche, comme en 1996, après le premier sommet convoqué par Lucien Bouchard, qui fut suivi de la création de groupes de travail dont les recommandations ont été discutées lors d’un deuxième rendez-vous, l’automne suivant. Cette démarche avait conduit au déficit zéro, mais aussi à la création des centres de la petite enfance et du chantier de l’économie sociale.


Il faudra envisager un engagement du même ordre de la part du gouvernement et des parties prenantes. Pour bien faire, il faut inclure les citoyens, les consulter eux aussi. Le conflit étudiant a déchiré la société, il n’a pas seulement divisé l’élite politique et administrative. Il faut donc aller dans la société pour retrouver une paix qui s’appuie sur des valeurs partagées.


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Le gouvernement devra appliquer la même logique à d’autres enjeux majeurs. Le Plan Nord (qui subsistera, même si c’est sous un autre nom) ne sera un succès que si on implique davantage les citoyens de l’ensemble du territoire québécois. Nous avons certainement besoin d’une nouvelle politique énergétique pour laquelle les arbitrages devront s’appuyer sur un large débat public. Les changements de structures en éducation proposés par la CAQ nécessiteraient aussi des négociations qui iront bien au-delà des processus administratifs.


La démocratie a changé. L’élection est un dispositif commode pour désigner les gouvernants. Mais ceux-ci n’ont plus le choix, dans une société fragmentée, pluraliste et scolarisée, d’inclure dans la prise de décisions, entre les élections, des processus reconnus de participation citoyenne.


Les élections du 4 septembre indiquent aussi que le bipartisme ne sied plus guère à la société québécoise, notamment dans le contexte où, bien que toujours importante, la question nationale n’est plus autant qu’elle le fut le principal facteur structurant de la vie politique. Ce multipartisme de fait va exiger également des changements dans le mode de scrutin. L’Assemblée nationale doit devenir plus représentative de la diversité qui est la nôtre. Voilà un autre sujet dont un gouvernement responsable voudra débattre avec les citoyens.


N’oubliez pas d’aller voter.


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6 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 2 septembre 2012 06 h 48

    Très probable coalition...

    Les Québécois ne sont pas habitués de voir se former une coalition de députés, autrefois adversaires, pour se partager le pouvoir. Cette fois, il se peut fort bien, et je dis que cela se produira probablement, que le Parli libéral et la Coalition obtiennent ensemble un plus grand nombre de députés que le PQ et Qs réunis. Donnons 37 sièges au libéraux et 30 à la CAQ. Donc 56 au PQ et 2 à Québec solidaire. Nous obtenons un gouvernement majoritaire composé des deux premiers partis. Si Jean Charest et François Legault ne sont pas élus dans leur circonscription on arrive à une très intéressante situation. Les libéraux réclameraient le poste de premier ministre. La situation pourrait se résoudre en créant un vrai poste de vice-premier ministre, comme en Grande-Bretagne, avec un droit de veto accordé au vice-premier ministre. La CAQ serait-elle prète à jouer ce rôle?
    Je ne serais pas surpris que les Québécois se retrouvent le 5 septembre avec toute une panoplie de nouveautés politiques.

    • André Chevalier - Abonné 2 septembre 2012 21 h 15

      Je pense que la population ne le prendrait pas.
      Là, ce serait vraiment le chao.
      La démocratie s'exprimerait dans la rue avec une vigueur à côté de laquelle les manifestations du printemps feraient figure de promenade du dimanche.

    • Catherine Paquet - Abonnée 3 septembre 2012 18 h 04

      Pour un démocrate, vous m'étonnez, M. Chevalier.

      Pourquoi la population du Québec n'accepterait pas que le Lieutenant-gouverneur invite les deux partis non-souverainistes qui auraient obtenu plus de 60% des votes et une majorité de sièges, de tenter de former un gouvernement de coalition. Vous voyez quoi, autrement. Une nouvelle élection générale en octobre ou novembre prochain.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 septembre 2012 10 h 28

    Appel aux Solidaires et aux Onistes

    Appel aux Solidaires et aux Onistes Québec solidaire et Option Nationale, avec respectivement 7 et 2% des votes, pourraient selon Pierre Dubuc du Journal L’Aut’Journal faire toute une différence.

    En se basant sur les calculs des prévisions du site «Too close to call» ce n’est pas 10 circonscriptions mais bien 25 qui pourraient basculer, avec le vote combiné des QS et ON, dans le camp, soit des Libéraux soit des Caquistes.

    C’est Stephen Harper et tout le camp fédéraliste qui ont dû se réjouir en lisant les propos de la porte-parole de Québec solidaire, françoise David. Maintenant que pointe à l’horizon la possibilité d’un gouvernement péquiste, tout doit être mis en œuvre pour qu’il soit au moins minoritaire.

    C'est un pensez-y bien, parce qu'un gouvernement caquiste ou libéral c'est long à endurer. Les électeurs doivent se responsabiliser et réfléchir aux conséquences de leur vote et voter pour le mieux-être de la collectivité, celle d'aujourd'hui, et non pas celle dans dix ou vingt ans.

    • Marc Bergeron - Inscrit 2 septembre 2012 20 h 48

      pensez-vous qu'avec un vieux parti qui à toujours été le mien le PQ soit exempt. Que fera Madame avec son mari? LA caisse de dépôt»»? J'ai pas oublié la façon anti démocratique qu'elle a pris le relève de Boisclair, LA FGS et la Gaspésia. »Le PQ est propriétaire de groupes de pressions comme jamais entre autre les forestières. Des anges cornus prêt à tout pour le pouvoir voilà le PQ et PLQ. J'espère que les québécois se souviendront comment il fut difficile avec Charest et Harper majoritaire.

    • Claude Smith - Abonné 3 septembre 2012 09 h 40

      M. Bergeron, je suis surpris que vous ne faites pas mention de la CAQ qui pourtant est redevable de Charles Sirois et compagnie. La CAQ préconise le grand ménage en santé et en éducation qui sont les principales missions du gouvernement.

      Or, en prétextant faire le ménage et faire des économies, le néolibéralisme s'attaque toujours à l'État dans le but de l'affaiblir et de le soumettre au dictat de l'oligarchie comme c'est le cas entre autres aux États-Unis. Ce néolibéralisme nous affirme que le moins d'état et la liberté des marchés va nous conduire à la prospérité. Et pourtant, depuis que cette théorie est en marche, l'écart entre les riches et les pauvres + la classe moyenne n'a cessé de se creuser. Elle est aussi à la source de la crise économique que nous vivons depuis 2008.

      Claude Smith