Des gens raisonnables

Avant de rencontrer l’équipe éditoriale du Devoir hier matin, Françoise David avait lu cette lettre, publiée dans nos pages, que lui avait adressée une électrice de Gouin, qui se disait « plus déchirée que jamais ». Même si elle adhérait en grande partie aux valeurs de Québec solidaire et souhaitait qu’Amir Khadir ait de la compagnie à l’Assemblée nationale, elle avait décidé de voter PQ mardi prochain. « Dans l’intérêt de la collectivité », expliquait-elle.

Que lui répondait la coporte-parole de QS ? « L’Intérêt de la collectivité québécoise est que je sois élue », a-t-elle affirmé avec une impressionnante certitude. Tout le monde reconnaît que Mme David a offert une performance remarquable lors du débat télévisé entre les quatre chefs de parti et que sa présence à l’Assemblée nationale contribuerait à élever le niveau des débats, mais était-ce bien à elle de dire que « les gens ont découvert une femme d’État » ?


Assis à ses côtés, Amir Khadir en a remis. Bon prince, il a concédé que Nicolas Girard a été un « bon député », mais Mme David est « un leader national ». Qui plus est, une personnalité « d’envergure internationale ». Mazette !


Bon nombre de souverainistes aimeraient tout de même trouver en elle un peu moins de mère Teresa et un peu plus de Jeanne d’Arc. M. Khadir avait pourtant raison de souligner sa contribution à la promotion du projet souverainiste, qui est généralement éclipsée par son engagement social.


La marche du Pain et des roses de 1995 a marqué les esprits, mais il lui a fallu encore plus d’efforts pour convaincre la Fédération des femmes et la défunte Option citoyenne d’embrasser la cause souverainiste.


Si le chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, impressionne par son aptitude à démontrer comme autant d’évidences les avantages économiques du projet souverainiste, Françoise David excelle à le présenter comme le meilleur moyen d’arriver à une société plus juste et plus humaine.


On dépeint souvent Québec solidaire comme une bande de rêveurs, mais toute révolution nécessite une part de rêve. C’est précisément ce que le PQ de Pauline Marois n’arrive plus à offrir. Du début à la fin, la campagne péquiste a nettement manqué d’inspiration. Pas étonnant qu’autant de jeunes souverainistes se tournent aujourd’hui vers ON et QS.


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Si Mme Marois se retrouve dans l’obligation de diriger un gouvernement minoritaire, le meilleur scénario serait certainement que d’autres souverainistes héritent de la balance du pouvoir. Les coporte-parole de QS se portent volontiers volontaires. L’aubaine serait inespérée.


La nouvelle première ministre devrait faire son deuil de certains éléments de sa plateforme, comme l’extension des dispositions de la Charte de la langue française au niveau collégial, ou encore la création d’une citoyenneté québécoise, dont QS ne veut pas entendre parler, mais ce serait nettement préférable aux diktats d’un front commun libéralo-caquiste.


Hier, on était bien loin des appels à la désobéissance civile et des imprécations lancées par Amir Khadir. La grande bataille contre le néolibéralisme devra faire une pause. « On va se comporter en gens responsables et raisonnables », a assuré Mme David.


Il ne serait pas question d’exiger l’instauration d’un revenu minimum garanti, ni même l’introduction d’un élément de proportionnelle dans le mode de scrutin, que QS réclame pourtant depuis sa fondation.


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Qui sait, cette collaboration permettra peut-être aux militants du PQ et de QS, qui se regardent souvent en chiens de faïence, de s’apprivoiser mutuellement. On semble toutefois bien loin de la grande alliance des forces progressistes et souverainistes que plusieurs appellent de leurs voeux.


Même si sa candidature dans Gouin était un des principaux obstacles à la conclusion d’une entente électorale entre le PQ et QS, Mme David s’est bien gardée de dire si son éventuelle victoire permettrait de relancer les négociations en prévision du prochain scrutin.


Aux élections générales de 2008, QS a recueilli 3,78 % des voix. Les 7 % dont le créditent les sondages constitueraient une intéressante progression, essentiellement aux dépens du PQ. Alors, pourquoi engager prématurément l’avenir ?

34 commentaires
  • Réjean Grenier - Inscrit 31 août 2012 01 h 23

    C'est complexe tout ça!

    Je ne suis pas certain de bien comprendre le sens
    exact du texte de Michel David.

    Si on est en train de dire qu'il serait possible que QS
    offre une alliance avec le PQ en enlevant certains irritants, je suis d'accord à cent pour cent
    et j'incite Madame Pauline à y réfléchir...et vite.

    Comme vous le dite si bien, "pas question d'un front commun libéralo-caquiste".

    Il y a de l'avenir dans une alliance négociée de bonne
    de bonne fois et pour les bons motifs.

    Élire un bon gouvernement souverainiste en collaboration avec alliés de classe.

    Voilà, ai-je bien compris monsieur David?

    Réjean Grenier

  • Yves Claudé - Inscrit 31 août 2012 01 h 31

    La prétention de Mme David et de M. Khadir à gouverner indirectement le Québec …!

    L’article de Michel David rend encore plus explicite que l’entrevue elle-même (voir l’autre article du Devoir) la prétention de Madame David et de Monsieur Khadir à gouverner indirectement le Québec.

    Voilà une question éthique passablement intéressante … mais aussi incontournable, que les sympathisants de Québec solidaire devront très honnêtement se poser, avant d’accorder leur vote a un parti qui fait part très ouvertement, et peut-être aussi naïvement, de la manière dont il entend utiliser une éventuelle «balance du pouvoir» !

    Certains citoyens, attachés aux principes bien compris de la démocratie, pourraient avoir à regretter leur vote, à défaut d’avoir pris en considération, non seulement le programme politique de QS, mais aussi son programme stratégique !

    Yves Claudé

    • Solange Bolduc - Abonnée 31 août 2012 09 h 50

      Il y a de quoi s'interroger, sinon s'inquiéter! Ce que je vois : Avec le côté très autoritaire de Mme David, qui croit pouvoir mener la "barque" si elle obtient la balance du pouvoir, et M. Khadir, agenouillé presque devant la grande dame, je me demande où se situera le respect envers Mme Marois, qui , je l'espère, ne se laissera pas impressionnée par eux, mais fera ce que dois, en tant que chef d'un Gouvernement minoritaire , advenant que ce serait le cas.

      On a déjà vu ça la compétition ou la rivalité entre les femmes! Il ne faudrait quand même pas que cela se transporte à l'Assemblée nationale !

      Dans un sens, c'est peut-être là qu'on verrait la force et la vraie grandeur des deux femmes ! Le moins qu'on puisse dire , c'est que d'heureuses ou de mauvaises surprises nous attendent, et nous verrons si les femmes ont mieux évolué que les hommes ?

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 31 août 2012 10 h 28

      Evidemment madame David et monsieur Kadhir cherchent à gouverner le Québec. Tout comme madame Marois, monsieur Charest, monsieur Aussant et monsieur Legault. Voyons donc, pourquoi se présenteraient-ils aux élections sinon ?

      Gardons un peu de retenu. Je peux comprendre qu'il soit difficile de faire confiance aux politiciens mais quand même. Parfois cela frôle le ridicule, pour ne pas dire la paranoïa.

    • Jean Boucher - Inscrit 31 août 2012 10 h 32

      N'oublions pas trop vite que ces gens-là ont préféré voter pour un parti social-démocrate canadien plutôt que social-démocrate québécois à Ottawa, Juste pour ça ils devraient en payer le prix le 4 septembre.

    • Yves Claudé - Inscrit 31 août 2012 11 h 43

      S’accaparer un pouvoir tout à fait disproportionné !

      Monsieur Nicolas Blackburn,

      Il faut considérer, non pas une éventuelle « paranoïa » dont je ne vois nulle trace, mais une légitime préoccupation relative au fait qu’à travers une manipulation pudiquement nommé « balance du pouvoir », les dirigeants de QS avouent ouvertement qu’ils tenteront de s’accaparer un pouvoir tout à fait disproportionné par rapport à leur réel poids politique !

      Une telle attitude est fort questionnable, si l’on se place du point de vue de la démocratie, bien comprise !

      Yves Claudé

    • Gilles Théberge - Abonné 31 août 2012 16 h 05

      Je suis d'accord avec monsieur Boucher. Ces gens ont levé le nez sur le Bloc tout en se disant souverainistes. Et ils ont appuyé un parti fédéraliste centralisateur à Ottawa dont on n'attend rien pour le québec.

      Et de fait cette députation dont plusieurs n'en sont pas encore revenus d'avoir été élus à l'aveugle, ne semblent pas vraiment se soucier du Québec.

      Ma conclusion c'est que la défaite de Québec Solidaire ne serait pas une perte pour le Québec. Quoiqu'il en soit, la plupart des partisans de QS se joindront probablement au NDP provincial que Mulcair s'apprête à créer.

  • Catherine Paquet - Abonnée 31 août 2012 07 h 04

    J-M Aussant et son programme...

    Michel David aime bien M. Aussant et il souligne que le leader d'Option nationale "impressionne par son aptitude à démontrer comme autant d’évidences les avantages économiques du projet souverainiste". Peut-être M. David a-t-il raison, mais M. Aussant n'a rien fait de celà au cours des 5 précieuses minutes que lui accordait l'émission 24-60 de RDI jeudi soir (30 août). Il a pris ou perdu ce temps de parole à dire et à répéter que s'il était élu et si éventuellement il accédait au pouvoir, il appliquerait intégralement son programme, qu'il respecterait ses engagements et qu'il serait fidèle à ses options. Mais pas un mot du contenu. Rien sur l'économie. À moins que vous soyez un citoyen de sa circonscription ou que vous ayez eu la chance de voir quelques pages de son programme, vous êtes devant le vide complet.

    • Jean Boucher - Inscrit 31 août 2012 10 h 35

      Il fût très décevant. Un continuel "je, me, moi".

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 31 août 2012 10 h 38

      Bonjour M. Paquet,

      la plateforme de m. Aussant est facilement accessible en ligne sur le site d'Option National et on trouve aussi de nombreuses entrevues et vidéos où m. Aussant se fait un plaisir de défendre son point de vue sur le plan économique.

      Il suffit de chercher "youtube aussant economie" dans google et on obtient une tonne de résultats. Facile ! On peux même faire pause pour aller faire pipi ou pour parler au téléphone, ou bien écouter plus tard si ça nous dit pas sur le moment. Si jamais le vidéo nous touche, on peut le partager en ligne avec nos amis sur facedebook, ou le garder en favori pour y retourner plus tard.

      C'est ce qu'il y a de formidable avec internet, c'est facile, et bien mieux que la télévision.

    • Jonathan Kemp - Inscrit 31 août 2012 11 h 13

      La plateforme d'ON est facilement accessible sur leur site web à l'adresse suivante : http://www.optionnationale.org/images/Option%2

      Elle tient en une douzaine de pages. C'est court, concis, et facile à comprendre. Avce un minimum de volonté, personne n'est "devant le vide complet".

      Quant à l'entrevue de 5 minutes à 24/60, c'était, aux dires même de l'animatrice, une entrevue "d'embauche" de Premier Ministre... pas un 5 minutes de discussion sur les avantages économiques de la souverainté du Québec.


      ON est un jeune parti. Très jeune. Je souhaite de tout coeur que J-M Aussant gardera son siège à l'assemblée pour que, d'une part, il continue à contribuer intelligement aux enjeux du Québec, et d'autre part, pour qu'ON continue de grandir.

  • François Ricard - Inscrit 31 août 2012 07 h 16

    Des souverainistes raisonnables

    Après le 4 septembre, il est à espérer que des gens raisonnables des partis souverainistes( PQ, ON, QS, PI) prendront sur eux de former une véritable coalition des forces indépendantistes.
    Donnons-nous un pays d'abord où nous serons maîtres de notre destin.
    Ensuite nous pourrons décider si nous voulons un Québec plus à gauche, au centre ou plus à droite. Pourquoi diviser un territoire qui n'est pas encore nôtre? Pourquoi diviser un territoire qui, en bonne partie, est gouverné par un autre palier de gouvernement?

  • André Vallée - Abonné 31 août 2012 07 h 17

    Une majorité essentielle

    Sans majorité, l'équipe talentueuse et expérimentée de Pauline Marois ne pourra pas fonctionner adéquatement pour le bien commun. Ce serait un véhicule dont une roue a un sabot de Denver. Donnons-lui le vrai pouvoir; il n'y a pas le risque de la dernière élection alors que nous avons laissé John James se hisser.

    • Bernard Gervais - Inscrit 31 août 2012 12 h 48

      Vous avez tout à fait raison !

    • Louka Paradis - Inscrit 31 août 2012 22 h 08

      D'accord.
      Louka Paradis, GAtineau