L’unité perdue

L’impossibilité de conclure une alliance électorale avec Québec solidaire, dont Jean-François Lisée s’était fait l’ardent promoteur, pourrait venir hanter le PQ. Au train où vont les choses, il risque de subir tous les inconvénients qu’aurait comportés une telle alliance, sans profiter de ses avantages.

« Nous, au PQ, la mesure de notre succès, c’est de battre les libéraux. Malheureusement, la mesure de Québec solidaire, c’est de battre des péquistes », a déploré M.Lisée. En réalité, QS aura peut-être le meilleur des deux mondes : les libéraux seront battus et le PQ devra peut-être quémander son appui.


Bien entendu, Mme Marois n’allait pas commencer à faire des conjectures sur la formation d’une éventuelle coalition, peu importe avec qui. Depuis le premier jour de la campagne, la perspective de plus en plus vraisemblable d’un gouvernement minoritaire donne des cauchemars aux péquistes, mais on avisera mardi prochain.


La chef péquiste a commis un énorme euphémisme en disant que « ça va être beaucoup plus simple » de diriger un gouvernement majoritaire. En réalité, un PQ minoritaire serait littéralement menotté.


Ni la CAQ ni le PLQ n’auraient la moindre sympathie pour la « gouvernance souverainiste », avec ou sans référendum à la clé. Il faudrait oublier la nouvelle loi101, la citoyenneté québécoise, le référendum d’initiative populaire, etc. Qui plus est, la situation économique s’annonce plus difficile que prévu, ce qui condamne le prochain gouvernement à une austérité financière génératrice de grogne.


***


En 2008, Jean Charest n’avait réussi à retrouver une majorité à l’Assemblée nationale qu’en raison de l’incurie de l’ADQ, qui n’avait même pas été en mesure d’offrir une opposition digne de ce nom. Lui confier les rênes du gouvernement était tout simplement impensable.


L’équipe réunie par François Legault est nettement plus forte que celle de Mario Dumont. Avec 18 ou 24mois d’expérience parlementaire, elle sera en mesure de présenter une option très acceptable.


Le PQ est tout aussi vulnérable sur sa gauche. Les coups d’éclat d’Amir Khadir ont assuré une grande visibilité à QS, mais plusieurs voient toujours en lui un dangereux révolutionnaire. L’élection probable de Françoise David dans Gouin donnera à QS un visage beaucoup plus souriant.


Paradoxalement, ce sont les libéraux qui pourraient avoir le plus grand intérêt à soutenir un gouvernement péquiste minoritaire. M. Legault se voit déjà premier ministre et il cherchera à le faire tomber à la première occasion. Le PLQ devra d’abord se donner un nouveau chef, et son image risque d’être sérieusement altérée par la commission Charbonneau. Il n’y aura donc aucune presse.


***


L’appel à l’unité des souverainistes lancé par Mme Marois risque malheureusement de tomber à plat. Ils sont trop nombreux à en être arrivés à la conclusion qu’elle n’aura pas l’audace de tenir un référendum. Si besoin était, sa banalisation du référendum d’initiative populaire a eu l’effet d’une douche froide.


Même s’il ne vaut en principe que pour l’élection dans Nicolet-Bécancour, l’appui que Jacques Parizeau a donné à Jean-Martin Aussant dit tout. S’il souhaite que le chef d’Option nationale demeure à l’Assemblée nationale, c’est pour qu’il soit la mauvaise conscience de ceux qui se contenteraient volontiers de former un « bon gouvernement ».


En dirigeant spontanément - et combien maladroitement - les souverainistes conservateurs vers le PLQ ou la CAQ, c’est comme si Mme Marois avait elle-même reconnu que l’opposition gauche-droite est devenue - au moins temporairement - la dominante du débat politique québécois.


Au début de la campagne, elle avait déclaré que le principal enjeu de l’élection était de se débarrasser du gouvernement Charest. Maintenant que son sort ne fait plus de doute, pourquoi ne pas voter selon son coeur ?


La chef péquiste a elle-même choisi son camp. Quand elle a succédé à André Boisclair en 2007, elle promettait de « rénover la social-démocratie », comme l’y poussait d’ailleurs François Legault. Aujourd’hui, elle est revenue à l’État-providence dans sa forme la plus classique. Elle veut même faire payer les riches.


Le PQ se voulait une coalition où cohabiteraient les souverainistes, qu’ils soient progressistes ou conservateurs. À partir du moment où le référendum a été reporté sine die, il était inévitable qu’ils s’engagent dans d’autres combats qui ne pouvaient que les éloigner, tout comme ils se seraient éloignés au lendemain d’une victoire du oui.


D’une manière ou d’une autre, les souverainistes devront trouver un moyen de composer avec cette nouvelle réalité.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

32 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 28 août 2012 01 h 14

    Unité perdue, UNION à trouver

    C'est bien que l'unitarisme soit perdu. La perspective d'un État souverain à parti unique en a avec raison rebuté plus d'un,e. Maintenant que la pluralité est de mise, reste à faire l'union des forces démocratiques de ce peuple. La fausse Coalition SIROIS/Legault en est bien incapable. Il faut donc une vraie et multipartite Coalition nationale démocratie et souveraineté. Elle reste à faire. Sans elle, impossible de mettre le peuple au pouvoir au sommet de l'État du peuple. Sans elle, pas de référendum gagnant. Mais au fait, c'est sans doute ça qu'on veut quand, tel Jean-François Lisée on verse dans l'aveuglement électoraliste partisan. Gouverner le peuple, sous gouvernance collabo d'un État qui nie la souveraineté démocratique du peuple puisqu'il n'a jamais obtenu le clair OUI référendaire du peuple. Ne reste que la résistance. Pour renverser les gouvernements collabos qui gouvernent gouvernement du peuple en vertu d'une loi qui n'est pas celle du peuple. Reste la résistance radicalement démocratique vraiment souverainiste, celle qui cesse de nier la primauté de la souveraineté du peuple dans un État qui la nie.

  • Yves Claudé - Inscrit 28 août 2012 01 h 45

    L’échec d’une alliance électorale au service de la majorité de la population …

    Si le PQ a sa part de responsabilité dans l’absence ou l’échec d’une alliance électorale au service de la majorité de la population, il faut reconnaître aussi que QS a contribué à cette situation, qui risque de rendre des plus problématique un véritable changement à la direction de l’État québécois, notamment dans l’hypothèse d’un gouvernement minoritaire du PQ.

    Le PQ appréhendait à juste titre une situation qui le mettrait à la merci de surenchères démagogiques et ingérables dans la réalité concrète des ressources de l’État et en regard d’un nécessaire consensus social.

    Par ailleurs, QS a posé à l’établissement d’une alliance électorale des conditions telles qu’un échec était prévisible. Ce parti, dans sa propre logique visant le pouvoir, n’a pas intérêt à une telle alliance, puisque son objectif stratégique est de miser sur une défaite du PQ qui présiderait à son effondrement, pour le remplacer …Mais ces intérêts de QS sont-ils aussi ceux de la majorité de la population ?

    Yves Claudé

    • Solange Bolduc - Inscrite 28 août 2012 12 h 19

      Vous posez là LA question importante : QS a-t-il intérêt à défaire le PQ ? Est-ce le souhait de la majorité de la population? Nous savons maintenat que la population a besoin d'un changement profond, et que le vrai changement fait peur, surtout celui qui s'adresse à une population qui n'a le monopole ni de la richesse ni de l'instruction ? L'insécurité gèle les mouvements sociaux qui pourraient générer le mieux-être pour toute une population. Et c'est justement cette majorité qui fait pencher l'un ou l'autre parti du côté du pouvoir.

      Depuis le temps que Mme David se faufile dans les parages de la politique, il est certain qu'elle souhaite y être en plein dedans ici maintenant! Peut-on la blâmer ? Mais pour y parvenir, elle doit considérer que les gens qui sont vraiment pour la justice sociale ou adhère à son programme, peuvent être aussi des opportunises.

      Le désir de prendre le pouvoir pour réaliser le programme QS n'échappe ni à Mme David ni à M. Khadir ! Mais les conditions ne sont pas nécessairement au rendez-vous, ce qui peut les inciter à prendre les devants sans trop réfléchir aux conséquences, lesquelles pourraient jouer contre QS et le PQ. Les deux partis seraient perdants !

      Donc, nous le savons, le goût du pouvoir contamine bien des politiciens qui au départ avaient des idées nobles, et surtout quand ils constatent que leur popularité augmente, et celle de David et Khadir ne fait pas défaut en ce sens, contrairement à celle, personnellement, de Mme Marois ! Mais ce n'est pas une raison de porter le PQ vers le précipice ! Mme Marois est arrivée où elle est par son travail acharné , son expérience politique et humaine, et ses convictions! Et peu importe si elle aimerait être la première ministre du Québec, nous n'en sommes plus, à ce moment-ci, à penser ce genre de considération mesquine !

    • Réal Rodrigue - Inscrit 28 août 2012 17 h 57

      Mme David s'est dit prête à collaborer avec un PQ minoritaire. Les circonstances vont peut-être effectivement obligé chaque parti à mettre de l'eau dans son vin. Il me semble que l'apport de QS serait propre à nous rapprocher d'une façon de gouverner qui répondrait mieux aux attentes de la population. La sociale-démocratie retrouverait là peut-être ses lettres de noblesse.

  • Pierre Samson - Abonné 28 août 2012 03 h 12

    Les yeux secs

    Monsieur David,

    Vous comprendrez que mes yeux restent parfaitement secs malgré les déboires de Mme Marois et de l'équipe de mauvais conseillers qui noyaute son parti. Elle aurait pu nouer une alliance avec QS si elle avait mis une [grosse] goutte d'eau dans son vin. Mais la soif du pouvoir les a aveuglées, elle et ses éminences grises. Elles recevront la facture, salée, je l'espère, le 4 septembre.

    • Philippe Girard - Inscrit 28 août 2012 10 h 57

      Vous pourrez ainsi satisfaire votre ego, mais le bien commun, lui, sera en souffrance.

      Tout un idéal.

    • Louka Paradis - Inscrit 28 août 2012 16 h 33

      Soif de pouvoir ? dites-vous. Comment qualifier la volonté de faire élire 10 députés pour QS, exigence de Mme David et de "ses éminences grises" en guise de proposition d'alliance ? Ce fut la pierre d'achoppement... Ne nous leurrons pas... et ne nous drapons pas dans l'innocence de l'acte gratuit. La politique, c'est l'art d'exercer le pouvoir pour tenter de changer, voire d'améliorer les choses.
      Louka Paradis, GAtineau

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 29 août 2012 00 h 30

      Un vote pour QS un vote pour l'égo plutôt que le bien commun?! Quel détournement. Peut-être ne partagez-vous pas leur opinion. Mais avez-vous déjà pensé que les gens qui votent QS se disent probablement qu'ils le font pour le bien commun?

      Lorsque je dis que je vais voter selon mes valeurs, cela veut dire que je vais voter pour ce que je considère être le bien commun. On reproche souvent à certains anglophones de voter aveuglément pour les libéraux pour la seule raison que c'est un parti fédéraliste. Mais moi je devrais voter aveuglément pour le PQ malgré ce que je considère être de sérieuses entorses au bien commun aussi bien dans leurs années au pouvoir que dans leur discours présent juste parce-qu'ils sont le PQ?

      Je ne peux pas, en mon âme et conscience et au nom du bien commun, manquer cette opportunité de participer à la construction d'un parti qui doit sa raison même à la lutte pour le bien commun. Et même une éventuelle victoire des Libéraux à court terme, serait à long terme moins néfaste que le maintien en place de l'alternance bipartite qui favorise la corruption et la gouvernance par une oligarchie qui n'agit que pour elle-même au détriment de la survie même du peuple.

  • François Ricard - Inscrit 28 août 2012 05 h 48

    Une politicienne plutôt qu'un chef d'état

    Ça fait plus de cinquante années que je vote.
    C'est la première fois que les projets soumis par les principaux partis sont peu porteurs de changements qu'il vaille la peine d'envisager.
    C'est la première fois que les chefs des principaux partis ont si peu d'envergure et ne veulent que devenir vizir à la place du vizir,chef d'une satrape plutôt que chef d'état.
    Comment voulez-vous qu'on les respecte? Ils passent leur temps à se crêper le chignon et à se lancer des invectives. Et ce n'est pas fini. Ils vont se retrouver à l'Assermblée dite nationale.
    La population a soif de changement et d'une plus mgrande démocratie. Et eux de se vautrer dans ce que le passé a de pire à offrir.
    Heureusement qu'il y a les jeunes. Notre espoir. Notre avenir.

    • Réjean Grenier - Inscrit 28 août 2012 11 h 46

      Mon cher Ricard, c'est une des nombreuses vérités
      de La Palisse que vous évoquez en disant que
      madame Pauline est une politicienne.
      C'est une évidence, c'est normale aussi, elle veut se faire élire afin de devenir chef de gouvernement ou premier ministre

      Alors, elle deviendra chef d'état. Une autre évidence.

      Ça répond à votre questionnement?

      Réjean Grenier

  • Claude Desjardins - Inscrit 28 août 2012 07 h 56

    L’opposition pour la CAQ

    M. David, nous sauront dans 18 ou 24 mois si Duchesneau et Barrette useront encore les banquettes de l'opposition. Le défi pour Legault sera de garder ces grosses pointures qui peuvent faire beaucoup plus d'argent dans le privé.

    Jacques Duchesneau le dit lui-même qu'il n'est pas un animal politique et qu'il est en politique pour une seule raison, faire le ménage à l'instar de Marc Bellemare et le "no fault". Marc Bellemare est depuis retourner à la pratique privé.