Médias - La face cachée des étoiles

Deux Armstrong archiconnus ont refait les manchettes ces derniers jours, Lance pour sa radiation à vie du cyclisme professionnel par l’Agence américaine antidopage, Neil pour sa radiation de la vie par arrêt du Grand Arbitre. Le sportif perd ses titres et mériterait l’oubli pour avoir triché en remportant sept fois le Tour de France. L’astronaute entre éternellement dans la légende pour avoir décroché la Lune pour vrai et sans fraude.

La paire patronymique expose aussi deux manières bien différentes de négocier avec le statut de vedette mondiale et les médias qui le façonnent.
 

Beau monsieur, amant d’autres stars, rescapé d’un cancer, grand mécène de la recherche scientifique, le roi déchu des pédales est abonné aux pages sportives comme aux magazines people. Plus de 3,5 millions de fidèles suivent son compte Twitter. Personne ne pourra jamais lui enlever son titre de champion toutes catégories des relations publiques, et c’est d’ailleurs probablement cette notoriété qui va sauver sa réputation entachée. « Ses succès en tant que survivant d’un cancer demeurent intouchables », jugeait hier The Globe and Mail en rappelant que la Fondation Lance Armstrong a amassé un demi-milliard de dollars en 15 ans.


La légende de l’autre Armstrong s’est bâtie autrement, avec un exploit extraordinaire mal filmé, suivi de quatre décennies de silence et de retrait du monde médiatique, ou tout comme. « Neil était parmi les plus grands héros américains », a déclaré le président Obama. Certainement, mais un héros discret qui répétait n’avoir fait que son travail en faisant ce « petit pas pour un homme ». Un héros qui boudait les interviews, refusait de signer des autographes, ne donnait que de très rares conférences. « Je suis et je serai toujours un ingénieur portant des chaussettes blanches et une pochette pour mes stylos », disait-il.


Ce nerd aux nerfs d’acier n’a même jamais vraiment compris l’engouement suscité par son exploit qui avait par exemple poussé son coiffeur à vendre ses cheveux à un collectionneur pour 3000 $. À son retour sur Terre, l’astronaute a intégré l’Université de Cincinnati. Le professeur Armstrong vivait en banlieue de cette ville banale où Mark Twain souhaitait ironiquement se retrouver à la fin du monde « puisque tout y arrive avec vingt ans de retard ».


Dans un sens, Lance Armstrong aussi a fait faire un bond en arrière à son univers. « Lance a ramené le sport à l’époque de la RDA », a déclaré au journal Le Monde Betsy Andreu, épouse d’un coéquipier du champion dopé. L’ancienne Allemagne de l’Est a inventé le dopage d’État au moment de la guerre froide, les succès des camarades athlètes sélectionnés et drogués étant alors censés rejaillir sur l’honneur de tout le système communiste.


La course à la Lune doit aussi évidemment être comprise dans ce contexte du choc des blocs. Les exploits des explorateurs de l’espace représentaient autant d’occasions de gloire mondiale pour les modèles en lutte, chacun revendiquant sa supériorité technologico-idéologique. L’arrivée récente sur Mars de la sonde après huit mois de voyage et 556 millions de kilomètres au compteur n’a pas bénéficié de ce contexte de tension politique pour faire mousser sa non moins fabuleuse réussite.


L’opération de relations publiques de la mère de toutes les missions spatiales aurait pourtant pu mal tourner. La NASA n’a accepté qu’in extremis de fixer une caméra sur un hublot du module lunaire pour voir le moment crucial où le Christophe Colomb du xxe siècle débarqua sur un monde extraterrestre. Le moment monument diffusé en Mondovision fut suivi en direct par plus de 500 millions de Terriens. Par contre, une seule photo en couleur montre Neil Armstrong de face et de plain-pied sur la Lune. Une seule ! Et encore. Il y apparaît dans le reflet du casque de verre de Buzz Aldrin, son compagnon de voyage astral qu’il est en train de photographier avec un bon vieux Hasselblad. En plus, la NASA a « égaré » les bandes originales contenant les vidéos de la mission Apollo 11. C’était vraiment un autre monde médiatique…


La postérité jugera peut-être durement Lance Armstrong. Elle n’intéressait pas Neil Armstrong. Un journaliste lui a demandé un jour ce qu’il ressentait à l’idée que ses traces de pas restent imprimées pour l’éternité sur la Lune. Il avait répondu franchement : « J’ai espoir que quelqu’un ira sur place un de ces jours et les effacera…»

2 commentaires
  • Marie-Ève Duchesne - Inscrite 27 août 2012 10 h 13

    Les gens sur Twitter devraient apprendre à se tourner la langue 7 fois dans leur bouche avant de taper au clavier certaines choses

    J'ai vu plusieurs personnes sur Twitter mélanger les deux hommes, voir même mélanger l'acteur Neil Patrick Harris avec M. Armstrong (l'astronaute). J'ai été bouche-bée. Comme de quoi même sur le clavier certains devraient peut-être vérifier avant.

  • Richard Cusson - Inscrit 27 août 2012 14 h 51

    Mondialisation

    Il y a des dopés partout sur la planète. La solution est possiblement de légaliser ce qui est une pratique répandue partout et en finir avec l'hypocrisie.